CATHÉDRALES DE FRANCE : de la période principale d’édification (1180-1240) à nos jours

L’essoufflement du mouvement d’édification des cathédrales après 1240

L’alliance du clergé avec la monarchie inquiétant les barons, la noblesse de France et le roi vont se réunir en 1235 à Saint-Denis pour limiter la puissance des tribunaux ecclésiastiques. En 1246, les barons vont s’unir pour soutenir tout seigneur vexé par le clergé. Le roi va à son tour contenir les prétentions du clergé et faire prévaloir l’autorité monarchique sur la féodalité. 1280px-Albi_Sainte-Cécile

Le rythme des constructions va progressivement se ralentir, les édifices commencés achevés à la hâte, ceux de grande ampleur réduits. Les réserves des évêques épuisées en rachat d’immeubles autour des anciennes cathédrales ou pour amorcer l’édification de l’église, les projets vont s’arrêter ou fortement ralentir. Rares sont les cathédrales qui seront achevées telles que projetées. À la mort de Philippe-Auguste, en 1223, les diocèses bâtisseurs entrent dans le domaine royal. Un grand nombre de cathédrales sont très avancées même si elles sont inachevées.

Les diocèses politiquement unis au domaine royal vont voir leurs cathédrales s’élever rapidement sur des plans nouveaux (Reims, Châlons, Troyes). En Bourgogne, les diocèses les plus rapprochés du domaine royal (Auxerre, Nevers) reconstruisent leurs cathédrales alors que ceux d’Autun et de Langres, plus éloignés, conservent leurs anciennes églises élevées au milieu du XIIè siècle. En Guyenne, restée anglaise, excepté Bordeaux qui tente un effort vers 1225, Périgueux, Angoulême, Limoges, Tulle, Cahors, Agen gardent leurs vieux monuments.

En dehors du domaine royal, le mouvement d’édification n’existe plus. C’est à la fin du XIIIe siècle que certains diocèses remplaceront leurs vieux monuments par des constructions neuves élevées sur des plans royaux. Mais ce mouvement limité s’arrêtera au XIVè siècle. À la mort de Philippe le Bel, en 1314, le domaine royal s’est étendu (Champagne, Languedoc, Provence, Auvergne et  Bourgogne) mais l’élan formidable du XIIè et du XIIIè siècle est épuisé. Les cathédrales dont la reconstruction n’a pas été commencée pendant le XIIIè siècle restent à l’identique ; celles inachevées se terminent difficilement.

Le mouvement d’édification très ralenti voit l’utilisation de styles différents : cathédrale Saint-Pierre de Rennes (1490), cathédrale Sainte-Marie d’Auch (1489).

Certaines cathédrales inachevées au Moyen Âge voient leurs travaux reprendre au XVIè siècle (cathédrale Saint-Pierre de Beauvais, cathédrale Notre-Dame d’Évreux, cathédrale Saint-Maclou de Pontoise et cathédrale Notre-Dame du Havre en style Renaissance).

La construction d’un certain nombre de cathédrales fut néanmoins entreprise après la Révocation de l’édit de Nantes, en 1685, pour affirmer la présence catholique en terre protestante (La Rochelle et Montauban). D’autres constructions sont engagées pour remplacer un édifice ruiné (Rennes, Dax ou Langres pour la façade). La création du diocèse de Nancy, en 1777 fit de la primatiale de Lorraine la cathédrale de Nancy. Les cathédrales d’Arras et de Cambrai sont également dues à la destruction des anciennes cathédrales vendues comme biens nationaux à la Révolution française.

Quelques cathédrales furent reconstruites au cours du XIXe siècle (cathédrale de Boulogne-sur-Mer en style néoclassique, cathédrale de Belley, cathédrale de Gap ou  cathédrale de Lille en style néogothique, cathédrale Sainte-Marie-Majeure de Marseille, en style néo-byzantin).

La Cathédrale Saint-Charles-Borromée de Saint-Étienne de style néogothique a été construite de 1912 à 1923. 1280px-Saint-etienne_cathedrale.JPGDans les années 1960, la création de nouveaux diocèses dans la région parisienne a entraîné l’élévation au rang de cathédrale des édifices construits dans l’entre-deux-guerres comme la cathédrale de Nanterre.

A la toute fin du XXè siècle (cathédrale d’Evry) et au début du XXIè siècle (cathédrale de Créteil), deux cathédrales seront construites d’ampleur modeste par rapport à leurs grandes ancêtres.