Génération Interbellum (1901-13): une génération d’entre-deux guerres ambivalente

La génération interbellum désigne la cohorte américaine née entre 1901 et 1913. Le mot vient du latin inter et bellum, littéralement entre les guerres, et décrit exactement sa position : trop jeune pour servir pendant la Première Guerre mondiale, trop âgée pour être envoyée en première ligne pendant la Seconde. La génération interbellum occupe ainsi un interstice rare dans le siècle, celui d’une classe d’âge que deux conflits mondiaux ont épargnée au combat mais dont ils ont façonné toute l’existence. C’est cette position d’entre-deux qui donne à la génération interbellum son ambivalence caractéristique.

Qui compose la génération interbellum

Les bornes de 1901 et 1913 sont étroites, treize années à peine, ce qui en fait une micro-génération plutôt qu’une grande cohorte. Ses membres avaient entre un et dix-sept ans à l’armistice de 1918, et entre vingt-huit et quarante ans à l’entrée en guerre des États-Unis en 1941.

Certains d’entre eux ont bien servi pendant la Seconde Guerre mondiale, mais dans les forces d’appui, l’encadrement ou la logistique, rarement dans les unités de combat. Cette expérience à distance du feu les sépare nettement de la génération grandiose, qui l’a vécue de plein fouet.

La génération interbellum dans les années folles

Devenus adultes pendant les années folles, ils connaissent d’abord une prospérité économique inédite, des mutations sociales rapides et un climat d’insouciance. Mais cette décennie est bien plus conflictuelle que son image ne le laisse croire.

L’adoption du dix-huitième amendement en 1919, qui instaure la prohibition de l’alcool, et la politique de retour à la normale menée après-guerre engendrent ensemble de fortes tensions sociales. Les débats de l’époque portent sur l’enseignement de l’évolution, que le procès Scopes de 1925 porte devant l’opinion, sur la restriction de l’immigration, sur la peur du communisme et sur le repli isolationniste. C’est dans ce climat que le Ku Klux Klan, refondé en 1915, atteint son apogée avec plusieurs millions de membres au milieu des années 1920.

Enfants de parents traumatisés par la Première Guerre mondiale, ils se retrouvent tiraillés entre deux systèmes incompatibles : les valeurs matérialistes de la société de production et de consommation de masse d’un côté, le tumulte décadent des années folles de l’autre. Nihilisme, divertissement et libération des mœurs s’opposent frontalement à l’ordre traditionnel.

La Grande Dépression au seuil de la vie active

Le krach de 1929 les cueille au pire moment, celui de l’entrée dans la vie professionnelle. Les plus âgés d’entre eux avaient vingt-huit ans, les plus jeunes seize. L’effondrement économique et social frappe donc une génération dont le système de valeurs était déjà ambivalent, et achève de le déstabiliser.

C’est probablement ce qui explique leur trait le plus constant : une prudence économique durable, un rapport méfiant à la dette et au crédit, et une méfiance envers les promesses de prospérité, tous comportements qu’ils transmettront à leurs enfants.

Les quatre présidents issus de la génération interbellum

Cette micro-génération a fourni quatre présidents des États-Unis :

  • Lyndon B. Johnson, né en 1908, président de 1963 à 1969.
  • Ronald Reagan, né en 1911, président de 1981 à 1989.
  • Richard Nixon, né en 1913, président de 1969 à 1974.
  • Gerald Ford, né en 1913, président de 1974 à 1977.

Tous quatre ont été marqués dans leur jeunesse par la Grande Dépression, ce qui a durablement pesé sur leur conception du rôle de l’État. Leurs orientations politiques, en revanche, divergent radicalement : Johnson porte le programme réformateur de la Grande Société, quand Nixon, Ford et Reagan appartiennent au camp républicain, ce dernier incarnant même le tournant conservateur des années 1980.

Sa place dans la succession des générations

Questions fréquentes

Que signifie le mot interbellum ? Il vient du latin inter, entre, et bellum, la guerre. L’expression latine interbellum désigne la période séparant deux conflits, en l’occurrence l’entre-deux-guerres. Appliquée à une génération, elle décrit une cohorte définie non par ce qu’elle a fait mais par ce qu’elle a manqué : trop jeune pour la première guerre, trop âgée pour combattre dans la seconde.

Pourquoi une génération aussi courte ? Treize ans seulement, contre vingt ou vingt-cinq pour les grandes cohortes. C’est une micro-génération, catégorie que les typologies introduisent quand un groupe se distingue nettement de ses voisins immédiats sur un critère précis. Ici le critère est militaire : ces classes d’âge sont les seules du siècle à avoir traversé deux guerres mondiales sans être appelées au front dans l’une ni dans l’autre.

Quelle différence avec la génération grandiose ? La guerre, encore une fois. La génération interbellum, née de 1901 à 1913, avait passé trente ans en 1941 et a surtout servi dans les fonctions d’appui. La génération grandiose, née de 1914 à 1924, avait l’âge du combat et a formé le gros des troupes. La première a vécu la Seconde Guerre mondiale à distance, la seconde l’a faite. C’est pourquoi la première n’a jamais bénéficié du prestige collectif attaché à la seconde.

Cette génération existe-t-elle en Europe ? La catégorie est d’usage principalement américain, où elle sert à distinguer les cohortes selon leur mobilisation. En Europe, où la Première Guerre mondiale a été bien plus meurtrière et la Seconde vécue sous occupation, le découpage suit d’autres lignes et cette classe d’âge est généralement rattachée soit à la fin de la génération de 1914, soit au début de la génération suivante.

Aller plus loin :

Les grandes générations sociales occidentales du XXe et du XXIe siècle

Laisser un commentaire