CATHÉDRALES DE FRANCE : de la période principale d’édification (1180-1240) à nos jours

Le financement des cathédrales au Moyen Age

Leur construction va être financée pour l’essentiel par les revenus du diocèse (quêtes et rentes de location des domaines). À cette époque, les congrégations et les chapitres possédaient des terrains considérables, qui, une fois défrichés, assainis étaient remis en affermage. On dira plus tard que  les cathédrales étaient « les filles des moissons ». Pour compléter les revenus fonciers, les évêques faisaient le commerce des indulgences accordées par le pape. Ces rémissions totales ou partielles devant Dieu de la peine temporelle encourue en raison d’un péché s’obtenaient grâce à l’accomplissement d’un acte de piété (pèlerinage, prière, mortification) ou d’un don. Elles deviendront avec le temps un commerce lucratif. Des tournées de reliques étaient également organisées dans les campagnes pour solliciter les dons. Par ailleurs, l’Église aidait les personnes âgées et les malades (par exemple à l’Hôtel-Dieu), le système hospitalier n’existant pas encore. Elles obtenait souvent le bénéfice des testaments.

Redevance importante, en nature (jusqu’à 10% des récoltes) ou en argent, portant sur les revenus agricoles, la dîme, au Moyen Âge, était destinée à permettre l’exercice du culte par l’entretien du clergé et des lieux de culte, et à fournir assistance aux pauvres.

Les bourgeois contribuaient parfois au financement des cathédrales comme à Albi et à Meaux. Les corporations achetaient les bonnes grâces de l’évêque en finançant des chapelles, des vitraux ou des tableaux. Au Mans, les drapiers, les changeurs, les fourreurs, les boulangers et les vignerons finançaient des chapelles dédiées à leurs saints patrons. En contrepartie, les corporations pouvaient utiliser la cathédrale ou des chapelles pour tenir leurs réunions ou leurs conférences. À cette époque, la cathédrale n’était pas seulement un lieu de culte et de recueillement, mais également la maison du peuple. On y mangeait, buvait, venait avec son chien, et on y parlait tout haut. Les municipalités y tenaient réunion, avant de se faire construire des « hôtels de ville ».or

La tradition des dons se poursuivit au-delà des grands chantiers. À Paris, les orfèvres firent des dons chaque 1er mai à partir de 1449 (dont les grands Mays de 1630 à 1707).

La durée d’édification des cathédrales au Moyen Age

Le chantier d’une cathédrale était mené rapidement si l’économie était prospère et les partenaires ecclésiastiques et laïques en phase. Les troubles, les guerres, les maladies (en particulier la peste) et les croisades, ôtaient à chaque fois de la main-d’œuvre et des financements, et allongeaient de ce fait le temps de construction.

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50 % des cathédrales furent néanmoins terminées en moins de 50 ans. Quelques chantiers furent très longs : 87 ans à Paris, 100 ans à Angers, 120 ans à Bourges, 200 ans à Lyon, 269 ans à Toul, 318 ans à Metz et 420 ans à Troyes… Une cathédrale était dite terminée lorsque les nefs étaient couvertes, sans attendre que les tours soient relevées, ou décorées. Les travaux de décoration ou de rénovation s’y poursuivaient en permanence.

Lorsque les moyens de financement manquaient, les chantiers s’étalaient sur des décennies. Chaque nouvel architecte ou artisan appliquant les méthodes en cours et le style de son époque, les styles se multipliaient sur un même édifice.

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