Parents permissifs : de l’enfant-roi à l’enfant-tyran

Débordés par une vie trépidante, désemparés face aux colères de leur enfant ou soucieux d’éviter les conflits, beaucoup de parents finissent par dire oui à tout. Les parents permissifs placent l’enfant au centre de toutes les attentions, au risque d’en faire un enfant-roi, puis un enfant-tyran. Qui sont les parents permissifs, quelles sont les conséquences pour l’enfant, et comment retrouver le juste équilibre quand on est des parents permissifs ?

Céder pour se faire pardonner une absence, ou pour s’assurer de l’affection de l’enfant, entretient souvent chez le parent un sentiment de culpabilité et de dévalorisation.

Qu’entend-on par parents permissifs ?

La psychologue américaine Diana Baumrind a distingué, dans les années 1960, trois grands styles éducatifs : autoritaire, démocratique et permissif. Les parents permissifs sont chaleureux et attentifs, mais posent très peu de règles et d’exigences. Ils se montrent indulgents, cèdent facilement aux caprices et satisfont la plupart des demandes de l’enfant pour éviter les conflits, résume Techno-Science.

Il ne faut pas les confondre avec les parents désengagés, ou négligents, quatrième style décrit en 1983 par Eleanor Maccoby et John Martin : ceux-là se désintéressent de l’enfant, de ses émotions et de ses besoins. Le parent permissif, lui, aime et écoute son enfant, mais renonce à le guider.

Les rapports d’autorité finissent par s’inverser : l’enfant prend le pouvoir, et devient un petit roi anxieux et exigeant, qui veut tout, tout de suite.

Pourquoi devient-on des parents permissifs ?

Plusieurs raisons peuvent y conduire : le manque de temps, qui pousse à compenser l’absence par des cadeaux et des concessions ; la fatigue, qui fait céder pour avoir la paix ; ou le désir de prendre le contre-pied d’une éducation stricte reçue dans sa propre enfance. Ces parents évitent les règles, les horaires et la discipline, cherchent avant tout à faire plaisir à leur enfant et, en cas d’échec, ont tendance à en rendre responsables l’école ou les autres.

Comment se traduit une éducation trop permissive ?

  • l’enfant dicte sa loi à la maison, pour ses propres activités comme pour celles de la famille ;
  • il manipule son entourage, alternant charme, chantage et menaces ;
  • il culpabilise ses parents ;
  • les parents deviennent ses copains ou ses assistants, et renoncent à toute sanction pour éviter les conflits ;
  • ils admirent parfois son caractère, même lorsqu’il désobéit.

Les conséquences pour l’enfant des parents permissifs

Privé de limites, l’enfant supporte mal la frustration et se montre souvent insatisfait. Les études associent ce style éducatif à une moindre maîtrise des émotions, à plus d’impulsivité et à un manque de persévérance face aux tâches difficiles. L’enfant peut avoir du mal à respecter les règles, à résoudre seul ses problèmes, à travailler en groupe ou à se faire des amis. Le manque de cadre peut aussi désorganiser son sommeil ou son alimentation.

Le psychologue Didier Pleux a décrit, dans De l’enfant roi à l’enfant tyran (2002), comment l’enfant-roi, qui n’a jamais appris à affronter le réel, peut devenir un enfant-tyran : refus d’obéir, colères, menaces, violences à la maison ou à l’école. Devenu adulte, celui qui a grandi dans l’illusion de la toute-puissance risque de chercher à imposer ses désirs aux autres.

Comment sortir de la permissivité ?

Il ne s’agit pas de revenir à une éducation rigide, mais de retrouver une autorité bienveillante :

  • rétablir des rôles clairs : c’est le parent qui guide et accompagne l’enfant, et non l’inverse ;
  • savoir dire non, à bon escient et sans violence, en expliquant pourquoi : apprendre à accepter la frustration prépare l’enfant à la réalité ;
  • poser quelques règles simples et constantes, sur les horaires, les écrans ou la politesse, et s’y tenir ;
  • rester disponible et à l’écoute de ses émotions, de ses besoins et de ses envies ;
  • développer son autonomie et son estime de soi, en lui faisant confiance et en évitant les humiliations ;
  • chercher ensemble des solutions aux conflits.

Entre l’hyperparentalité des parents hélicoptères ou des parents tigres et le laisser-faire, la parentalité positive, bienveillante et équilibrée, pose des limites tout en accompagnant l’enfant dans son développement émotionnel. Lisez aussi nos articles sur les parents toxiques, la préadolescence et la génération alpha.

Citation :

« Savez-vous quel est le plus sûr moyen de rendre votre enfant misérable ? C’est de l’accoutumer à tout obtenir. »

Jean-Jacques Rousseau, Émile ou De l’éducation (1762), livre II

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