Génération silencieuse (1925-45) : la génération appliquée de nos grands parents

La génération silencieuse désigne la cohorte née entre 1925 et 1945, coincée entre la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale. L’expression apparaît en couverture du magazine Time le 5 novembre 1951, sous la forme anglaise silent generation, pour décrire des jeunes gens que les journalistes trouvaient étonnamment dociles. La génération silencieuse représente aujourd’hui moins de 10 % de la population française, et une large part de ses membres est entrée dans le quatrième âge. Comprendre la génération silencieuse aide à saisir ce qui sépare radicalement les baby-boomers de leurs propres parents.

Qui compose la génération silencieuse

Les bornes de 1925 et 1945 ne sont pas arbitraires. Elles encadrent ceux qui étaient trop jeunes pour combattre pendant la guerre mais assez âgés pour en garder un souvenir direct, et trop vieux pour appartenir à la vague démographique de l’après-guerre. C’est une génération peu nombreuse, précisément parce que la natalité s’est effondrée pendant la crise des années 1930 puis pendant le conflit.

Cette faiblesse numérique explique en partie leur discrétion politique. Là où les baby-boomers ont imposé leur nombre à toute la société, les silencieux ont toujours été une cohorte étroite, encadrée par deux groupes plus bruyants. La moitié de ces seniors vit aujourd’hui seule.

Pourquoi ce nom apparu en 1951

L’article du Time décrit une jeunesse qui ne conteste rien, cherche la sécurité de l’emploi et se méfie des engagements idéologiques. Le contexte américain compte : au plus fort du maccarthysme, exprimer une opinion dissidente pouvait coûter une carrière. Le silence était moins un tempérament qu’une stratégie.

Le terme a fait fortune parce qu’il fonctionne aussi en Europe, où cette classe d’âge a reconstruit sans revendiquer, dans un climat de rareté matérielle et de discipline sociale que les Trente Glorieuses ont peu à peu desserré.

Les caractéristiques de la génération silencieuse

  • Le travail comme valeur cardinale. Ayant connu le manque, ils ont travaillé dur toute leur vie, souvent chez un seul employeur, et jugent la loyauté professionnelle à l’ancienneté.
  • Peu revendicatifs. Décrits comme fatalistes et conventionnels, ils préfèrent améliorer le système de l’intérieur plutôt que le contester.
  • Le devoir avant le plaisir. Responsabilités familiales et obligations sociales passent avant l’épanouissement personnel, notion qui leur reste largement étrangère.
  • Le respect de l’autorité. Institutions, hiérarchie et règles ne se discutent pas. C’est le point de rupture le plus net avec leurs enfants baby-boomers.
  • La propriété comme objectif de vie. Devenir propriétaire de sa résidence principale a structuré leurs arbitrages financiers pendant quarante ans. La voiture en est le symbole visible.
  • Une distance avec le numérique. Ils privilégient le face-à-face et le courrier postal, même si les plus jeunes d’entre eux ont adopté tablettes et smartphones.
  • Famille, transmission, altruisme. Beaucoup s’engagent dans des associations locales ou fréquentent les clubs du troisième et du quatrième âge.

Warren Buffett, né en 1930, et Alan Greenspan, né en 1926, incarnent bien ce rapport au travail et à l’institution. En France, Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac en relèvent également. Aux États-Unis, il aura fallu attendre l’élection de Joe Biden, né en 1942, pour que cette classe d’âge accède enfin à la présidence : elle a longtemps été la seule génération du XXe siècle à n’avoir jamais donné de président.

Ce qu’elle a construit

Aux commandes de la société pendant les années 1980 et 1990, les silencieux ont posé les bases de l’Union européenne et de l’euro, sous l’impulsion d’hommes comme Jacques Delors, né en 1925. Ils ont bâti les grandes infrastructures qui ont permis une croissance modérée mais régulière, dans une logique d’aménagement de long terme plutôt que de rupture.

Retraités et discrets, disposant de pensions souvent modestes, ils recourent aujourd’hui au système de soins et aux services d’aide à domicile rendus accessibles par les dispositifs de solidarité nationale.

Sa place dans la succession des générations

  • La génération grandiose, née entre 1901 et 1924, celle qui a fait la guerre et que les silencieux ont vue revenir du front.
  • La génération perdue, née avant 1900, marquée par la Première Guerre mondiale.
  • Les baby-boomers, nés entre 1946 et 1964, leurs enfants, dont la contestation des années 1960 se comprend d’abord comme un rejet du conformisme parental.
  • Les xennials, cohorte charnière entre la génération X et les milléniaux.
  • Le tableau général des générations occidentales, pour situer chaque cohorte d’un coup d’œil.

La nouvelle génération silencieuse

Nés cinquante à soixante-dix ans plus tard, les centennials, ou génération Z, sont régulièrement qualifiés de nouvelle génération silencieuse. Le rapprochement n’est pas gratuit : comme leurs grands aînés, ils ont connu des chocs majeurs pendant leur enfance, les attentats du 11 septembre 2001 et la crise financière de 2008.

Ils partagent avec eux le goût du travail, l’attachement à la sécurité de l’emploi, une prudence financière marquée et un fatalisme assumé, là où les milléniaux avaient grandi dans la promesse d’un progrès continu. Ils se montrent aussi attachés aux conventions que leurs grands-parents l’étaient, ce qui explique en grande partie la proximité affective entre ces deux générations, souvent plus forte qu’avec les parents.

Questions fréquentes

Quelles sont les dates exactes de la génération silencieuse ? Les bornes les plus courantes sont 1925 et 1945, mais elles varient selon les auteurs. Les sociologues américains Strauss et Howe, qui ont popularisé la théorie générationnelle, retiennent 1925 à 1942. D’autres travaux étendent jusqu’en 1945 pour faire coïncider la borne avec la fin de la guerre et le début du baby-boom. Cet écart de trois ans est sans conséquence sur la caractérisation du groupe, les traits décrits valant pour l’ensemble de la cohorte.

Pourquoi les appelle-t-on silencieux ? Le magazine Time forge l’expression en 1951 pour désigner une jeunesse qu’il juge remarquablement peu contestataire. Deux facteurs se combinent : l’expérience de la pénurie, qui a rendu la sécurité prioritaire sur l’expression de soi, et le climat politique du maccarthysme aux États-Unis, où la dissidence exposait à des représailles professionnelles. Le silence relevait donc autant de la prudence que du tempérament.

Quelle différence avec les baby-boomers ? Tout les oppose, ce qui explique la vigueur du conflit générationnel des années 1960. Les silencieux ont grandi dans la rareté, les boomers dans l’abondance. Les premiers respectent l’autorité, les seconds la contestent. Les premiers cherchent la stabilité de l’emploi, les seconds la réalisation personnelle. Les premiers sont numériquement faibles, les seconds forment la cohorte la plus nombreuse de l’histoire occidentale.

La génération Z est-elle vraiment la nouvelle génération silencieuse ? Le parallèle est réel mais partiel. Les deux cohortes partagent la prudence économique, l’attachement à la sécurité et une jeunesse marquée par des crises. La différence est décisive sur un point : les silencieux se taisaient, tandis que la génération Z s’exprime abondamment, simplement sur d’autres terrains et par d’autres canaux que la contestation politique classique. Le silence des uns était un retrait, celui des autres est un déplacement.

Citation sur les générations :

“Il faut trois générations pour faire un gentleman.”

Jacques Ier

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