RENAISSANCES – chapitre 1

renaissances

Après avoir passé la serpillère, elle entreprit de calfeutrer la fenêtre ouverte à tous les vents avec des linges. Au même moment, la sonnerie du téléphone retentit. Il était minuit passé. Deux sonneries plus tard, le répondeur se déclencha. Elle dressa l’oreille.

Après la bande-annonce, elle reconnut la voix inquiète et fatiguée de Marra, sa mère. C’était une heure inhabituelle pour elle. Cela l’inquiéta.

– Bonjour, Anna, c’est maman. Réponds s’il te plait ! intima-t-elle

– Comme tu le sais, je déteste parler à cette machine, poursuivit-elle. Si tu es là,  décroche, s’il te plait ! J’ai vraiment besoin de te parler, ma chérie. Cela fait plusieurs jours que j’essaie de t’appeler. À chaque fois, je tombe sur ton répondeur et tu sais que je n’aime pas parler avec une machine !

Elle fit une pause puis reprit :

– Apparemment, il n’y a personne. Dès que tu rentres, rappelle-moi d’urgence. Peu importe l’heure. J’ai des choses importantes à te dire que je ne peux plus garder pour moi. Je n’en dors plus ! Tu dois savoir. C’est grave. Tu…… ».

La voix s’interrompit brutalement, l’enregistreur plein.

Haletante, Anna lâcha les linges détrempés et se précipita pour décrocher.

Arrivée près du téléphone, un éclair aveuglant traversa la pièce. Une énorme déflagration s’abattit sur ou près de l’appartement, le plongeant subitement dans le noir.

Aveuglée, elle se prit les pieds dans les fils électriques et s’affala au sol de tout son long. Effrayée, à moitié dans les vapes, à quatre pattes, elle attrapa un de ses briquets et l’alluma. Les immeubles d’en face étaient aussi plongés dans le noir, tout comme la rue. Les lumières de la ville avaient tourné au noir absolu que l’on trouve uniquement à la campagne. Elle approcha du disjoncteur, fit quelques tentatives infructueuses et abandonna. Elle se dit qu’il était plus important de rappeler sa mère que de faire la lumière.  Elle était dans tous ses états. Son cœur battait la chamade.

Elle se saisit du téléphone. Il n’y avait pas de tonalité. Elle insista longuement sans succès.

Tétanisée par ce froid et cette humidité, plongée dans le noir absolu, elle s’entortilla dans une couette et s’enfonça dans le fauteuil club du salon, un peu comme dans un cocon. Elle ne bougea plus toute à ses peurs.

Une nuit entière à imaginer le pire, cela promettait d’être long.