Raymond Devos : citations, sketches et vie de l’humoriste

Raymond Devos est un humoriste français, né le 9 novembre 1922 à Mouscron, en Belgique, et mort le 15 juin 2006 à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, dans les Yvelines. Jongleur de mots, mime, musicien et clown, Raymond Devos reste inégalé pour ses calembours, son goût des paradoxes cocasses et du non-sens, qui cache souvent une véritable quête de sens. Vingt ans après sa disparition, voici sa vie, ses sketches cultes et 49 citations de Raymond Devos, classées par thème.

Qui était Raymond Devos ?

Artiste de music-hall pendant plus de cinquante ans, Raymond Devos a élevé le jeu de mots au rang d’art. Sur scène, il mêlait la parole, le mime, la musique et l’acrobatie, accompagné de son fidèle pianiste. Ses sketches, construits comme des raisonnements logiques qui dérapent vers l’absurde, lui valent d’être souvent présenté comme le « roi des jeux de mots ».

  • Nom complet : Raymond Pierre Devos.
  • Naissance : le 9 novembre 1922, à Mouscron (Belgique), de parents français.
  • Décès : le 15 juin 2006, dans sa maison de Saint-Rémy-lès-Chevreuse (Yvelines), à 83 ans.
  • Métiers : humoriste, mime, musicien, clown, comédien et écrivain.
  • Distinctions : Légion d’honneur, deux Molières et le Grand Prix du théâtre de l’Académie française.

De Mouscron à Tourcoing, une enfance bousculée

Fils de Louis Devos et d’Agnès Martin, Raymond Devos naît à Mouscron, ville belge frontalière où sa famille, originaire du nord de la France, vient de s’installer. Il grandit dans une famille de mélomanes, entouré de ses frères et de sa sœur, et découvre très tôt le cirque et le théâtre.

Après la faillite de son père, la famille s’installe à Tourcoing. La crise de 1929 contraint ses parents à le retirer de l’école du Sacré-Cœur, où il obtenait pourtant d’excellents résultats. Il obtient son certificat d’études, puis la famille part pour la banlieue parisienne. Toute sa vie, il compensera cette scolarité écourtée par une curiosité insatiable.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est envoyé en Allemagne au titre du Service du travail obligatoire. Au contact d’hommes de toutes nationalités, il apprend à se faire comprendre par les gestes et le regard : une première expérience du mime, qu’il perfectionnera après la guerre.

Du mime au music-hall

Après la guerre, il suit pendant trois ans l’enseignement du mime Étienne Decroux, où il rencontre Marcel Marceau, puis des cours de théâtre auprès de Tania Balachova et d’Henri Rollan. Il joue « Le Médecin malgré lui » et « Knock », puis rejoint la compagnie de Jacques Fabbri.

  • 1948 : il crée le trio burlesque « Les Trois Cousins », avec André Gille et Georges Denis.
  • Jusqu’en 1953 : il forme le duo « Les Pinsons », qui parodie les chansons de cow-boys, Devos à la guitare. Il se lie d’amitié avec Félix Leclerc et Georges Brassens.
  • Premier personnage : il invente « Boulin Boulin », un clown naïf empreint de candeur.
  • La percée : remarqué par Maurice Chevalier, il assure la première partie de son spectacle à l’Alhambra.
  • À partir de 1956 : il se produit sur les plus grandes scènes, Bobino et l’Olympia, accompagné de ses pianistes successifs, dont Hervé Guido.

L’art de Raymond Devos : jouer avec les mots

L’humour de Raymond Devos repose sur une logique implacable appliquée à des prémisses absurdes. Il prend les mots au pied de la lettre, déroule leurs conséquences jusqu’au vertige, et laisse le public suspendu entre le rire et la réflexion. On a pu dire que son humour frôlait la métaphysique et les mathématiques.

  • Le calembour : « Il était une foi… la mienne », où l’homophonie crée une histoire entière.
  • Le paradoxe logique : « Rien, ce n’est pas rien », démonstration faussement rigoureuse qui mène à l’absurde.
  • Le sens littéral : prêter l’oreille à un sourd, boire les paroles de quelqu’un jusqu’à tituber.
  • Le corps en scène : mime, jonglerie, acrobatie et musique ; il savait jouer de 17 instruments, dont la harpe, la clarinette et le piano.
  • La poésie : derrière le non-sens, une tendresse et une inquiétude qui donnent à ses textes une portée presque philosophique.

Les sketches cultes de Raymond Devos

Le répertoire de Raymond Devos compte des centaines de textes, dont certains sont régulièrement étudiés en classe. Parmi les plus célèbres :

  • « Sens dessus dessous » : le célèbre sketch de la rue à sens unique dont on ne peut plus sortir.
  • « Parler pour ne rien dire » : un éloge paradoxal du discours creux.
  • « Où courent-ils ? » : un homme s’interroge sur la foule qui court sans savoir pourquoi, et finit par la suivre.
  • « Matière à réflexion » et « Le bouquet », autres classiques de son répertoire.

Ses textes ont été réunis dans plusieurs recueils, dont « Matière à rire », qui rassemble l’essentiel de son œuvre de scène.

Les meilleures citations de Raymond Devos

Voici 49 formules marquantes de Raymond Devos, classées par thème. La plupart proviennent de ses sketches ; quelques-unes circulent sous son nom sans source précise.

Jeux de mots et calembours

  • « Il m’est arrivé de prêter l’oreille à un sourd. Il n’entendait pas mieux. »
  • « Il buvait toutes mes paroles, et comme je parlais beaucoup, à un moment, je le vois qui titubait… »
  • « J’ai écrit un roman qui tient en une seule phrase ! C’est la vie d’un moine racontée par lui-même : Il était une foi… la mienne. »
  • « Je suis adroit de la main gauche et je suis gauche de la main droite. »
  • « Un jardinier qui sabote une pelouse est un assassin en herbe. »
  • « Une rengaine, c’est un air qui commence par vous entrer par une oreille et qui finit par vous sortir par les yeux. »
  • « Qui prête à rire n’est jamais sûr d’être remboursé. »
  • « Un croyant, c’est un antiseptique. »
  • « Je me suis remis à la clarinette. C’est ce qui rapproche le plus de l’anglais. »
  • « Vous savez, les idées elles sont dans l’air. Il suffit que quelqu’un vous en parle de trop près, pour que vous les attrapiez ! »
  • « Quand les Verts voient rouge, ils votent blanc. »
  • « Tous les écologistes sont daltoniens, ils voient vert partout ! »

Paradoxes et non-sens

  • « Rien, ce n’est pas rien ! La preuve, c’est que l’on peut le soustraire. Exemple : rien moins rien égale moins que rien ! »
  • « Une fois rien, c’est rien ; deux fois rien, ce n’est pas beaucoup, mais pour trois fois rien, on peut déjà s’acheter quelque chose, et pour pas cher. »
  • « Être raisonnable en toutes circonstances ? Il faudrait être fou… »
  • « La raison du plus fou est toujours la meilleure. »
  • « Est-ce l’œuf le père de la poule ou la poule la mère de l’œuf ? »
  • « Est-ce que c’est en remettant toujours au lendemain la catastrophe que nous pourrions faire le jour même que nous l’éviterons ? »
  • « J’ai toujours réussi à rater tous mes examens. »
  • « Pour un raté… rater, c’est estimer avoir réussi là où les autres considèrent qu’ils ont raté ! »
  • « Quand j’ai tort, j’ai mes raisons, que je ne donne pas. Ce serait reconnaître mes torts ! »
  • « On a toujours tort d’essayer d’avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu’ils n’ont pas tort ! »
  • « Je crois à l’immortalité et pourtant je crains bien de mourir avant de la connaître. »
  • « On se prend souvent pour quelqu’un, alors qu’au fond, on est plusieurs. »
  • « On ne sait plus ce que c’est que l’obscurité. À force de vouloir faire la lumière sur tout, on ne distingue plus rien ! »
  • « Pour Dieu, l’imaginaire c’est une vue de l’esprit. La fiction ça le dépasse ! »
  • « Même avec Dieu, il ne faut pas tenter le Diable ! »

Absurdités du quotidien

  • « L’autre jour, au café, je commande un demi. J’en bois la moitié. Il ne m’en restait plus. »
  • « La grippe, ça dure huit jours si on la soigne et une semaine si on ne fait rien. »
  • « J’ai été hier au cinéma. Voir un film en noir et blanc. Pas un film en couleurs : je suis en deuil. »
  • « Je n’aime pas être chez moi. À tel point que lorsque je vais chez quelqu’un et qu’il me dit : “Vous êtes ici chez vous”, je rentre chez moi ! »
  • « Mon pied droit est jaloux de mon pied gauche. Quand l’un avance, l’autre veut le dépasser. Et moi, comme un imbécile, je marche ! »
  • « Moi, je fais attendre les gens pour leur faire passer le temps. »
  • « J’ai un copain, il est pilote d’essai… enfin, il ne l’est pas encore ; pour l’instant, il essaie d’être pilote ! »
  • « J’ai un ami qui est xénophobe. Il déteste à tel point les étrangers que lorsqu’il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter ! »
  • « La télépathie, c’est le téléphone de demain. »
  • « Les gens disent tous la même chose ! Ils disent tous, lorsqu’il leur arrive quelque chose : “Ça n’arrive qu’à moi !” »
  • « Dès que le silence se fait, les gens le meublent. »
  • « Quand un homme ne dit rien alors que tout le monde parle, on n’entend plus que lui ! »
  • « L’intellectuel dont la richesse est toute intérieure n’a rien à craindre du percepteur qui voudrait le taxer sur ses signes extérieurs de richesse. »
  • « Il ne faudrait pas croire que les responsables d’hier étaient plus ignorants de la situation que ne le sont ceux d’aujourd’hui ! »

Le couple et les autres

  • « Quand on s’est connus, ma femme et moi, on était tellement timides tous les deux qu’on n’osait pas se regarder. Maintenant, on ne peut plus se voir ! »
  • « Si ma femme doit être veuve un jour, j’aimerais mieux que ce soit de mon vivant. »
  • « Si tu étais plus belle, je me serais déjà lassé. Tandis que là, je ne m’y suis pas encore habitué ! »
  • « Monsieur, ce que j’admire en vous, c’est que vous avez le courage d’être vous-même ; avec tout ce que cela comporte de ridicule ! »

Sur le rire et la scène

  • « Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter. »
  • « Du moment qu’on rit des choses, elles ne sont plus dangereuses. »
  • « Lorsqu’on a la prétention, comme moi, d’entraîner les gens dans l’imaginaire, il faut pouvoir les ramener dans le réel, ensuite… et sans dommage ! »
  • « Parce qu’il y a des magiciens qui vous promettent la lune… Moi, je vous promets le soleil ! »

Cinéma, livres et distinctions

Même s’il reste avant tout un homme de scène, Raymond Devos a aussi tourné et écrit :

  • Cinéma : « La Cravate » (1957), court métrage d’Alejandro Jodorowsky, « Ce joli monde » de Carlo Rim, et « La Raison du plus fou », réalisé avec François Reichenbach, dont il écrit aussi les dialogues.
  • Romans : entre 2002 et 2005, il publie au Cherche-Midi « Les Quarantièmes délirants », « Une chenille nommée Vanessa » et « Sans titre de noblesse ».
  • Distinctions : Grand Prix du théâtre de l’Académie française (1986), Molière du meilleur one-man-show (1989), prix du Brigadier (1994) et Molière d’honneur (2000).

Il épouse Simone Beguin le 30 avril 1959 ; elle meurt en 1999, et le couple n’a pas eu d’enfants. Victime d’un accident vasculaire cérébral en décembre 2005, Raymond Devos meurt chez lui le 15 juin 2006, entouré de sa sœur Cécile, de son neveu et de son secrétaire. Sa biographie complète détaille les nombreuses étapes de cette longue carrière.

La Maison-musée Raymond Devos

En 1963, le couple s’installe à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, dans une maison du XIXe siècle entourée d’un parc de deux hectares, au cœur de la vallée de Chevreuse. Raymond Devos y vit et y écrit pendant plus de quarante ans. Par testament, il prévoit la création d’une fondation chargée d’y ouvrir un musée, pour partager son œuvre dans ce qu’il appelait « l’après-lui ».

  • Ouverture : novembre 2016, dix ans après sa disparition, avec le label « Maison des Illustres » du ministère de la Culture.
  • Adresse : 10, rue de Paris, à Saint-Rémy-lès-Chevreuse, à quelques pas de la gare du RER B.
  • À voir : ses costumes de scène, ses 17 instruments de musique, ses carnets de travail et son bureau conservé tel qu’il l’a laissé.
  • Activités : visites libres ou guidées, parcours thématiques et ateliers d’écriture pour adultes et enfants.

Questions fréquentes

Raymond Devos était-il belge ou français ?

Il était français. Né à Mouscron, en Belgique, de parents français, il a grandi à Tourcoing puis en région parisienne.

Quel est le sketch le plus célèbre de Raymond Devos ?

« Sens dessus dessous », avec sa rue à sens unique sans issue, est sans doute le plus connu, avec « Parler pour ne rien dire » et « Où courent-ils ? ».

Où peut-on découvrir l’univers de Raymond Devos ?

À la Maison-musée Raymond Devos, dans sa maison de Saint-Rémy-lès-Chevreuse, ouverte au public depuis 2016.

De quels instruments jouait Raymond Devos ?

Il savait jouer de 17 instruments, dont la harpe, la clarinette, le piano et la guitare, qu’il utilisait sur scène.

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