Le français a hérité du latin bien plus qu’un vocabulaire : des expressions latines entières, restées intactes, continuent d’être employées telles quelles dans la langue générale ou dans des usages spécialisés comme le droit. Ces expressions latines s’écrivent en principe en italique, du moins en typographie soignée. Certaines expressions latines sont toutefois entrées depuis si longtemps dans l’usage qu’elles se sont francisées et s’écrivent désormais en romain, comme vice-versa, grosso modo, alter ego ou l’abréviation etc., qui ne sont plus vraiment perçues comme des mots étrangers.
L’usage hésite d’ailleurs parfois entre l’italique et le romain, et selon les approches de rectification de l’orthographe, certaines locutions latines peuvent être accentuées : on peut ainsi écrire a priori ou à priori, a fortiori ou à fortiori.
Pourquoi tant d’expressions latines ont-elles survécu en français ?
Le latin a longtemps été la langue savante par excellence en Europe, celle du droit, de l’Église et de l’université. Beaucoup d’expressions latines se sont ainsi maintenues dans le vocabulaire juridique (de facto, de jure, ad hominem) ou universitaire (alma mater, ex cathedra), avant de gagner peu à peu la langue courante. D’autres expressions latines, plus littéraires ou philosophiques comme carpe diem ou deus ex machina, doivent leur postérité à la culture générale et aux citations qui les ont popularisées.
Le lexique des expressions latines à connaître
Voici une sélection d’expressions latines couramment rencontrées en français, avec leur signification usuelle et, lorsque c’est pertinent, leur sens littéral entre guillemets.
- ab absurdo : par l’absurde
- ad hoc : pour cela
- ad hominem : contre la personne
- ad honores : pour l’honneur
- ad libitum : au choix, à volonté
- ad patres : retourner vers le père
- ad valorem : selon la valeur
- ad vitam æternam : « pour la vie éternelle », pour toujours
- a fortiori : à plus forte raison
- a minima : au minimum
- alter ego : « un autre soi-même », grand ami, personne de confiance
- alma mater : « mère nourricière », université
- a posteriori : en partant de l’expérience acquise
- a priori : sans se fonder sur l’expérience acquise
- carpe diem : « profite du jour », jouis de l’instant présent
- casus belli : motif/ cas de guerre
- de facto : de fait
- de jure : selon la loi
- de visu : d’après ce qu’on a vu
- deus ex machina : « dieu descendant d’une machine », personne ou événement apportant un dénouement inespéré
- distinguo : je distingue
- et cætera : et le reste
- ex abrupto : brusquement
- ex æquo : à égalité
- ex cathedra : « du haut de la chaire », d’un ton doctoral
- ex-libris : inscription apposée sur un livre pour en indiquer le propriétaire ou sa devise
- ex professo : en tant que spécialiste de la question
- ex-voto : « suite à un vœu », objet placé en un lieu donné en signe de remerciement pour faveur obtenue
- extra-muros : hors des murs, hors d’une ville
- ex nihilo : en partant de rien
- fac-similé : reproduction exacte
- grosso modo : en gros
- hic et nunc : « ici et maintenant », sur-le-champ
- id est : c’est-à-dire
- in absentia : en l’absence de
- in abstracto : dans l’abstrait
- in concreto : dans la pratique
- in extenso : dans son intégralité
- in extremis : au dernier moment, de justesse
- in fine : à la fin, en fin de compte
- in-folio : format d’impression où la feuille est pliée en deux feuillets, livre de ce format
- in memoriam : en mémoire de, à la mémoire de
- in-octavo : format d’impression où la feuille est pliée en huit feuillets, livre de ce format
- in-pace ou in pace : « en paix », prison d’un couvent où des coupables étaient enfermés à perpétuité
- in partibus : sans pouvoir réel, honorifique
- in-plano : format d’impression où la feuille n’est pas pliée, livre de ce format
- in praesentia : en présence de
- in-quarto : format d’impression où la feuille est pliée en quatre feuillets, livre de ce format
- intra-muros : dans les murs
- in situ : dans son milieu naturel
- in vitro : « dans le verre », en dehors de l’organisme
- in vivo : « dans le vivant », dans l’organisme
- ipso facto : par le fait même, automatiquement
- lato sensu : au sens large
- manu militari : « par la main militaire », par la force militaire ou physique
- mea-culpa ou mea culpa : « par ma faute », aveu de sa faute
- modus operandi : manière de faire
- modus vivendi : manière de vivre, accord trouvé pour accommoder deux parties
- mutatis mutandis : en changeant ce qu’il faut changer
- nec plus ultra : « rien au-delà », le fin du fin
- nota bene : « notez bien », remarque en bas de page
- persona non grata : « personne non bienvenue », représentant d’un État non agréé, personne considérée comme indésirable dans un milieu donné
- post-partum : période suivant l’accouchement
- post-scriptum : « écrit après », petite note placée au bas d’une lettre, après la signature
- sénatus-consulte : décision du sénat romain
- sine qua non : « (condition) sans laquelle non », (condition) indispensable
- spina-bifida : « épine fendue », malformation, fissure de la colonne vertébrale
- spina-ventosa : « épine venteuse », tuberculose osseuse aux phalanges des doigts
- statu quo : « (de statu quo ante) état antérieur », état actuel, inchangé des choses
- stricto sensu : au sens étroit
- sui generis : « de son espèce », propre à une chose
- ultra-petita : au-delà de ce qui a été demandé
- urbi et orbi : « à la ville et à l’univers », partout
- vade-mecum : « viens avec moi », petit livre, pense-bête que l’on garde sur soi
- vice-versa ou vice versa : inversement
- vox populi : « voix du peuple », opinion populaire
Citation sur le latin :
« Notre langue n’est qu’un mélange de grec, de latin et de tudesque, avec quelques restes confus de gaulois. »
Fénelon
Questions fréquentes
- Faut-il écrire les expressions latines en italique ? En typographie soignée, oui, sauf pour les expressions latines francisées de longue date comme etc., alter ego ou vice-versa, qui s’écrivent en romain.
- Peut-on accentuer a priori et a fortiori ? Oui, certaines rectifications orthographiques admettent à priori et à fortiori, bien que la forme sans accent reste la plus répandue.
- Quelle est la différence entre a priori et a posteriori ? A priori désigne un raisonnement sans se fonder sur l’expérience acquise, a posteriori un raisonnement qui en part.
- Pourquoi retrouve-t-on autant d’expressions latines dans le vocabulaire juridique ? Le latin a longtemps été la langue du droit en Europe ; des formules comme de facto, de jure ou ad hominem s’y sont maintenues par tradition.