LIVRE NUMERIQUE : une désaffection en trompe l’oeil

D’après une étude publiée en février 2017 par Livre hebdo, le livre numérique a reculé en 2016 aux États unis pour la deuxième année consécutive, s’établissant à 20 % du total des ventes de livres, alors que dans le même temps le livre papier a légèrement progressé. On constate le même phénomène au Royaume-Uni, avec une baisse moins marquée du numérique. En France ou en Espagne, le livre numérique progresse lentement pour représenter 7 à 10 % du total.
Comment expliquer ce recul important dans les pays anglo-saxons et cette quasi-stagnation en Europe continentale ? Le livre papier reste-t-il indétrônable ?
La forte progression il y a quelques années des ebooks aux États-Unis est largement due à la politique de prix d’Amazon qui, pour réorienter le lectorat sur sa tablette Kindle, a bradé massivement le prix du livre numérique. Des procès retentissants avec de grands éditeurs ont ensuite conduit à un relèvement significatif des prix, de telle sorte qu’il arrive aujourd’hui que le livre numérique soit plus cher que le livre papier ! Ceci explique en grande partie la chute des ventes du livre numérique dans les pays anglo-saxons. 
D’une certaine façon, les éditeurs majeurs ont bloqué artificiellement le marché du livre numérique pour préserver l’économie actuelle du livre, faite de nombreux intermédiaires (la chaine du livre) et d’une répartition des marges qui leur est favorable.
Il faut néanmoins noter qu’aux États-Unis, les ventes de livres numériques des petits éditeurs et des auteurs autoédités sont en progression constante, le prix du livre numérique étant nettement moins élevé que celui du livre papier, jusqu’à 2 à 5 € dans l’autoédition, soit un prix proche du téléchargement de musique. L’abonnement Kindle, respectant une sorte de chronologie des médias, ne propose pas les dernières sorties. L’usage des livres numériques se répand aussi dans les lieux publics tels que les bibliothèques (borne d’accès numérique).
S’il est vrai que le format tablette peine à s’installer, il n’en est pas de même du smartphone. Aux États-Unis, 54 % des lecteurs d’ebooks reconnaissent lire sur leur téléphone, entre deux rendez-vous, dans les transports ou à la pause déjeuner. Le streaming en matière littéraire sur les smartphones, couplé à un abonnement illimité, pourrait connaître de grands développements dans les années à venir.
Cela suppose de proposer des contenus procurant une meilleure expérience utilisateur (livre enrichi, multimédia). Un des grands avantages du livre numérique version smartphone serait de favoriser le retour à la lecture de la jeune génération qui lie de moins en moins.
L’obstruction conservatrice des grands éditeurs au développement du livre numérique ne durera qu’un temps. L’arrivée d’un nouvel acteur proposant les derniers livres en version numérique enrichie pour smartphone dans une formule d’abonnement illimité pourrait faire basculer de façon irréversible le marché du livre dans le monde numérique.
N’oublions pas que l’initiative prise par Amazon lui avait permis de préempter 35 % du marché du livre en deux ans, en jouant sur la seule variable prix…
Publicités