NOTRE-DAME DE PARIS : les fascinantes gargouilles et chimères

Les chimères

Les chimères sont des statues fantastiques, diaboliques, souvent grotesques. Elles ont un but décoratif et symbolique.

Elles se trouvent au sommet de la façade de la cathédrale et au niveau de la balustrade de la galerie supérieure reliant les deux tours et se prolonge sur les quatre faces de ces dernières (Galerie des chimères). Tous les angles de la balustrade servent de support ou de perchoir à des démons, des monstres et des oiseaux fantastiques. Notre Dame

N’existant pas au Moyen Âge, elles ont été ajoutées par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc lors de la grande restauration de la cathédrale (1845-1864), leur réalisation et leur installation s’étalant de 1855 à 1856.

Ces statues monumentales, grotesques et effrayantes, ont pour vocation de recréer l’atmosphère fantastique du Moyen Âge. Conçues et dessinées par Viollet-le-Duc, elles s’inspirent des caricatures d’Honoré Daumier, d’une édition illustrée de Notre-Dame de Paris de 1844 et de ses propres illustrations des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France et des obsessions du XIXe siècle.ndp2.png

Fasciné par Victor Hugo, l’architecte Viollet-le-Duc imposa son Moyen Age, celui imaginé au XIXe siècle au lendemain de la Révolution française et de la Restauration. Ce médiévalisme populaire, national, communal était alors  l’un des enjeux de l’identité européenne et occidentale.

Forme de rêve gothique du balcon de la cathédrale (le meilleur point de vue sur la capitla à cette époque), les chimères regardent la ville, rendue monstrueuse par le baron Haussmann, alors que le peuple de la ville regarde d’en bas les gargouilles, un peu comme des Fleurs du mal. A travers ces artefacts, la cathédrale restaurée révèle les peurs, les comportements et les obsessions laissées en héritage par le XIXe siècle : violence politique, racisme, eugénisme, évolution…

Les statues furent réalisées par une équipe de quinze grands sculpteurs du XIX ème siècle (le principal étant Victor Pyanet) rassemblés autour de Geoffroy-Déchaume.

notre-dame-gargoyles-grangerC’est « pour se protéger de ces démons que l’artiste médiéval les tourne en dérision » selon l’historien d’art Michael Camille. Installées en haut de la cathédrale, ces créatures monstrueuses contemplent Paris et se divertissent de ses turpitudes.

Parmi celles-ci, le Basilic est un petit dragon dont le souffle empoisonné tue les hommes comme les végétaux. Viollet-le-Duc a pris soin de couler les antérieurs de la bête dans la masse de la cathédrale.ndp3.png

Le Griffon a une tête et des ailes de rapace et un corps de lion. Au Moyen-âge, il peuplait armoiries, œuvres littéraires et bestiaires.

Le griffon de Notre-Dame semble mélancolique. Il est inversé dans sa composition, avec une tête de mammifère et un corps d’oiseau, comme si Viollet-le-Duc jouait avec le répertoire des formes pour recomposer son propre bestiaire.griif.png

Le Chien tricéphale est une créature des enfers un peu décalée dans l’univers médiéval de Notre-Dame.  De physionomie famélique et maladive, plus inquiétant que menaçant, il évoque le temps des épidémies, des disettes, la légende noire d’un millénaire emprunt de foi, de crainte et d’incertitude.chien tricépahle de notre dame

Suite, page suivante : cliquer sur « 3 » ci-dessous