MICHEL SERRES : pensées marquantes

L’abandon de l’éducation par les parents, la famille, le quartier, la ville et toute autre communauté rejaillit, aujourd’hui, sur l’école, où tout, désormais, doit se faire, où tout donc, par saturation, devient irréalisable.
La culture de quelqu’un se définit par ses lacunes.
La culture ne protège pas de la barbarie.
La main n’est plus la main quand elle a saisi le marteau, elle vole, transparente, entre lui et le clou, elle disparaît et se fond, la mienne a fui depuis longtemps dans l’écriture. La main et la pensée s’évanouissent dans leurs déterminations.
La route de la soie a été la route de la science.
La science, c’est ce que le père enseigne à son fils. La technologie, c’est ce que le fils enseigne à son papa.
La seule vraie désobéissance est celle qui permet d’inventer.
La technique est une formidable économie de temps dans notre combat « darwinien » contre la mort.
La vie profonde compose une partition.
Le 21e siècle sera un siècle spirituel ou pas.
Le corps est un miroir. Que peut le corps ? Prenez le gardien de but d’une équipe de football qui attend le tir d’un penalty ou bien encore un tennisman qui monte au filet pour jouer à la volée. Regardez comment il se place. La balle peut venir d’en haut, d’en bas, à droite, à gauche, etc. Il est donc obligé de mettre son corps dans une position virtuelle, presque abstraite. Il est dans un état de corps possible. Il est dans une position que j’appellerai  » blanche « . Il est à la fois toutes les couleurs et l’absence de couleur. On ne peut pas avoir de meilleure image de ce que peut le corps.
Le grand philosophe de demain sera celui qui repensera tout, du cognitif au politique, car tout est nouveau.
Le monde d’aujourd’hui hurle de douleur parce qu’il commence son travail d’enfantement.Ou apparaîtra un nouvel homme, citoyen du monde, ou l’humanité chancellera. Nous devons décider la paix entre nous pour sauvegarder le monde et la paix avec le monde afin de nous sauver.
Le monde tend vers l’angélisme et il n’a jamais été plus satanique.
Le monopole du savoir, qui était détenu par l’école et par l’université, a été capturé par la télévision, la radio, les médias au sens large. C’est la cause première de la crise de l’enseignement.
Le progrès humain passe par l’altruisme.
Le savoir rend heureux, le savoir rend libre.
Le seul acte intellectuel authentique, c’est l’invention.
Le vieux proverbe militaire dit vrai: nul ne va jamais plus vite que la musique. Et Woodstock précède Facebook.
Le virtuel est l’essence même de l’humain, c’est cela être un homme. Les animaux ne sont pas virtuels. La littérature, plus elle est folle, imaginaire, potentielle, plus elle est proche de l’humain. Elle dépasse de très loin les sciences humaines, car celles-ci ne disent que le fait quand les hommes sont des êtres de fiction.
Les gens préfèrent la pauvreté pourvu qu’ils soient au milieu de plus indigents qu’eux, à une richesse qui les placerait au milieu de gens prospères… La situation réelle les tente moins que la relation sociale… tout le mal du monde vient de la comparaison.
Métissage, voilà mon idéal de culture. Blanc et noir, sciences et lettres, monothéisme et polythéisme, sans haine réciproque, pour une pacification que je souhaite et pratique.
Mais il ne s’agit pas d’un grand récit comme autrefois, à l’image de la Bible par exemple, qui évoque un dessein intelligent, intentionnel, un plan divin. Le grand récit, tel que les savants le proposent aujourd’hui, s’écrit au futur antérieur.
Notre sénilité endormie se trouve à l’aise dans l’absurde.
Nous avons construit un monde où l’intelligence est la premières des facultés, où la science et la technique nous tirent en avant et nous chutons, en produisant plus de misères, de famines, de maladies.
Nous dépendons de ce qui dépend de nous.

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