POP ART : quand la culture populaire devient « stylée »

Né il y a soixante ans, le pop art, un des principaux mouvements culturels du XXe siècle, a traversé le temps et les évolutions sociétales. Nourri puis assimilé par la culture populaire, il a métamorphosé radicalement l’ensemble de la chaine artistique.
Le popular art ou « pop art » s’est affirmé en prenant le contrepied de l’expressionnisme abstrait (action painting de Jackson Pollock, colorfield painting de Mark Rothko…) jugé trop académique, ésotérique et élitiste.
Il a emprunté à la culture populaire ses thèmes, ses images publicitaires ou dessinées, ses objets de consommation ordinaires, les traitant sur un mode ironique. La reproduction, la duplication, la superposition, la combinaison de cette iconographie populaire extraite de son contexte, rehaussée de couleurs franches ou de formes géométriques étaient censées refléter le chaos produit dans cette société de la génération silencieuse de la deuxième moitié des années 1950 par la télévision, les médias, la publicité, la mode, la musique pop, la consommation effrénée…
S’affranchissant de toutes les conventions, le pop art va révolutionner l’art de fond en comble, de la conception à la production en passant par la promotion des œuvres :
  • L’idée, la puissance du concept servies par celle d’images iconiques et l’innovation stylistique sont plus importantes que l’œuvre elle-même. Il sera souvent fait appel pour sa réalisation à des matériaux et des techniques industrielles (acrylique, sérigraphie, …), ne requérant pas une grand savoir faire, l’atelier devenant une Factory (l’usine chère à Andy Warhol) producteur de biens culturels;
  • La reproduction et la production en série vont bouleverser la conception traditionnelle d’unicité de l’oeuvre;
  • Le style « pop art » s’appuie sur le tracé de couleur noire, emprunté à la ligne claire du dessin publicitaire ou de la bande dessinée, des figures et des images, agrémenté de couleurs franches et vives dépourvues d’effets de matière afin de donner le plus fort impact à l’image ;
  • L’utilisation de symboles et d’images populaires va désacraliser l’œuvre d’art;
  • Les happenings et les environnements vont prendre une place importante dans la promotion et la vente de cet art à la chaîne prêt à consommer.

Art en quête de simplicité et d’efficacité, marquant les esprits grâce à ses techniques et ses inspirations populaires, le pop art a, en retour, enrichi et stylisé l’imagerie populaire.

Il va fortement influencer les générations suivantes d’artistes: des artistes conceptuels en passant par ceux du Land art ou du body art, les graffeurs ou les artistes urbains tels que Basquiat ou Keith Harring, les représentants du courant néo-pop (Morimura et l’artiste kitsch Jeff Koons) jusqu’au vintage, au graphisme et au web design…
Particulièrement d’actualité dans une société du tout numérique où l’image, l’instantané, l’éphémère, le simple et clair, le percutant prédominent, les produits dérivés qu’il continue de générer s’arrachent, même s’ils sont devenus de simples objets de consommation dépourvus de toute distanciation critique…
Quelle ironie ! Le pop art s’est fondu dans la culture populaire dont il se nourrissait pour mieux la critiquer et en profiter…
Même si son apport esthétique et créatif ne semble pas du même ordre que celui de grands courants tels que l’impressionnisme, le cubisme…, force est de constater que ses innovations stylistiques demeurent indémodables, utilisées dans de nombreux domaines créatifs (publicité, design, …) et plébiscitées par les plus fortunés amateurs du marché de l’art contemporain, ses artistes phares atteignant des sommets.
Intégrées à l’imaginaire culturel collectif, les inspirations des artistes pop n’ont jamais été aussi en phase avec la société, consacrant une démarche artistique opportuniste, pragmatique et visionnaire unique dans l’histoire de l’art et de la culture.
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