CHENONCEAU, le château des Dames

Marie de Luxembourg, duchesse de Mercœur, mère de Françoise et César fait l’acquisition du château de Chenonceau en 1606. Elle fait réparer les toitures du château, restaurer les bassins, les bâtiments agricoles, les arches du pont, la chapelle Saint-Thomas. A sa mort, César de Vendôme en hérite et cède à son tour la propriété de Chenonceau à son fils Louis-Joseph. Sans postérité, le château revient à la mère de son épouse, la princesse de Condé qui le vend à son petit-fils, le duc Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé, premier ministre de Louis XV de 1723 à 1726 et propriétaire du château de Chantilly.. Le duc ne s’y rend qu’une seule fois et le vend en 1733 au fermier général, Claude Dupin, le château sortant du cercle des princes de sang renouant avec les débuts de son histoire.

Claude Dupin, riche fermier général, propriétaire du prestigieux Hôtel Lambert à Paris épouse en secondes noces une de ses filles naturelles, célèbre pour son esprit et sa beauté : Louise Guillaume de Fontaine. Elle tient un salon et reçoit notamment Voltaire,  Marivaux, Montesquieu, Buffon et Rousseau. Jean-Jacques Rousseau est le secrétaire particulier de Monsieur et Madame Dupin.Louise_Marie_Madeleine_Fontaine_1706-1799

Les appartements de la reine Louise de Lorraine sont refaits et perdent leur décoration funèbre. Le couvent des Capucines est réaménagé et le pont-levis qui sépare le monastère de l’habitation disparaît. La galerie du premier étage est distribuée en chambres desservies par un long couloir qui mène à son extrémité, à une petite salle de théâtre. L’achat d’un nouveau mobilier vient compléter celui racheté à l’ancien locataire. La bibliothèque s’accroît de nombreux ouvrages rares. Les jardins en friche sont débroussaillés, des ormeaux sont plantés le long de la grande avenue et les vignobles sont reconstitués. Les digues sont consolidées et les douves nettoyées. Laissé à l’abandon durant cent ans, le château retrouve sa splendeur d’antan.Chenonceau03

Durant la Révolution française, Mme Dupin s’installe à Chenonceau. Elle sauve la chapelle du château en la transformant en resserre à bois, consent à laisser détruire des dizaines de portraits royaux et seigneuriaux du château, soustrait de la fureur révolutionnaire les plus importantes archives du château. Prouvant sa qualité de bien privé, Mme Dupin n’est pas inquiétée dans la possession de Chenonceau.

A sa mort en 1799, son petit-neveu René Vallet de Villeneuve, hérite du château. Il fait effectuer des réparations pour effacer le vandalisme sous la Révolution. Un inspecteur des Monuments historiques, Prosper Mérimée, imagine alors un classement pour gérer ses fonds et ses interventions, une première liste est établie en 1840 comportant le château de Chenonceau. La célébrité de la demeure et la notoriété de ses hôtes attirent les visiteurs de choix dont leur cousine George Sand et Gustave Flaubert accompagné de son ami Maxime Du Camp. 1280px-ChenonceauE1851

A la mort de René de Villeneuve, le château revenant à ses deux enfants est mis en vente en avril 1864. Il est acquis par Marguerite Wilson héritière du fortuné ingénieur écossais Daniel Wilson. Elle fait appel à l’architecte Félix Roguet, disciple de Viollet-le-Duc, pour diriger un pharaonique projet de restauration : l’intérieur du bâtiment des Dômes est refait, la façade Nord modifiée par Catherine de Médicis est rétablie dans son état initial. Le grand balcon et sa balustrade de fer sont remplacés par des balustres et pilastres en pierre. Les menuiseries, sculptures, peintures, sols, sont restaurés ou reconstitués. Le théâtre de Madame Dupin disparaît et les salles du couvent des Capucines sont reconstituées. Les murs des douves sont redressés et consolidés. La Tour des Marques, la chancellerie et l’orangerie sont également restaurés. Un port pour les embarcations de pêche et de plaisance est créé. Les jardins et parterres sont aménagés, les parcs replantés et les allées élargies.

Mme Wilson érige Chenonceau en Académie des Arts et des Lettres où elle accueille des écrivains, historiens, musiciens, peintres et sculpteur recevant hospitalité, encouragement et travail. La restauration de Chenonceau et son train de vie fastueux l’obligeant à recourir aux emprunts, elle en vient à ne plus pouvoir rembourser ses créditeurs.

Le château de Chenonceau est adjugé aux enchères en 1889 par le Crédit foncier qui en décide l’exploitation commerciale en l’ouvrant à la visite avant de le revendre trois ans plus tard à M. Terry, député de La Havane aux Cortes espagnols.

En 1913, il est mis en vente et acquis par l’industriel Henri Menier, homme de la grande bourgeoisie industrielle, issu de la famille des chocolatiers Menier qu’il offre à sa jeune épouse Thyra Menier.Thyra_Seillière_(05)

Son frère Gaston Menier en hérite à sa mort un an plus tard. Durant la Première Guerre mondiale, Gaston Menier va installer au château un hôpital militaire en confiant la gestion à son fils Georges et sa belle-fille Simone, infirmière en chef.

Gaston Menier reçoit officiellement Charles Lindbergh à son arrivée en France. Gaston Menier entreprend la réparation des lucarnes de la façade principale et des becs des piles du château, abîmés par le Cher. Son petit-fils Antoine Menier hérite du château en 1935. Réquisitionné en 1939 par le Ministère de la Guerre fuyant Paris, les autorités allemandes interdisent ensuite l’accès à la propriété, excepté pour le régisseur, l’édifice chevauchant, entre 1940 et 1942, la ligne de démarcation avec un côté en zone occupée et l’autre en zone libre. La galerie du premier étage sera utilisée par la Résistance pour faire passer de nombreuses personnes en zone libre.

En 1953, Antoine Menier et son frère Hubert, cogérants de la société familiale, engagent un jeune universitaire agronome, Bernard Voisin, comme responsable du domaine qui va faire du château de Chenonceau l’un des monuments les plus fréquentés de France. A la mort d’Antoine Menier en 1967, le château revient à sa veuve qui le revend par la suite à la belle-sœur de son époux, Odette Menier. Son fils Jean-Louis assure alors la direction artistique du château conjointement avec son épouse Laure. À partir de 2002, Laure Menier gère seule la conservation et la gestion du domaine et lance en 2009 un vaste programme de restauration du château.

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