MARCEL PROUST : phrases d’anthologie

L’artiste qui renonce à une heure de travail pour une heure de causerie avec un ami sait qu’il sacrifie une réalité pour quelque chose qui n’existe pas.
L’audace réussit à ceux qui savent profiter des occasions.
L’érudition est une fuite loin de notre propre vie que nous n’avons pas le courage de regarder en face.
L’espérance est un acte de foi.
L’être que je serai après la mort n’a pas plus de raisons de se souvenir de l’homme que je suis depuis ma naissance que ce dernier ne se souvient de ce que j’ai été avant elle.
L’habitude est une seconde nature, elle nous empêche de connaître la première dont elle n’a ni les cruautés, ni les enchantements.
L’idée qu’on mourra est plus cruelle que mourir, mais moins que l’idée qu’un autre est mort.
L’indifférence aux souffrances qu’on cause est la forme terrible et permanente de la cruauté.
L’instinct d’imitation et l’absence de courage gouvernent les sociétés comme les foules.
L’instinct dicte le devoir et l’intelligence fournit des prétextes pour l’éluder.
L’irresponsabilité aggrave les fautes.
L’opinion que nous avons les uns des autres, les rapports d’amitié, de famille, n’ont rien de fixe qu’en apparence, mais sont aussi éternellement mobiles que la mer.
L’oubli est un puissant instrument d’adaptation à la réalité parce qu’il détruit peu à peu en nous le passé survivant qui est en constante contradiction avec elle.
L’univers est vrai pour nous tous et dissemblable pour chacun.
La beauté n’est pas dans les couleurs, mais dans leur harmonie.
La douleur est un aussi puissant modificateur de la réalité que l’ivresse.
La générosité n’est souvent que l’aspect intérieur que prennent nos sentiments égoïstes quand nous ne les avons pas encore nommés et classés.
La jeunesse une fois passée, il est rare que l’on reste confiné dans l’insolence.
La lecture est au seuil de la vie spirituelle ; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas.
La lecture est une amitié.
La manière chercheuse, anxieuse, exigeante, que nous avons de regarder la personne que nous aimons rend notre attention en face de l’être aimé trop tremblante pour qu’elle puisse obtenir de lui une image bien nette.
La musique est peut-être l’exemple unique de ce qu’aurait pu être – s’il n’y avait pas eu l’invention du langage, la formation des mots, l’analyse des idées – la communication des âmes.
La photographie acquiert un peu de la dignité qui lui manque, quand elle cesse d’être une reproduction du réel et nous montre des choses qui n’existent plus.
La souffrance dans l’amour cesse par instants, mais pour reprendre d’une façon différente.
La vérité suprême de la vie est dans l’art.
La vie est semée de ces miracles que peuvent toujours espérer les personnes qui aiment.
La vie tisse entre les êtres plus de fils qu’elle n’en brise.
La vraie beauté est si particulière, si nouvelle, qu’on ne la reconnaît pas pour la beauté.
Le bonheur est salutaire pour le corps, mais c’est le chagrin qui développe les forces de l’esprit.
Le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses.
Le mal seul fait remarquer et apprendre et permet de décomposer les mécanismes que sans cela on ne connaîtrait pas.
Le moi profond reste le meilleur des masques antirides.
Le plaisir de l’habitude est souvent plus doux encore que celui de la nouveauté.
Le regret est un amplificateur du désir.
Le sens critique est soumission à la réalité intérieure.
Le seul véritable voyage, le seul bain de Jouvence, ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre, de cent autres, de voir les cent univers que chacun d’eux voit, que chacun d’eux est…
Le sommeil est comme un second appartement que nous aurions et où, délaissant le nôtre, nous serions allés dormir.
Le souvenir d’une certaine image n’est que le regret d’un certain instant.

Prince_Edmond_de_PolignacSuite, page suivante : cliquer sur « 3 » ci-dessous