Jeux de mots : les 39 types expliqués avec des exemples

Les jeux de mots jouent avec les lettres, les sons ou le sens des mots pour faire rire, surprendre ou mettre l’esprit à l’épreuve. Du calembour à la contrepèterie, de l’anagramme au rébus, les jeux de mots forment une famille immense, que les écrivains, les humoristes et les titres de presse exploitent sans relâche. Voici 39 jeux de mots, classés par grandes catégories, avec leur définition et un exemple pour chacun.

Qu’est-ce qu’un jeu de mots ?

Un jeu de mots consiste à manipuler les mots ou leurs sonorités. Selon le cas, il vise l’humour, l’esprit, la poésie ou la grivoiserie, et obéit à des règles de construction très variées.

Il peut aussi être involontaire :

  • le kakemphaton : un double sens malvenu, né du hasard d’une association de sons.
  • le janotisme : une phrase rendue ridicule ou équivoque par une construction maladroite.

Les jeux de mots sur les lettres

  • L’acronyme récursif : un acronyme qui se contient lui-même, par auto-référence.
Exemple d'acronyme récursif
  • L’acrostiche : un poème dont les lettres ou les mots initiaux de chaque vers, lus verticalement, forment un mot. Ici, ils composent le mot latin « RICERCAR », une forme ancienne de la fugue.
Exemple d'acrostiche formant le mot RICERCAR

Il existe des variantes, où les lettres sont prises à d’autres endroits du vers :

  • Le mésostiche : un acrostiche dont le mot se lit au milieu des vers, autour d’un axe central.
Exemple de mésostiche, mot lu au milieu des vers
  • Le télestiche : un acrostiche dont les dernières lettres des vers, lues verticalement, forment un mot, un nom ou un alphabet.
Exemple de télestiche, mot formé par les dernières lettres des vers
  • L’acrotéleute : la combinaison d’un acrostiche et d’un télestiche : le mot se lit à la fois au début et à la fin des vers.
Exemple d'acrotéleute
  • L’allographe : une suite de lettres qui ne prend son sens que si on les prononce l’une après l’autre.
Exemple d'allographe, lettres à prononcer l'une après l'autre
  • L’ambigramme : un mot qui, par un jeu de symétrie, se transforme en un autre mot ou garde la même apparence. Exemple : NON retourné à 180° se lit toujours NON.
  • L’anacyclique : un mot qui a aussi un sens lorsqu’on le lit de droite à gauche. Exemple : NOËL et LÉON, TRACE et ÉCART, NOM et MON.
  • Le palindrome : un mot ou une phrase qui se lit de la même façon dans les deux sens, cas particulier de l’anacyclique. Exemple : KAYAK, RADAR, « Ésope reste ici et se repose » ou « Engage le jeu que je le gagne ».
  • L’anagramme : un mot ou un nom formé en permutant les lettres d’un autre. Exemple : BISON RAVI, pseudonyme anagramme de BORIS VIAN.
  • Le bigramme : deux mots formés avec toutes les lettres d’un seul, chacune utilisée une fois. Exemple : ARRIMEUR donne ERRA (verbe errer au passé simple) et MÛRI (participe passé de mûrir).
  • Le lipogramme : un texte qui s’interdit une ou plusieurs lettres. Exemple : La Disparition de Georges Perec, roman entier écrit sans la lettre « e ».
  • Le pangramme : une phrase qui contient toutes les lettres de l’alphabet. Exemple : « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume. »
  • Le rétroacronyme : l’interprétation après coup d’un mot comme un sigle, alors qu’il n’en était pas un. Exemple : « PTT = Petit Travail Tranquille ».
  • La cacographie : une orthographe fautive ou un mauvais style, fréquente dans les noms de lieux dont on a oublié l’origine. Exemple : la confusion entre Châlons-en-Champagne et Chalon-sur-Saône.

Les jeux de mots sur les sons

  • Le calembour : un jeu de mots fondé sur l’homophonie (des mots qui se prononcent de la même façon) ou sur la polysémie (un mot à plusieurs sens). Exemple : « À Monaco, le paiement des impôts est en principe ôté. »
  • L’homophonie : l’emploi de mots qui ont le même son mais pas le même sens. La presse en raffole pour ses titres. Exemple : « mère », « mer » et « maire ».
Homophonie entre mère, mer et maire dans un titre de presse
  • L’homéotéleute : la répétition d’un même son à la fin de plusieurs mots ou membres d’une phrase. Exemple : « Qui vole un œuf vole un bœuf. »
  • La paronymie : le rapprochement de deux expressions qui se ressemblent par le son. Exemple : « Les touches t’y aident » pour « les douches tièdes ».
  • Le poème holorime : des vers qui se prononcent exactement de la même façon, cas extrême d’homophonie. Exemple : « Gal, amant de la Reine, alla, tour magnanime, / Galamment de l’arène à la Tour Magne, à Nîmes » (Marc Monnier).
  • La contrepèterie : une phrase qui change de sens quand on permute des lettres, des syllabes ou des sons. Le résultat est souvent grivois. On en attribue le premier exemple célèbre à Rabelais. Exemple : « femme folle à la messe » et « femme molle à la fesse » (Rabelais, Pantagruel).
  • Le trompe-oreilles : une phrase difficile à comprendre à l’oral, qui semble être en langue étrangère ou dire autre chose. Exemple : « Tes laitues naissent-elles ? Oui, mes laitues naissent » ; « Vous avez déjà goûté les mélokos ? Non. Les mets locaux, les plats du coin » (Gustave Parking).
Exemple de trompe-oreilles
  • Le virelangue : une phrase difficile à prononcer rapidement. Exemple : « Les chaussettes de l’archiduchesse sont-elles sèches, archisèches ? » ; « Il reste treize fraises fraîches » ; « Je veux et j’exige du jasmin et des jonquilles ».
  • La charade : une devinette où le mot à trouver est découpé en syllabes, chacune définie à son tour. Exemple : « Mon premier ouvre les portes, mon second se boit, mon troisième garde les moutons, Jules César aime bien mon tout. » Solution : clé, eau, pâtre, Cléopâtre.
  • Le « Toc toc toc » : une blague qui joue sur le nom de la personne censée frapper à la porte. Exemple : « Toc toc toc ! Qui est là ? Sheila. Sheila qui ? Sheila lutte finale… »

Les jeux de mots sur le sens et la formation des mots

  • L’antonomase : un nom propre employé comme nom commun, ou l’inverse. Exemple : un watt, un don juan, un vandale.
  • L’auto-traduction : un mot qui, coupé en deux, donne la traduction de sa première partie dans une autre langue. Exemple : AUBERGINE = AUBERGE + INN (« auberge » en anglais) ; WATERLOO = WATER + L’EAU.
  • Le duomots : un mot formé de deux mots de même sens. Exemple : « Bourvil », bourg + ville.
  • Le mot-valise : un mot inventé en fusionnant deux mots. Exemple : « slictueux », traduction française du slithy de Lewis Carroll dans Jabberwocky, qui signifie « souple, actif, onctueux » ; ou « courriel », de courrier électronique.
  • Le néologisme : un mot nouveau, ou un sens nouveau donné à un mot existant. Exemple : « adulescent » (adulte + adolescent), « abracadabrantesque » (Rimbaud).
  • La polysémie : un mot qui a plusieurs sens liés à une même idée. Exemple : « bleu » désigne une couleur, un vêtement de travail ou une ecchymose.
  • Le cratylisme : la croyance selon laquelle les mots ressemblent naturellement à ce qu’ils désignent, comme les onomatopées. Le nom vient du Cratyle de Platon.
  • La boutade : un trait d’esprit, une plaisanterie qui joue souvent sur le paradoxe. Exemple : « Mon Dieu, mon Dieu, délivrez-nous de toutes les religions. »
  • Le faux proverbe : une courte formule qui imite un proverbe pour le détourner. Exemple : « Bien mal acquis ne profite qu’après » (Coluche).

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Les jeux de mots en images

  • Le dingbat : un rébus graphique : l’expression se devine grâce à la forme, à la place ou au dessin des mots. Exemple : NUATETEGES = « la tête dans les nuages » ; AUBERONGE = « on n’est pas sorti de l’auberge ».
Exemple de dingbat, rébus graphique
  • Le rébus : une suite de dessins, de lettres ou de signes dont la lecture, le plus souvent phonétique, donne un mot ou une phrase. C’est l’équivalent graphique de la charade.
Rébus, exemple de jeux de mots en images

Les jeux à plusieurs

  • Le cadavre exquis : chaque joueur ajoute un mot sans voir ceux déjà écrits, jusqu’à former une phrase surréaliste. Le jeu est né vers 1925 chez les surréalistes, avec Marcel Duhamel, Jacques Prévert et Yves Tanguy. Son nom vient de la première phrase obtenue : « Le cadavre exquis boira le vin nouveau ».
  • Le pendu : un jeu à deux où l’on doit deviner un mot lettre par lettre, avant que le dessin du pendu ne soit complet.
  • Le shiritori : un jeu japonais où chacun doit dire un mot qui commence par la dernière syllabe du mot précédent. Exemple : « seulement, mentir, tiraillé… ». La comptine Trois petits chats repose sur le même principe.

À vous de jouer à présent !

Citation sur la langue française :

« La citation la plus sotte de la langue française est “bête comme ses pieds”. »

Maurice Béjart

Questions fréquentes

Quelle différence entre calembour et contrepèterie ?

Le calembour joue sur le double sens d’un même son. La contrepèterie, elle, fait apparaître un autre sens en échangeant des sons ou des lettres entre deux mots.

Quelle différence entre anagramme et palindrome ?

L’anagramme réorganise les lettres d’un mot pour en former un autre. Le palindrome se lit à l’identique dans les deux sens.

Qu’est-ce qu’un mot-valise ?

Un mot inventé en fusionnant deux mots existants, comme « courriel » ou « franglais ».

Quel est le plus long lipogramme en français ?

La Disparition de Georges Perec, un roman de plus de 300 pages écrit sans jamais employer la lettre « e ».

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