GRANDES ESCROQUERIES DU XXe siècle : l’incroyable histoire de Charles PONZI

La pyramide de Ponzi

En août 1919, il reçoit une lettre d’une entreprise espagnole contenant un coupon-réponse international (IRC). Il se rend vite compte que le prix du coupon en monnaie espagnole ne représente qu’un sixième de la valeur des timbres-poste américains pour lequel il peut être échangé aux États-Unis. 

En effet, ce système promu par l’Union Postale Universelle comportait des modalités d’échange fixées en 1906 qui n’avaient pas été actualisées en fonction de l’évolution des taux de change.La Première Guerre mondiale ayant entrainé une forte dépréciation de la peseta espagnole ou de la lire italienne contre le dollar, l’opportunité d’arbitrage s’annonçait très lucrative.

Ponzi se met à acheter en Italie par l’intermédiaire d’agents locaux des coupons-réponse postaux et à les convertir. Il gagne bien sa vie.

Pour exploiter cette opportunité à plus grande échelle, il crée en janvier 1920 la Security and Exchange Commission (SEC). Il fait circuler dans la communauté d’immigrés de Boston une proposition de rendement de 40% en 90 jours. Commençant doucement en janvier 1920, le mois suivant il s’agit d’un véritable raz de marée. Il recrute employés et agents et porte la rémunération à 50% sur 45 jours et 100% sur 90 jours.

Ponzi va vite se rendre compte que l’opération s’avère plus contraignante et coûteuse en pratique qu’en théorie:

  • Effectuer les transactions à l’étranger, transporter de nombreux coupons de faible valeur unitaire et les échanger contre de l’argent entraînent des retards empêchant de payer les investisseurs dans les temps impartis et des coûts supplémentaires annulant la marge;
  • A très grande échelle, il y a même impossibilité logistique et financière :
    • pour les 18 investisseurs de janvier 1920 ayant investi 1 800 $, il aurait fallu 53 000 coupons postaux. Pour les 15 000 investisseurs suivants, les cales de paquebots tels que le Titanic n’y auraient pas suffi pour expédier les coupons d’Europe vers les États-Unis.
    • une forte demande pour les coupons aurait attiré l’attention des autorités postales qui auraient corrigé les anomalies en fonction de l’évolution récente des monnaies entre elles.

S’apercevant que les investisseurs ne demandent plus les intérêts et réinvestissent automatiquement leurs gains potentiels, sollicité par de multiples investisseurs enthousiastes, Ponzi s’engage dans une fuite en avant.

Il prend les fonds et paye les investisseurs qui souhaitent réaliser leurs gains avec une partie des nouveaux fonds, n’oubliant pas d’en empocher une grande partie pour lui-même.

Selon le schéma retenu (rendement et durée d’investissement), il faut trouver toujours plus d’épargnants pour respecter les promesses faites aux précédents épargnants (une pyramide de Ponzi). Si l’accroissement des nouveaux épargnants n’est pas suffisant, la pyramide s’écroule. 

Son style de vie devient alors très luxueux : il  achète un hôtel particulier à Lexington, une Locomobile, fait venir sa mère d’Italie en première classe sur un paquebot de luxe. Il sponsorise des artistes, fait de nombreux dons, achète des sociétés viticoles ou alimentaires…

Ses premiers investisseurs ayant réalisé leur investissement et gagné beaucoup d’argent, cela se répand comme une traînée de poudre. L’opération de Ponzi va s’étendre à la Nouvelle-Angleterre, à New York et au New Jersey.

La collecte devient exponentielle: un million de dollars par semaine début juillet 1920 puis par jour fin juillet 1920. Ponzi dépose l’argent dans une caisse d’épargne mutuelle, la Hanover Trust company, dont il devient le principal déposant et actionnaire.

Charmeur, charmant, Charles Ponzi peaufine son image, portant des costumes sur mesure, un chapeau, des gants, une canne à pommeau doré. Il s’invente une légende disant être né dans une famille de la bonne bourgeoisie italienne.  » Je vais être franc avec vous, j’étais ce qu’on appelle un fils prodigue. Dépenser de l’argent me paraissait la chose la plus intéressante à faire sur terre.  » déclare-t-il.

Le New York Times le crédite d’une fortune estimée à 8 millions de dollars en juillet 1920. Pour tous, il avait trouvé la faille dans le mur de l’argent et incarnait le rêve américain.

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Un commentaire

  1. Le système capitaliste global est une immense pyramide de Ponzi puisque lui aussi fonctionne sur le principe d’une croissance continue et ininterrompue. Ce qui est illégal à petite échelle est la norme à grande échelle.

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