INNOVATION FRUGALE: au secours des économies développées ?

Développée dans certains pays émergents en manque de ressources, l’innovation frugale ou « Jugaad » (du mot hindi signifiant débrouillardise) consiste à « faire plus avec moins ». 

Avec la raréfaction des ressources, l’évolution technologique et la mondialisation, innover vite, mieux et moins cher va devenir primordial en Occident.  L’approche frugale faite de bon sens, d’ingéniosité et d’adaptation peut-elle constituer une planche de salut pour les économies développées ? 

Quels en sont les ressorts ?

– la frugalité (se nourrir de peu) dans le concept et les moyens : économie de ressources et gestion de la rareté ;

– la flexibilité (s’adapter rapidement) : réponse agile aux problèmes et aux besoins;

– l’inclusivité (s’adresser à tous) : recherche d’une réponse simple et universelle à des besoins de masse.

Quels sont les grands principes de l’approche frugale ?

Il s’agit de :

– tirer parti des contraintes, moteurs à la mise en place d’une solution opérationnelle. Les obstacles sont perçus comme des opportunités d’innovation, car ils révèlent des problématiques à résoudre ;

– « faire plus avec moins ». Alors que dans les pays occidentaux « le faire plus avec plus » ne donne pas de résultats probants en termes d’innovation (plusieurs centaines de milliards USD sont consacrés tous les ans à la R et D pour peu d’innovations de rupture, la performance financière selon Bain étant peu corrélée aux dépenses R et D), la rareté de ressources dans les pays émergents pousse souvent à l’ingéniosité;

– être agile et penser de manière flexible (attitude d’adaptation pour survivre) sans être prisonnier d’un modèle rigide rationnel : développement d’une pensée originale, ne pas tout planifier pour laisser la place à l’improvisation, identifier plusieurs chemins pour parvenir à l’objectif, agir vite de façon flexible;

— faire simple : recentrer le produit sur les besoins élémentaires qu’il est censé adresser. Cela signifie simplifier l’utilisation du produit en supprimant ses fonctionnalités accessoires, ses sophistications inutiles. Cela en réduit le coût de développement, de fabrication et de vente et surtout cela le rend utilisable par tous, quel que soit son niveau d’éducation ;

– intégrer les exclus : de nombreuses catégories de « non-consommateurs forcés » sont adressées de nouveau par cette démarche inclusive profitable ;

– « suivre son cœur et son intuition » selon la formule de Steve Jobs. L’observation, l’empathie et l’intuition sont préférées aux modes de décision complexes traditionnels. Tout le monde doit être associé à la conception de produits qui les concernent directement. La connaissance du consommateur est clé ainsi que le travail interne en réseau.

Comment les entreprises occidentales peuvent — elles s’approprier cette démarche ?

– en se mettant en situation de faire plus avec moins et en se plaçant en situation de rareté de ressources ;

– en s’adressant à un public très large sensible aux prix ;

– en évoluant dans des secteurs émergents ou en forte croissance où la flexibilité prime ;

– en développant une approche collaborative de co-création.

L’argent ne pouvant acheter l’innovation, une approche agile, peu consommatrice en ressources, s’adressant à un public plus large, faisant des compromis originaux sur la valeur d’usage, en se recentrant sur les fonctionnalités universelles, peut redonner de l’efficacité dans une complexité de plus en plus difficile à appréhender.

Les nombreuses innovations frugales développées dans les pays émergents, dans un contexte de rareté de ressources, de nécessité ou de survie, démontrent la puissance de la flexibilité, de l’agilité et de la pensée « out of box » ingénieuse qui fait souvent défaut en Occident, rendant les entreprises de plus en plus difficiles à manœuvrer dans un monde complexe en constante mutation.

Certains grands groupes l’ont déjà compris (Renault, IBM…), cette approche frugale leur permettant d’adresser de façon plus pertinente les marchés émergents, mais également de revivifier les processus internes de créativité.

L’attente forte des consommateurs occidentaux pour des produits plus simples, moins coûteux, conservant une bonne qualité et dépourvus des mauvaises surprises du low cost (désinformation, couts additionnels non apparents ou désagréments cachés) devrait pousser à une adoption large de l’approche frugale en Occident.

La frugalité n’est-elle pas l’essence-même de l’agilité, très en vogue dans les entreprises de nouvelles technologies ?

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