Freelancisation: la révolution du travail est en marche

Près d’un tiers des actifs nord-américains seraient freelance (travailleurs à leur compte) de façon permanente ou occasionnelle. La moitié de ces indépendants seraient des «moonlighters » (actifs cumulant différentes activités pour boucler leurs fins de mois), une majorité d’entre eux subissant plus qu’ayant choisi ce statut.
La France compterait en 2017 plus de 2,5 millions de travailleurs freelance et 4,5 millions de slashers (personnes exerçant plus de deux activités professionnelles). À l’horizon 2030, la part des intermittents pourrait concerner plus de 30 % de la population active, l’automatisation de nombre de tâches répétitives et le développement de l’intelligence artificielle entrainant une destruction massive supplémentaire d’emplois et un afflux de professionnels sur le marché du travail.
Revenons tout d’abord sur la mutation économique à l’origine de la freelancisation.
L’avènement du très haut débit et de la société de l’information ainsi que le rejet des modèles traditionnels perçus comme pénalisant le consommateur ont modifié radicalement les comportements d’achat.
Le besoin de réactivité voire d’instantanéité dans la satisfaction des besoins de consommation, dans un rapport qualité-prix de plus en plus exigeant, bouleversent l’organisation des entreprises. Confrontées à une concurrence accrue, elles doivent adapter leurs ressources humaines à cette hypervolatilité et à cette demande de personnalisation du consommateur.
Nous allons vers une économie à la demande, une économie à la tache (« gig economy » en référence aux musiciens sans emploi fixe qui courent après les cachets)  qui dans un contexte de mondialisation est en train de modifier radicalement le marché de l’emploi.
Faire appel au bon talent au bon moment à un coût parfois inférieur au salariat pour une période déterminée est devenu possible grâce aux différentes plateformes. Elles apportent à la fois:
– réactivité (disponibilité immédiate et opérationnelle);
– hyperspécialisation (répondant à un besoin précis);
– souplesse administrative (se chargeant des formalités pour le recours à un indépendant);
– et coût compétitif (le frein au développement du travail intérimaire se lève progressivement avec l’afflux de profils variés à des conditions avantageuses).
Au-delà de la satisfaction de demandes à court terme, le développement des plateformes collaboratives incite de plus en plus d’entreprises à réunir des groupes de personnes aux profils divers pour mener des projets à moyen terme. Le but est de susciter une co-création, une co-innovation à l’échelle internationale et de répondre à des problématiques de personnalisation de masse.
Quelles en sont les conséquences pour les actifs ?
Selon Frédéric Mazella, fondateur BlaBlaCar, « la fin du salariat et la freelancisation de l’économie font de chaque individu une marque ». Le « personal branding » (le marketing de soi) et l’e-réputation deviennent clés pour, au-delà de la concurrence en termes du prix, se différencier de la masse.
De fait, la freelancisation entraine une précarisation de l’emploi avec l’enchainement de missions de plus en plus courtes à des fréquences irrégulières à des conditions financières dégradées.
La transformation du rapport au travail fait émerger par nécessité une catégorie d’indépendants exerçant des métiers multiples pour la plupart alimentaires et souvent une activité correspondant à un projet personnel. Si cette dernière activité choisie trouve son marché, ce peut être néanmoins un moyen pour certains de se révéler et d’exercer un travail indépendant correspondant mieux à leurs aspirations.
L’économie numérique est néanmoins prometteuse pour certaines catégories ayant des difficultés à s’insérer sur le marché du travail en l’absence de diplômes ou d’expérience professionnelle.
Le risque de la freelancisation est d’accentuer les inégalités sociales entre les ultra-qualifiés ayant un profil scientifique ou technologique occupant des fonctions clés dans la transformation numérique et les autres, survivant dans des conditions précaires.
Les emplois les plus menacés par cette ubérisation de l’économie sont les emplois en relation avec les clients (vendeurs,…). Viendront ensuite les emplois de conception (managers, journalistes…) mis en danger par les avancées de l’intelligence artificielle, puis les emplois liés à la production du fait des progrès de la robotisation.
La fin du salariat et de l’emploi stable et protégé semble inéluctable.
Les pouvoirs publics ont un important rôle à jouer pour éviter que les révolutions technologiques successives se traduisent par une accentuation des inégalités sociales. Cela passe par la régulation, la formation et la promotion de modèles collaboratifs vertueux permettant un partage équitable de la valeur ajoutée co-créée (à l’image de cet anti-Uber qu’est Iazzooz.org où les prêteurs de véhicules sont également les actionnaires).

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