AI WEIWEI: bienvenue dans le post art !

On a tous entendu parler d’Ai Weiwei, du provocateur, du dissident libéral-libertaire, qui a su plus que nul autre utiliser la caisse de résonance des réseaux sociaux pour faire connaître et prospérer son entreprise artistique.
Nourri à Duchamp ou Warhol, il incarne l’artiste provocateur 2.0. ayant érigé ses installations ou ses tentatives plastiques en happenings spectaculaires.
AI Weiwei a compris très tôt que l’art contemporain pouvait être une façon et un moyen de vivre confortablement.
Adulé par nombre de curateurs et d’amateurs fortunés, il a fait de son art un puissant outil de marché et de communication.
Le héros travaillant à l’émancipation de tous, le porte-voix de la contre-culture s’est aussi révélé être un redoutable entrepreneur culturel 2.0. faisant travailler des dizaines de petites mains pour nourrir ses projets d’entertainment artistique.
En cela, il s’avère en parfaite adéquation avec l’individualisme et les nécessités commerciales du moment. Brillant communiquant, il a su profiter de son statut de rebelle pour se faire un nom, devenir une marque.
Le Kyoto Journal disait récemment qu’« Ai Weiwei était au XXIe siècle ce que Picasso était au XXe siècle ».
Ses actes politiques et artistiques relayés à la perfection dans les médias sociaux en ont fait une icône de la société de l’information, un producteur d’émotions suscitées par des installations marquantes.
Si on ne peut nier sa capacité à surprendre, divertir ou indigner, la valeur esthétique de ses œuvres pose question.
Et si Ai Weiwei venait de nous faire entrer de plain-pied dans l’ère du post-Art, une ère préfigurée par l’accélération de la happening-mania artistico-médiatique, où la personnalité charismatique de l’artiste et l’émotion suscitée par des performances-choc, auraient plus de valeur que l’œuvre elle-même ?
En entretenant une valeur artistique alternative fondée sur l’émotion liée à la théâtralisation, reléguant la valeur intrinsèque de l’œuvre et son appréciation esthétique au second plan, l’art comme « une puissance dont le but est de développer et d’améliorer l’âme humaine » (selon la citation de Kandinsky), ne laisserait-il pas la place à une forme de post-art qui en agitant, troublant et touchant l’âme humaine anesthésierait toute forme d’esprit et de jugement esthétique et critique ?
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