« GIG ECONOMY »: l’économie de demain ?

La « gig-economy »(être libre de travailler où on veut et quand on veut),  loin d’être une utopie devient une réalité de plus en plus forte. La France compterait en 2017 plus de 2,5 millions de freelances et 4,5 millions de « slashers » (personnes exerçant plus de deux activités professionnelles). À l’horizon 2030, la«freelancisation» pourrait concerner 30 % à 40 % de la population active.
 
D’où vient le terme « gig-economy » ?
Le mot « gig » signifie concert en anglais. La « gig economy » s’apparente à une simultanéité et une succession de concerts où les musiciens seraient payés à la tâche et non au mois, et travailleraient pour différents employeurs. À terme, il s’agirait d’une économie inscrite dans un concert mondial, utilisant des travailleurs du monde entier, mis en concurrence sur des plateformes numériques, afin de produire une musique (un travail) de qualité au moindre coût.
Quels en sont les ressorts profonds ?
– le développement des plateformes digitales (« l’ubérisation ») qui permet de connecter des freelances avec des employeurs, de pallier certains dysfonctionnements du marché du travail en adressant de nouvelles populations souvent exclues du marché du travail traditionnel ;
– une demande forte des nouvelles générations (telles que les millenials ou les centennials) pour plus d’autonomie et de flexibilité dans le travail ;
– l’obligation pour les entreprises évoluant dans une économie de plus en plus tournée vers la demande de flexibiliser leurs ressources et d’augmenter leur productivité afin de réduire les coûts et d’abaisser leurs prix de vente face à une concurrence accrue.
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Mettre à disposition l’ensemble des ressources humaines, quels que soient les contextes politiques, sociaux, fiscaux, humains… serait une forme d’aboutissement de la mondialisation permise par les technologies numériques.
Une telle évolution économique est porteuse de changements importants :
Pour les entreprises :
– économies d’échelle, forts gains de productivité et pression concurrentielle accrue ;
– évolution de la structure d’entreprise qui deviendrait ultra flexible avec un noyau dur et des employés temporaires au projet ;
– multiplication des initiatives entrepreneuriales et extension des marchés potentiels liés au numérique ;
– accélération de l’innovation liée à l’accès rapide à des profils hyperspécialisés ;
– moyen pour les petites entreprises de faire face à un développement fort de leurs activités ;
– désengagement des entreprises des fonds de pension.
Pour l’employé:
– précarisation de l’emploi et pression à la baisse sur les salaires des moins qualifiés ;
– diminution des protections sociales et retraite plus tardive, les modèles traditionnels de l’État providence étant remis en cause ;
– décloisonnement du marché de l’emploi et accès à de nouvelles propositions à la condition de maîtriser les technologies numériques et d’être mobile ;
– travail à la carte, plus grande flexibilité ;
– hyperspécialisation et valorisation des talents, importance du « personal branding » (les moins qualifiés et les moins valorisés risquant d’être disqualifiés ou paupérisés).
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La régulation par les pouvoirs publics de cette nouvelle économie s’annonce délicate, car accompagner cette transformation économique et sociale passe par une renégociation des acquis sociaux (santé, retraite…), un allègement de l’encadrement du marché du travail et des protections prévues par le Code du travail, mais aussi par la fiscalisation des activités des différentes plateformes, opérant ou utilisant des collaborateurs sur le territoire national, qui pourrait être répercutée sur ses utilisateurs (freelance, entreprises).
Si la « gig-economy » ouvre  une ère d’opportunité pour les plus adaptables, les plus qualifiés et les mieux formés et certains exclus du marché du travail, elle est aussi synonyme d’une précarité accrue pour les travailleurs protégés, les moins qualifiés et ceux qui ne maîtriseraient pas les nouvelles technologies numériques.
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