FABLES DE LA FONTAINE : MORALES (IV/V)

Membres (les) et l’Estomac (III, 2)Fable destinée à justifier le pouvoir monarchique
Meunier (le), son Fils, et l’Ane (III, I)Quant à vous, suivez Mars, ou l’Amour, ou le Prince ;
Allez, venez, courez ; demeurez en province ;
Prenez femme, abbaye, emploi, gouvernement :
Les gens en parleront, n’en doutez nullement. »
Milan (le) et le Rossignol (IX, 18)Ventre affamé n’a point d’oreilles   
Milan (le), le Roi, et le Chasseur (XII, 12)Comme les Dieux sont bons, ils veulent que les Rois
Le soient aussi : c’est l’indulgence
Qui fait le plus beau de leurs droits, Non les douceurs de la vengeance. ……………………………….
L’on a vu de tout temps 
Plus de sots fauconniers que de rois indulgents.
Montagne (la) qui accouche (V, 10) « Cette fable se présente comme deux épigrammes jumelées, dont l’une est la fable proprement dite, et l’autre l’application aux auteurs présomptueux » (René Jasinski, La Fontaine et le premier recueil des Fables, T. 2, p. 213) 
Elle accoucha d’une souris. ………………………………………………………………………………..
C’est promettre beaucoup ; mais qu’en sort-il souvent  ?
Du vent.
Mort (la) et le Malheureux (I, 15)Le trépas vient tout guérir;
Mort (la) et le Bûcheron (I, 16)Mais ne bougeons d’où nous sommes:
Plutôt souffrir que mourir,
C’est la devise des hommes.
Mort (la) et le Mourant (VIII, I)        La Mort ne surprend point le sage ;
Il est toujours prêt à partir,  
S’étant su lui-même avertir
Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage. …………………………………………………………………………..      
Défendez-vous par la grandeur,
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse :
La Mort ravit tout sans pudeur.
Mouche (la) et la Fourmi (IV, 3)Ni mon grenier, ni mon armoire
Ne se remplit à babiller
Mulet (le) se vantant de sa généalogie (VI,7)Quand le malheur ne serait bon
Qu’à mettre un sot à la raison,
Toujours serait-ce à juste cause
Qu’on le dit bon à quelque chose.
Obsèques (les) de la Lionne (VIII, 14)Amusez les Rois par des songes,
Flattez-les, payez-les d’agréables mensonges 
Quelque indignation dont leur coeur soit rempli, Ils goberont l’appât; vous serez leur ami.
Oeil (l’) du Maître (IV, 2l) Il n’est pour voir que l’oeil du Maître.
Oiseau (1’) blessé d’une flèche (Il,6)Des enfants de Japet toujours une moitié
Fournira des armes à l’autre
Oiseleur (l’), l’Autour, et l’Alouette (VI, 15)Les injustices des pervers
Servent souvent d’excuse aux nôtres.
Telle est la loi de l’univers ; 
Si tu veux qu’on t’épargne, épargne aussi les autres
Oracle (l’) et l’Impie (IV, 19)Vouloir tromper le Ciel, c’est folie à la Terre ;
Le dédale des coeurs en ses détours n’enserre
Rien qui ne soit d’abord éclairé par les dieux.
Tout ce que l’homme fait, il le fait à leurs yeux,
Même les actions que dans l’ombre il croit faire.
Oreilles (les) du lièvre (V, 4) La moralité est supprimée mais elle reste claire : lorsque règne « la raison du plus fort », mieux vaut prendre ses distances avant qu’il ne soit trop tard.
Ours (l’) et l’Amateur des jardins (VIII, 10)Rien n’est si dangereux qu’un ignorant ami ;
Mieux vaudrait un sage ennemi.
Ours (l’) et les deux Compagnons (V, 20)Il m’a dit qu’il ne faut jamais
Vendre la peau de l’Ours qu’on ne l’ait mis par terre.
Paon (le) se plaignant à Junon (II, 17) Dans ce monde, rien n’est parfait : il faut savoir s’accepter comme on est.
Le paon est superbe, sa voix est vilaine…
La rose aussi a des épines…
Cesse donc de te plaindre, ou bien pour te punir 
Je t’ôterai ton plumage.
Parole de Socrate (IV, 17) Chacun se dit ami ; mais fol qui s’y repose.
Rien n’est plus commun que ce nom ;
Rien n’est plus rare que la chose.
Pâtre (le) et le Lion (VI, I) La morale est commune aux deux fables :
(avec le Lion et le Chasseur (VI, 2) )La vraie épreuve de courage
N’est que dans le danger que l’on touche du doigt.
Tel le cherchait, dit-il, qui changeant de langage
S’enfuit aussitôt qu’il le voit.
Paysan (le) du Danube (Xl, 7) Il ne faut point juger des gens sur l’apparence.
Perdrix (la) et les Coqs (X, 7) C’est de l’homme qu’il faut se plaindre seulement.
Petit (le) Poisson et le Pêcheur (V, 3)        Petit poisson deviendra grand
Pourvu que Dieu lui prête vie.
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c’est folie ;
Car de le rattraper il n’est pas trop certain.
Un Tien (1) vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l’auras.    
L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.
(1) Forme ancienne dérivée du latin, pour l’impératif de « tenir » au singulier.
Phébus et Borée (VI, 3) Plus fait douceur que violence
Philomèle et Progné (III, 15)On remarquera que le thème de la retraite « au désert », qui va prendre tout son essor dans le second recueil, est posé, ici, dès le livre III (M. Fumaroli, Fables éd. La pochothèque) :
Et c’est le souvenir d’un si cruel outrage
Qui fait, reprit sa soeur, que je ne vous suis pas :
En voyant les hommes, hélas !  
Il m’en souvient bien davantage.
Philosophe (le) scythe (XII, 20) La Fontaine exprime son sentiment contre les stoïciens qui veulent ôter passions et désirs.
Ils ôtent à nos coeurs le principal ressort :
Ils font cesser de vivre avant que l’on soit mort.
Poissons (les) et le Berger qui joue de la flûte (X, 10)O vous, Pasteurs d’humains et non pas de brebis,
Rois, qui croyez gagner par raisons les esprits
D’une multitude étrangère,
Ce n’est jamais par là que l’on en vient à bout ; Il y faut une autre manière:
Servez-vous de vos rets ; la puissance fait tout.
Poissons (les) et le Cormoran (X, 3)Qu’importe qui vous mange ? homme ou loup, toute panse
Me paraît une à cet égard ; 
Un jour plus tôt, un jour plus tard,
Ce n’est pas grande différence.
Pot (le) de terre et le Pot de fer (V, 2) Ne nous associons qu’avec que nos égaux ;
Ou bien il nous faudra craindre 
Le destin d’un de ces Pots . 
Poule (la) aux œufs d’or (V, 13) L’avarice perd tout en voulant tout gagner.
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Pendant ces derniers temps, combien en a-t-on vus
Qui du soir au matin sont pauvres devenus  
Pour vouloir trop tôt être riches ?
Pouvoir (le) des fables (VIII, 4)Le monde est vieux, dit-on ; je le crois, cependant Il le faut amuser encor comme un enfant.
Querelle (la) des Chiens et des Chats, et celle des Chats et des Souris (XII, 8)La Discorde a toujours régné dans l’univers ;
Notre monde en fournit mille exemples divers  :
Chez nous cette déesse a plus d’un tributaire.
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Dieu fit bien ce qu’il fit, et je n’en sais pas plus.
Ce que je sais, c’est qu’aux grosses paroles
On en vient sur un rien plus des trois quarts du temps.
Rat (le) de ville et le Rat des champs (I, 9)Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre.
Rat (le) et l’Éléphant (VIII, 15)Se croire un personnage est fort commun en France: 
On y fait l’homme d’importance, 
Et l’on n’est souvent qu’un bourgeois : 
C’est proprement le mal françois
Rat (le) et l’Huître (VIII, 9)… ceux qui n’ont du monde aucune expérience
Sont aux moindres objets frappés d’étonnement : 
Et puis nous y pouvons apprendre     
Que tel est pris qui croyait prendre
Rat (le) qui s’est retiré du monde (VII, 3) Cette fable apparemment inventée par La Fontaine  serait une satire contre les moines (le clergé régulier avait refusé en 1675 de contribuer à financer par un « don gratuit » la guerre de Hollande). Elle se termine par :
Je suppose qu’un moine est toujours charitable.
Renard (le) anglais (XII, 23)Encore un exemple emprunté aux adversaires de « L’âme des bêtes » pour mieux les combattre.
Renard (le) ayant la queue coupée (V, 5) Cette fable montre  qu’il  faut se méfier des conseils exprimés par certains : ils le sont souvent par intérêt et non pour le bien de tous.
Renard (le) et la Cigogne (I, 18)Trompeurs, c’est pour vous que j’écris,
Attendez-vous à la pareille.
Renard (le) et le Bouc (III, 5)En toute chose il faut considérer la fin.
Renard (le) et le Buste (IV, 14) Belle tête, dit-il, mais de cervelle point.
Combien de grands Seigneurs sont bustes en ce point.
Renard (le) et les Poulets d’Inde (XII, 18)Le trop d’attention qu’on a pour le danger
Fait le plus souvent qu’on y tombe.
Renard (le) et les Raisins (III, Xl) Ruse du renard qui trouve une feinte pour masquer sa déception de ne pouvoir atteindre les raisins, trop hauts :
lls sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats.  
Fit-il pas mieux que de se plaindre ?