CLASSE INVERSEE : une approche pédagogique innovante

école

Depuis leur initiation par Adolphe Ferrière au début du XXè siècle, les méthodes de pédagogie active n’ont cessé de se développer. S’attachant à développer les compétences transversales de l’élève, elles cherchent à le rendre acteur de ses apprentissages et de son évaluation.

Très pratiquée aux États-Unis et au Canada, une nouvelle approche de pédagogie active, celle de la classe inversée, suscite de plus en plus d’intérêt en France. Près de vingt mille enseignants et un million d’élèves la pratiqueraient en 2017 (10 % de ces élèves étant au primaire, 45 % au collège, 35 % au lycée et 10 % dans le supérieur).

De quoi s’agit-il ?

La classe inversée est une approche pédagogique qui repense la façon de « faire la classe », la posture de l’enseignant et de l’élève. 

La nature des activités d’enseignement effectuées en classe et à la maison est inversée :

  • A la maison, les élèves étudient les cours grâce à des manuels ou des ressources en ligne ;
  • La vérification de l’assimilation des connaissances a lieu hors ou en classe ;
  • En classe, les connaissances acquises font l’objet d’exercices de découverte, d’application ou d’approfondissement.

Le rôle de l’enseignant et de l’élève s’en trouve totalement modifié. L’enseignant, de sachant délivrant un savoir magistral devient un guide d’apprentissage.Côte à côte et non-face à face avec l’élève, il est engagé dans une co-construction des savoirs. Quant à l’élève, il est actif de son apprentissage, interagissant avec les autres élèves et l’enseignant.

Quels en sont les avantages ?

  • l’individualisation de l’enseignement : replacé au centre de l’enseignement, chaque élève avance à son rythme à la maison et bénéficie d’un suivi personnalisé en classe (pédagogie différenciée) ;
  • un tutorat individuel et de groupe : l’apprentissage se fait de façon collaborative (projets de groupe) favorisant l’interaction, l’argumentation et la communication ;
  • le développement de l’autonomie et de la responsabilisation des élèves lors de la consultation des ressources ou des exercices de groupe ;
  • un temps de classe  plus vivant (interactions et temps de discussion), favorisant l’expérience étudiant et sa motivation à apprendre ;
  • un temps de classe dédié à l’apprentissage, la mise en application et l’approfondissement. La pratique est valorisée et le cours théorique n’est passivement décliné.

Comment s’organise la classe inversée ?

Il n’existe pas de modèle préétabli, celle-ci s’adaptant au profil de la classe et à l’enseignant.

Il importe néanmoins de :

  • obtenir l’adhésion des élèves, en leur présentant l’utilité de cette approche pédagogique et en s’entendant sur un contrat pédagogique individuel et de groupe ;
  • concevoir ou sélectionner des modules pédagogiques de qualité, engageants et innovants, différents des contenus traditionnels (capsules vidéos de 3 ou 4 min stimulantes sur le fond et la forme). Cela demande un investissement initial important de la part de l’enseignant ;
  • définir une organisation générale du temps de travail avec des objectifs hebdomadaires, des travaux pratiques et un projet d’enseignement. En particulier, il faut veiller à la bonne utilisation du temps de classe (conception du cours par les élèves, activités, apprentissages individuels…) ;
  • utiliser un système de gestion des différents modules pédagogiques (ou « learning management system »ou LMS). Consultables par l’élève au moment qu’il le souhaite, il doit être adapté au travail collaboratif de groupe et doté de questionnaires en ligne ;
  • mettre en place des stratégies d’évaluation formatives (autoévaluation, évaluation par les pairs, réalisation de portfolios, présentations de classe ou jeux de rôles).

Que peuvent apporter les technologies numériques ?

Largement adoptées par les nouvelles générations, pas toujours dans un but pédagogique, elles présentent plusieurs avantages :

  • la stimulation de la connaissance et de l’apprentissage grâce à des médias vivants, au format plébiscité par les élèves (capsules vidéo, learning games…) ;
  • une vision précise des stades d’acquisition de connaissances, de compréhension et d’apprentissage atteints par chaque élève (questionnaires en ligne, outils de suivi). Ce qui facilite l’auto-évaluation, encourage la persévérance de l’élève et permet la remédiation ;
  • un partage des expériences et des bonnes pratiques entre enseignants. Une véritable communauté s’est d’ailleurs mise en place pour faire évoluer cette approche pédagogique. L’approche de classe inversée est intrinsèquement évolutive et collaborative pour l’élève, l’enseignant, et les communautés d’enseignants du monde entier…

Le primat de la qualité didactique et pédagogique de l’enseignement

Réfractaires ou défenseurs de la classe inversée estiment qu’outre la méthode et les outils utilisés, ce qui compte, c’est la qualité didactique et pédagogique de l’enseignement. Celle-ci suppose un parcours de formation de qualité, évolutif et collaboratif.

De fait, la compétence de l’enseignant à concevoir les situations d’enseignement professorales ou collaboratives, est déterminante, tout comme la qualité de sa relation sociale, de sa médiation et de ses compétences professionnelles.

L’opportunité économique (multiplication des plateformes éducatives, des systèmes de LMS, des vidéos et autres outils numériques) ne doit pas occulter la nécessité de procurer un enseignement de qualité à tous, finalités de service public.

Pour avoir une utilité publique, les outils numériques doivent être pilotés ou conçus en bonne intelligence avec les enseignants.

Innovante sur le plan social, de l’organisation, de la méthode, des contenus  et des rapports interpersonnels, la classe inversée apparaît comme une étape importante dans l’adaptation de l’enseignement aux contraintes d’une société et d’une économie en mouvement.

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