AMADOU SECK : poète des masques

Amadou Seck

Amadou Seck est né en janvier 1950 à Dakar dans une famille de jardiniers wolof installés depuis des générations dans la péninsule du Cap-Vert.

Dès son plus jeune âge, il commence à dessiner des portraits stylisés sur les murs des maisons, qu’il appelle «portraits déformés». C’est une forme de street art qu’il pratique dès 1955 !
A l’âge de 15 ans, sur les conseils du peintre Ousmane Faye, il se présente et est admis à l’Ecole Nationale des Arts de Dakar, créée par le Président Léopold Senghor et animée par Pierre Lods et Iba Ndiaye. Là, il apprend les techniques académiques, développe son propre style et laisse libre cours à son imagination créatrice.
« L’art, je l’avais en moi dans le ventre de ma mère » confie-t-il.
Au patrimoine africain, il emprunte repères, thèmes, styles ou formes, tout en refusant de s’enliser dans les conventions ou les références esthétiques «noires» chères à Senghor.
Ses premières œuvres sont saluées par des professionnels, exposées au Festival des Arts Nocturnes de Dakar en 1966, à l’Exposition Internationale de Montréal en 1967, à la Galerie La Tortue à Paris, au Salon des Peintres Normands, au Musée de Rouen ou au Biennale de Paris en 1970.
Lors de ses expositions au Musée dynamique de Dakar en 1972 et 1974, il est fortement encouragé par Picasso et Soulages à approfondir sa recherche artistique et à montrer son travail hors du Sénégal. Seck1.png

S’enchainent quinze années d’expositions à l’étranger de plus en plus retentissantes: la galerie Isola à Milan en 1975 à l’invitation du peintre italien Salvatore Fiume, la galerie Wally Findlay à New York en 1978 à l’invitation de Mme Mondale, la galerie Bernanos à Paris en 1983, la galerie Works II à New York en 1985, la Fondation Vasarely à Aix-en-Provence en 1990, les foires de Lugano ou la Foire d’automne en 1994, le musée de Saint-Maur en 1997.

En raison de l’absence de promoteurs internationaux sincères et après différentes expériences douloureuses, il finira par se limiter à l’Afrique de l’Ouest.

Sa dernière exposition hommage est organisée en janvier 2017 à Dakar par la Fondation Eiffage.
Largement sous-estimé sur le marché international de l’art, Amadou Seck a développé une véritable poétique des masques, renouvelant un héritage africain qui est le sien,  massivement exploité par de nombreux artistes occidentaux.
Amadou Seck s’appuie sur des fonds iconographiques africains (idéogrammes, cauris ou motifs de broderie).

Adepte de la théorie du parallélisme asymétrique chère à Pierre Soulages, il développe un langage empruntant à la richesse des masques. Il peint les êtres humains non tels qu’ils sont, mais d’une manière déformée, comme le ferait un sculpteur, dessinant des figures surnaturelles proches des formes des masques Dogon, Senoufo, Baga ou Maka.

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Le masque est pour lui un modèle permettant de traduire et d’exprimer la « morphologie » de sa peinture. En exploitant la grammaire implicite des différents types de masques (styles, lignes, formes géométriques, volumes ou topographies), il développe une poétique très riche.
En jouant sur les formes, il traduit l’ironie, la superstition, la fantaisie, la joie ou le rythme. L’expression du regard est fondamentale, que ce soit celle du hibou ou du caméléon, car c’est par le regard que l’esprit des masques reste alerte et se diffuse.

Jusqu’en 1984, Amadou Seck privilégie l’encre de Chine, la gouache et les matières premières utilisées dans la peinture murale africaine (charbon broyé, sable, jus de cola, lin bleu …). Lors d’un de ses séjours chez le peintre Salvatore Fiume, il adoptera le chevalet et le couteau pour jouer sur la texture de la toile et le relief.

« La composition doit sortir de la toile« , selon son expression. Outre l’effet de relief, la technique du couteau donne un effet pointilliste saisissant. À certains égards, cette peinture en relief et ses collages bruts sont proches de la sculpture des masques.

Après avoir réinterprété le patrimoine africain d’une façon moderne, Amadou Seck, légitimé à son époque par Picasso ou Soulages, reste l’un des artistes modernes les plus brillants de notre temps dont le travail, en ces temps de frémissement de l’art contemporain africain, mérite une reconnaissance large.

 

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