RADIOHEAD: un groupe mythique au delà du rock

Radiohead est un groupe de rock alternatif britannique fondé en 1985 par cinq musiciens originaires d’Abingdon près d’Oxford. Connaissant un succès planétaire dès 1992 avec leur single Creep, ils vont se lancer au fil des albums dans une quête de sonorités et d’arrangements originaux, délivrant une musique protéiforme, hors-norme et émouvante. Attachant un soin méticuleux aux rythmes, aux mélodies, aux textes qui dépeignent l’aliénation sociale, la perte de repères, l’isolement ou le désenchantement, Radiohead est devenu un groupe mythique faisant l’histoire du pop/rock à chacune de ses productions, dans la lignée des Pink Floyd, Rolling Stones, Beatles ou David Bowie.
Pionnier de la distribution alternative (notamment sur internet), maîtrisant sa communication et son marketing, ils ont atteint une indépendance économique garantissant leur liberté, intégrité et créativité musicale.
Radiohead est avant tout une alchimie parfaite de cinq musiciens d’exception jouant ensemble depuis le lycée.
Thom Yorke, né en 1968, est le leader du groupe. Chanteur, principal compositeur, il est le deuxième guitariste et un des pianistes du groupe. Etre musical total, musicien hors pair, ultra perfectionniste, vocaliste aux tonalités aiguës déchirantes, il compose des mélodies aériennes, des refrains entêtants et des textes poétiques dépeignant la perte de repères et le malaise des êtres dans notre société moderne déshumanisée.
– Jonny Greenwood, né en 1971, est le deuxième membre clé du groupe. Guitariste principal, considéré comme l’un des plus grands guitaristes de tous les temps, c’est un compositeur, multi-instrumentiste et touche à tout génial (orgue, piano, xyophone, synthétiseur, ondes Martenot…). Influencé par la musique classique du XXe siècle, expert en musique assistée par ordinateur, c’est amateur de gros son, de distorsion et d’arrangements orchestraux.
Ed O’Brien, né en 1968, est le troisième guitariste, également considéré comme un des meilleurs guitaristes modernes. Spécialiste des effets en direct sur le chant et la partie instrumentale, il assure également des parties chant.
– Colin Greenwood, né en 1969, a fondé avec Tom Yorke un premier groupe punk TNT à l’âge de treize ans. Il joue de la guitare basse.
Phil Selway, né en 1967, est le batteur du groupe. Il a un jeu extrêmement précis qui constitue une des composantes fondamentales du son du groupe. Il s’adjoint parfois les services de Clive Deamer, batteur additionnel jouant également pour Portishead ou Damien Saez.
Nigel Godrich, né en 1971, est le producteur, arrangeur, mixeur, souvent considéré comme le « sixième membre » du groupe. Très psychologue, il est le garant de la cohésion d’un groupe aux personnalités très fortes débordant de créativité.
Depuis ses débuts, Radiohead, animé par une quête insatiable de sonorités nouvelles, n’a cessé d’enchainer les albums « culte », oscillant entre un rock progressif très élaboré, mais facile d’accès et efficace, et une musique avant gardiste, très électronique et plus hermétique.
Pablo Honey (1993): Inspiré par le post punk de Joy Division, la pop mélancolique des Cure ou le sens rythmique des Pixies, cet album rock, joué en formation rock classique (trois guitaristes, une basse, une batterie) délivre des mélodies et des refrains efficaces. Il connaîtra un succès planétaire grace au morceau Creep qui deviendra la référence de toute une génération. Plutôt inégal, cet album dénote un potentiel musical important.
–The Bends (1995) : cet album plus mature développe un rock mélodique et émouvant. La voix de Thom Yorke perchée dans les aigus, l’instrumentation folk et électrique gagnant en qualité et efficacité, la plupart des morceaux deviendront des classiques du rock.
OK computer (1997): composé dans un manoir soi-disant hanté, cet album constitue un tournant majeur pour le groupe. Exprimant l’aliénation sociale des êtres dans notre société moderne déshumanisée et informatisée, chaque morceau est d’une amplitude et d’une richesse musicale hors norme. Passant de l’acoustique à la distorsion, porté par la voix déchirante de Thom Yorke, le calibrage rigoureux des mélodies et la rythmique claire et efficace nous portent vers un ailleurs musical sublime et émouvant.
Kid A et Amnesiac (1999-2001): dans ces albums, sortis à quelques mois d’intervalle, le groupe va s’imposer un renouvellement musical radical passant par l’expérimentation électronique et le free jazz. La voix de Thom Yorke est déformée au moyen d’effets et les samples remplacent les guitares. Même si Kid A est considéré par Rolling Stones comme le meilleur album de la décennie 2000, les morceaux très électroniques tutoient souvent l’inaudible ou la monotonie. Censés refléter la vision musicale d’un feu de loin et celle au sein de ce même feu, ces deux albums déroutent et déçoivent.
– Hail to the Thief (2003). Dans cet album, l’exercice laborieux de recherche d’une perfection musicale très électronique est délaissé au profit d’une approche plus instinctive, spontanée, rock. Les textes, rageurs contre la société et ses responsables politiques participent à une musique plus impulsive et moins réfléchie. La voix brute déchirante de Thom Yorke est de retour. Les guitares saturées et les basses libérées associées à des boites à rythme et du sampling témoignent d’une synthèse réussie entre l’électro et le rock alternatif ;
In Rainbows (2007): dans cet album, la recherche de la spontanéité et de l’essentiel prend à nouveau le dessus sur l’ultra-perfectionnisme. Cet album se focalise sur le rythme, la mélodie et la simplicité, le rendu est proche du diamant brut avec ses imperfections, ses aspérités et ses morceaux d’anthologie.
Le groupe devenu indépendant, après avoir rompu avec sa maison de disque EMI, innove en distribuant cet album sur internet (par téléchargement d’abord puis laissant la possibilité de commander sur le site un CD). Cette expérience pionnière rencontre un grand succès.
King of the Limbs (2011): A nouveau pour fuir la routine du format chanson, cet album aux rythmes complexes, aux riches textures sonores et aux complaintes répétitives, se perd dans la musique électronique et les chants déchirants monotones ;
A Moon shaped Pool (2016): ce dernier album, plus rock progressif qu’électronique, très finement organisé, marque le retour à la dimension orchestrale, à l’instrumental, à la fermeté et la grâce vocale. Les thèmes portant sur le désenchantement, le malaise, le point de non-retour ou la déviation sont sublimés par une composition précise et inspirée, justifiant le statut hors norme du groupe.
Alliant grande maîtrise et créativité musicale, réussissant l’amalgame de formats mélodieux classiques et de sonorités avant-gardistes, Radiohead apparaît comme l’un des groupes les plus originaux et les plus importants de ces vingt cinq dernières années.
En quête permanente d’un au delà du rock sensible, mélodieux et viscéral, Radiohead est une des rares formations à pouvoir, à chacune de ses créations, transporter son public vers des territoires musicaux inédits, captivants et bouleversants. 
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