Plus d’un habitant sur deux dans le monde partage son toit avec un animal. Les animaux de compagnie ne sont plus seulement des compagnons : ils sont devenus des membres de la famille, et un marché considérable s’est construit autour d’eux. Un marché qui répond moins aux besoins réels des animaux de compagnie qu’aux attentes de leurs maîtres, qui projettent sur eux leur propre mode de vie. Voyage au cœur de l’humanisation des animaux de compagnie.
Qu’est-ce qu’un animal de compagnie ?
Un animal de compagnie est un animal qui reçoit une protection humaine en échange de sa seule présence, sans fonction utilitaire. C’est ce qui le distingue de l’animal de rente, élevé pour sa viande, son lait ou sa laine, et de l’animal de travail.
La plupart de ces espèces ont fait l’objet d’une domestication, c’est-à-dire d’une sélection génétique menée par l’homme, sur des dizaines de générations, pour répondre à ses propres attentes : docilité, apparence, aptitude à vivre auprès de lui. Le chien, premier animal domestiqué, accompagne l’humanité depuis au moins quinze mille ans.
Les animaux de compagnie dans le monde : chacun ses préférences
Une vaste enquête GfK menée auprès de 27 000 personnes dans 22 pays a montré que 56 % des personnes interrogées possédaient au moins un animal. Le chiffre concerne les populations connectées de ces 22 pays, et non l’ensemble de l’humanité, mais il donne la mesure du phénomène.
Les préférences varient nettement d’un pays à l’autre. Le chien domine en Amérique latine et aux États-Unis : 66 % des foyers en Argentine, 64 % au Mexique, 58 % au Brésil, 50 % aux États-Unis. Le chat l’emporte en Russie, avec 57 % des foyers, et en France, avec 41 %. Les poissons sont les plus répandus en Chine, et les oiseaux en Turquie, où un foyer sur cinq en possède.
En France, la fédération professionnelle FACCO recense plus de 73 millions d’animaux domestiques, dont environ 17 millions de chats et 9 millions de chiens. Selon son baromètre, 61 % des Français vivent avec un animal : 39 % avec un chat, 30 % avec un chien.
Les animaux de compagnie, membres à part entière de la famille
Le chien et le chat sont de plus en plus considérés comme des membres de la famille, et les bénéfices de cette présence sont réels. L’animal diminue le stress, l’anxiété et l’ennui de ses propriétaires. Il favorise le développement des enfants, assure un réconfort aux personnes âgées, participe à l’intégration sociale des personnes isolées et contribue à une meilleure santé physique, ne serait-ce qu’en imposant des promenades quotidiennes.
Accordant un attachement constant sans rien exiger en retour, et pardonnant tout, il répond à une quête d’absolu sur le plan affectif que les relations humaines satisfont rarement.
Une étude de l’université de Cambridge publiée en 2017 a suivi 77 familles ayant plusieurs enfants et au moins un animal. Elle a montré que les enfants de douze ans déclaraient des relations plus satisfaisantes et moins conflictuelles avec leur animal qu’avec leurs frères et sœurs, et qu’ils se confiaient à lui autant qu’à eux. Comme le relevait son auteur, Matt Cassels, le fait que l’animal ne puisse pas répondre est peut-être un avantage : il ne juge jamais.
L’humanisation des animaux de compagnie
Nous les traitons comme des humains. Nous projetons sur eux nos modes de vie et nos besoins supposés, et l’industrie a parfaitement compris le parti qu’elle pouvait en tirer. Le marché mondial du pet care représentait plus de 300 milliards de dollars en 2023, et devrait dépasser les 500 milliards à l’horizon 2032. En France, il pèse environ 14 milliards d’euros, dont plus de 6 milliards pour l’alimentation et 5 milliards pour les soins vétérinaires.
Encouragée par la publicité, l’anthropomorphisme touche désormais tous les domaines.
L’alimentation
La nourriture pour animaux est de plus en plus sophistiquée : il y en a pour tous les goûts, toutes les saisons et toutes les espèces. Les modes alimentaires humaines, du sans gluten au végane en passant par le cru et le « fait maison », sont transposées presque immédiatement au rayon animalier, sans que le bénéfice pour l’animal soit toujours démontré.
Les dépenses de santé
Elles ont fortement augmenté. Il s’agit majoritairement de frais vétérinaires, mais aussi de médicaments : les antidépresseurs et anxiolytiques vétérinaires, prescrits pour l’anxiété de séparation ou les troubles compulsifs, se sont largement répandus aux États-Unis, où ils traitent des animaux rendus « névrosés » par des conditions de vie qui sont, pour une large part, celles que nous leur imposons.
La beauté, les objets et les services
Shampoings, produits antipelliculaires, colorations, jouets, lits et canapés ne sont pas en reste. Aux États-Unis et au Japon, les comportementalistes, les clubs de remise en forme, la chirurgie esthétique et les hôtels spa sont devenus courants. Il existe même une chaîne de télévision conçue pour les chiens restés seuls à la maison, DOGTV, lancée en 2012 en Californie.
Ce que dit le droit
En France, la loi du 16 février 2015 a inscrit à l’article 515-14 du Code civil que « les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité ». Une avancée symbolique importante, mais le même article précise aussitôt qu’ils restent soumis au régime juridique des biens.
C’est pourquoi un animal ne peut pas hériter en France : il n’a pas la personnalité juridique. On peut en revanche léguer une somme à une personne ou à une association, à charge pour elle de s’occuper de lui. Aux États-Unis, en revanche, tous les États autorisent désormais la constitution d’un pet trust, un fonds dédié à l’entretien d’un animal après la mort de son maître, ce qui explique les héritages spectaculaires que rapporte régulièrement la presse.
Plus humains, ou moins humains ?
Les animaux sont des êtres à part entière, capables d’interagir positivement sur le comportement et le développement humain. Mais le transfert affectif, exploité sans retenue par les acteurs de la pet economy, peut favoriser un repli sur soi et un abandon progressif de la socialisation humaine, bien plus exigeante.
Certains soutiennent l’inverse : s’occuper du bien-être d’un être vulnérable et dépendant nous rendrait plus humains. Les deux lectures ont leur part de vérité, et la frontière passe sans doute moins entre ceux qui aiment les animaux et les autres qu’entre ceux qui les regardent pour ce qu’ils sont et ceux qui n’y voient qu’un miroir.
Le revers de cette passion se lit ailleurs : dans les abandons de l’été, et dans la mode des nouveaux animaux de compagnie, ces espèces exotiques que l’on acquiert sans en mesurer les besoins.
Questions fréquentes
Quel est l’animal de compagnie le plus répandu dans le monde ?
Le chien reste le plus répandu à l’échelle mondiale, suivi du chat. Mais la hiérarchie s’inverse selon les pays : les Français et les Russes possèdent davantage de chats, les Chinois davantage de poissons, les Turcs davantage d’oiseaux.
Combien y a-t-il d’animaux de compagnie en France ?
Plus de 73 millions selon la FACCO, dont environ 17 millions de chats et 9 millions de chiens. Les poissons, très nombreux, gonflent considérablement ce total. Six Français sur dix vivent avec au moins un animal.
Un animal peut-il hériter de son maître ?
Pas en France : le Code civil le reconnaît comme un être sensible, mais le soumet au régime des biens, et un bien ne peut pas hériter. La solution consiste à léguer une somme à une personne ou à une association chargée de s’en occuper.
L’humanisation est-elle mauvaise pour l’animal ?
Elle l’est lorsqu’elle nie ses besoins propres : un régime calqué sur la mode du moment, des vêtements, une vie sans congénères ni stimulation. Un animal bien traité n’est pas un animal traité comme un humain, mais comme ce qu’il est.
Citation :
« Le véritable test moral de l’humanité, ce sont ses relations avec ceux qui sont à sa merci : les animaux. »
Milan Kundera, L’Insoutenable Légèreté de l’être