Comment se traduit concrètement cette hyperparentalité ?
De façon générale, elle s’articule autour de :
- la fixation d’objectifs très élevés, voire irréalistes : uniquement d’excellentes notes, la première place, de l’avance en mathématiques, peu ou pas de sorties chez des amis ;
- l’accent mis sur les matières jugées exigeantes, comme les mathématiques, les sciences ou la langue, au détriment des activités non scolaires ;
- la pratique intensive d’un instrument de musique classique, le plus souvent le piano ou le violon.
Au quotidien, le parent tigre pratique :
- un contrôle psychologique renforcé ;
- une éducation à la dure, avec sanctions immédiates en cas de résultats insuffisants, privations, menaces ou remarques humiliantes, parfois devant des tiers ;
- la recherche de l’exigence, de l’abnégation et de l’endurance ;
- l’apprentissage de l’autodiscipline, de l’autorégulation et de la maîtrise de soi.
Que disent les études sur les enfants de parents tigres ?
La psychologue Su Yeong Kim, de l’université du Texas à Austin, a suivi pendant huit ans 444 familles sino-américaines de Californie du Nord, de l’adolescence au début de l’âge adulte, et publié ses résultats en 2013 dans l’Asian American Journal of Psychology. Elle a identifié quatre profils de parents : soutenants (45 %), tigres (28 %), conciliants (20 %) et durs (7 %).
- Le profil soutenant, le plus répandu, est associé aux meilleurs résultats, scolaires comme émotionnels.
- Comparés aux enfants de parents soutenants, les enfants de parents tigres obtiennent de moins bonnes notes et un niveau d’études final plus faible, malgré une pression scolaire plus forte.
- Ils présentent davantage de symptômes dépressifs et un plus grand sentiment d’éloignement vis-à-vis de leurs parents.
- Contrairement au cliché, le style tigre n’est pas le plus courant dans les familles sino-américaines étudiées.
Quelles sont les conséquences d’une telle exigence parentale ?
Pour de nombreux spécialistes, cette hyperparentalité peut conduire à :
- l’anxiété de performance : l’enfant, persuadé que l’amour de ses parents dépend de ses résultats, vit dans la crainte de l’échec ;
- un épuisement physique et moral, parfois un décrochage scolaire ;
- un développement insuffisant des compétences jugées « non essentielles » : intelligence émotionnelle, relations sociales, savoir-être ;
- la mise de côté des talents et des passions personnelles, et une estime de soi fragilisée ;
- un apprentissage par cœur au détriment de la créativité, de l’autonomie et de l’esprit critique ;
- la rébellion, l’excès d’autorité pouvant provoquer le rejet du modèle parental.
L’enfant tigre manque le temps de l’enfance, du jeu et des amitiés. Privé des occasions de développer ses compétences émotionnelles, il peut avoir plus de mal à gérer ses émotions et à vivre en bonne intelligence avec les autres.
Les parents tigres se distinguent des parents hélicoptères : là où ces derniers surprotègent leur enfant et aplanissent les difficultés, les parents tigres l’exposent volontairement à la pression et à la frustration pour le pousser vers l’excellence. Mais à vouloir faire de l’enfant une machine à réussir, ils risquent de sacrifier ce qui, selon les études, favorise le mieux sa réussite : un cadre exigeant, mais chaleureux et soutenant.
Questions fréquentes
D’où vient l’expression « parent tigre » ?
Du livre d’Amy Chua, L’Hymne de bataille de la mère tigre, publié en 2011, qui a popularisé l’expression « mère tigre ».
Les parents tigres ont-ils des enfants qui réussissent mieux ?
Pas selon l’étude de Su Yeong Kim (2013) : les enfants de parents soutenants obtenaient de meilleurs résultats scolaires et se portaient mieux que ceux de parents tigres.
Quelle différence avec un parent hélicoptère ?
Le parent hélicoptère surprotège et intervient à la place de l’enfant ; le parent tigre le pousse à la performance par la discipline et la pression.
Peut-on être exigeant sans être un parent tigre ?
Oui. Les recherches sur le style parental soutenant montrent qu’exigence et chaleur sont compatibles : fixer un cadre clair tout en encourageant, en écoutant et en laissant à l’enfant une part de choix. Si un enfant montre des signes d’anxiété ou d’épuisement, un professionnel de l’enfance peut aider la famille.
cela doit laisser des séquelles une telle facon d’éducation