L’AMOUR à l’ère numérique

Amour à l'ère numérique
La révolution numérique est en train de transformer la vie en entreprise et au quotidien, dont notre vie amoureuse.
Le développement des sites et des applications de rencontres, troisième « lieu » de rencontres après les soirées entre amis et le travail, a ouvert un large champ de possibles aux quêtes et pratiques amoureuses.
 
DATING_WEB
 
Même si la démarche est de plus en plus répandue (un français sur cinq étant inscrit sur un site ou une application de rencontres), elle se fait toujours avec discrétion du fait des préjugés (peu osent l’avouer de peur de passer pour des « déficients sociaux ou relationnels »).
 
Ces outils numériques ont fait indéniablement reculer la souffrance liée au célibat et à la solitude, grâce aux amis virtuels et aux possibilités de rencontres.
L’amour 2.0. a transformé certains en consommateurs effrénés multipliant les relations de courte durée, d’autres en zappeurs en quête du meilleur profil et du moindre désagrément.
Dans certains cas, il a transformé la notion même d’amour.
L’amour classique s’est mué en amour furtif virtuel fait de l’addition de fugaces moments d’émotion pure suscités par les likes, cœurs et emojis.
Parfois, cette mutuelle congratulation virtuelle suffit à ceux lassés de faire l’effort d’aller réellement vers l’autre. On partage sur les applications sociales les photos de moments parfaits et on se congratule. 
Dans la réalité, 5 % des couples français de première union se seraient formés via des sites ou applications de rencontres (contre, il est vrai 30% aux Etats Unis depuis 2005), les personnes de moins de trente-cinq ans étant surreprésentées (28 % de Centennials ayant entre 18 et 25 ans et 32 % de Millennials entre 26 et 35 ans). 10 % des couples de deuxième union seraient issus de l’amour numérique (le cercle des possibles rencontres se restreignant avec l’âge, il est plus utilisé par le plus âgés). Les couples formés sur internet serraient néanmoins moins durables que ceux dans la vraie vie (taux de divorce plus élevé). 
 
amour numériqueOutre l’objectif de consommation poursuivi par une majorité d’inscrits, le faible taux d’engagement est aussi imputable à l’écart entre le profil affiché et la réalité.
La plupart des postulants se présentent sous leur meilleur jour ou profil photographique, leur âge dans leur tête et leur situation matrimoniale rêvée, s’inventant parfois un personnage et une vie. Cela crée des déconvenues lors de la rencontre physique.
Le profilage, la recherche d’efficacité, l’aspect rationnel et terre à terre de l’amour numérique paraissent bien éloignés de l’étincelle, du coup de foudre, de la magie du hasard et de l’imprévu, ou de la proximité sociale ou culturelle, déclencheurs du grand amour.
 
Pourtant les innovations numériques ne manquent pas : amour aux enchères (Fundi),  vidéo-dating (Reel me),  ruche d’amour (Gumble), profil reçu chaque jour (Once), « retrouvez qui vous avez croisé » (Happn), apéros de « group dating » (Aperocelib), application proposant de rencontrer des personnes qui détestent les mêmes choses (Hater) …
amour numérique
 
Outre les échanges affectifs virtuels par écran interposé,  le développement de l’intelligence artificielle, de la robotique et de la réalité virtuelle promettent de nouvelles  sensations amoureuses:
 
– réalité virtuelle avec la possibilité de vivre des aventures sensitives ;
– lovotique (discipline de robotique adressant le domaine amoureux) : échange de baisers virtuels grâce à l’objet Kissenger, vêtements virtuels, coussins humanoïdes reproduisent le rythme cardiaque de son partenaire, Germanoid F (reproduction d’expressions faciales et des paroles de l’autre) jusqu’au robot humanoïde, sorte de love dolls humanisée (consacrée avec le mariage en avril 2017 d’un chinois avec son robot).
L’amour 2.0. prend les formes les plus en plus inattendues…
Même s’il comporte des vertus pour les plus introvertis et les plus isolés d’entre nous et donne bonne conscience aux célibattants, il est aussi un révélateur puissant du développement de la solitude et d’une virtualisation de plus en plus forte des relations humaines.
Dans le futur, le confort narcissique fait de zapping de rencontres, de marques d’amour fugaces ou de conjoints humanoïdes sera-t-il préféré à l’assiduité et à l’abnégation nécessaires à une aventure humaine réelle de couple, faite de hauts et de bas, ouvrant la porte à une civilisation déshumanisée ? 
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