POISSON D’AVRIL (1er AVRIL) : origines et signification

Le 1er avril, il est de coutume de faire des canulars à ses connaissances, ses amis ou sa famille. Les enfants accrochent un poisson en papier dans le dos de leurs « victimes » et, une fois la plaisanterie découverte, ils prononcent la formule « Poisson d’avril ».

Sa signification

Le « poisson d’avril » est une attrape, un piège innocent tendu à une personne amie, parente ou familière, le premier jour du mois d’avril.

« Donner ou faire un poisson d’avril à quelqu’un », c’est lui annoncer une nouvelle inventée, lui faire faire une démarche inutile, l’envoyer au-devant de quelqu’un qui ne vient pas. C’est se divertir à ses dépens, éprouver sa patience en lui faisant croire l’impensable.

Ses premières mentions dans les textes

Dès le XVe siècle, il est fait mention du terme « poisson d’avril » qui désigne un « entremetteur, intermédiaire, jeune garçon chargé de porter les lettres d’amour de son maître ». L’acception de « tromperie, mystification traditionnelle du 1er avril » est attestée dans le Dictionnaire de l’Académie française de 1718, la locution « donner un poisson d’avril » signifiant « obliger quelqu’un à faire quelque démarche inutile pour avoir lieu de se moquer de lui ».

Les différentes origines invoquées

Au fil des siècles, différentes explications ont été avancées :

  • Au début du christianisme, le clergé recourait à des représentations scéniques pour illustrer les mystères de la religion catholique. À l’occasion des grandes fêtes de l’année, le peuple venait écouter ces saynètes religieuses qui commentaient l’évangile du jour. Dans les premiers jours d’avril, la représentation de la Passion montrait le Christ raillé et renvoyé d’autorité en autorité, « de Caïphe à Pilate et de Pilate à Caïphe ». La figure de Jésus était remplacée par celle du poisson pour ne pas l’offenser, le poisson étant un symbole utilisé par les premiers chrétiens. Le mot « poisson serait une déformation du terme « passion ».
  • Son origine pourrait aussi être liée aux péripéties d’un duc lorrain le 1er avril. En effet, le duc Nicolas François, frère de Charles IV, duc de Lorraine, et la princesse Claude, sa cousine germaine, fille de Henri II, retirés au château de Nancy, auraient eu vent qu’on voulait les conduire à la cour de France. Ils aurait alors trompé leurs gardes un 1er avril déguisés en paysans. Une jeune paysanne les aurait reconnus et dénoncés aux soldats de la garde qui auraient pensé qu’elle cherchait à leur donner le poisson d’avril, en les faisant courir mal à propos ; ce qui permit au prince et à la princesse de s’enfuir. Cette évasion fit dire au peuple que le roi avait donné à garder un poisson d’avril.
  • Une autre origine possible serait l’usage d’ouvrir ou de fermer la saison de pêche le 1er avril pour respecter la période de reproduction. Pour faire un cadeau aux pêcheurs, et se moquer d’eux, la pêche étant soit trop abondante le jour d’ouverture ou infructueuse le jour de suspension, on leur offrait un hareng. Une habitude populaire se serait installée d’accrocher subrepticement un vrai poisson dans le dos des gens. Ayant des habits larges à cette époque, les victimes ne s’en apercevaient pas tout de suite, le poisson devenant au fil du temps gluant et puant. Le poisson d’avril insaisissable serait une allusion à la coutume d’attraper des gens simples et crédules en leur offrant un appât qui leur échappe comme le poisson, en avril, échappe aux pêcheurs.
  • Une dernière hypothèse associe la date du 1er avril à la réforme calendaire qui a eu lieu au XVIe siècle. Au Moyen Âge, l’année civile débutait à différentes dates selon les provinces. Dans celles commençant le 25 mars, il était d’usage de prolonger les fêtes mariales jusqu’au 1er avril. Par l’Édit de Roussillon pris en 1564, le roi Charles IX décida que l’année débuterait le 1er janvier, marquant le rallongement des journées, au lieu de fin mars, arrivée du printemps. Le pape Grégoire XIII étendit cette mesure à l’ensemble de la chrétienté avec l’adoption du calendrier grégorien en 1582. Selon la légende, beaucoup de personnes eurent des difficultés à s’adapter au nouveau calendrier ou ne furent pas au courant du changement et continuèrent à célébrer le 1er avril selon l’ancienne tradition. Au XVIe siècle, il était fréquent de s’échanger des cadeaux alimentaires durant cette période de fin du carême, période d’interdiction de consommation de viande chez les chrétiens, le poisson étant le présent numéro un. Pour se moquer d’elles, certains profitèrent de l’occasion pour leur conter des histoires pour rire ou leur remettre de faux poissons correspondant à la fin du carême. Ainsi serait né le poisson d’avril, le jour des fous, le jour de ceux qui n’acceptent pas la réalité ou la voient autrement.

Les traditions autour du monde

La coutume de faire des plaisanteries le 1er avril s’est répandue dans de nombreux pays :

  • En Belgique, la tradition du poisson d’avril est proche de celle existant en France. Au Québec, on doit « courir le poisson d’avril ».
  • Dans les pays anglophones, le 1er avril, on célèbre l’April Fool’s Day, ou « jour de la duperie » relié à la tradition médiévale de la « fête des fous », le carnaval, carnaval se tenant à la fin du mois de mars. En Écosse, il est de coutume de partir à « la chasse à l’imbécile »(certains Écossais parlent aussi de Gowk ou de Cuckoo). En Angleterre, il est d’usage de redoubler d’inventivité et d’humour.
  • En Allemagne, on fête l’Aprilscherz. Il est de tradition de faire des blagues et de « Jemanden in den April schicken » (« envoyer quelqu’un en avril »). On dit « April April » ou « Aprilscherz » au moment de faire sa blague ou juste après pour faire comprendre qu’il s’agit d’une blague de 1er avril. Les blagues du 1er avril existeraient depuis 1631, mais leur origine serait plus lointaine.
  • En Espagne et dans les pays sud-américains, il est de coutume de commémorer le « Jour des saints innocents », événement retraçant le massacre des enfants de moins de deux ans à Bethléem ordonné par Hérode (selon l’évangile de Matthieu 2-16). Croisé avec des rites païens comme la fête des Fous, il est devenu le jour des plaisanteries et des canulars, à la manière du premier avril. On accroche un petit personnage de papier au dos des personnes dont on veut se moquer.
  • En Russie, il s’agit du « jour des fous » (« den dourakov ») ; en Roumanie, de la « tromperie/duperie du 1er avril » (« păcăleală de 1 aprilie ») ;
  • Au Portugal ou au Brésil, on le nomme le « dia das mentiras » ou « dia das petas », à savoir le « jour des mensonges ».
  • En Inde, lors de la fête de Holi, on se fait des plaisanteries en essayant de s’asperger mutuellement de couleurs. Elle a lieu généralement en mars au début du printemps, selon le calendrier hindou.
  • Cette coutume existe également au Danemark, aux Pays-Bas, en Italie, en Pologne, en Croatie, en Slovénie, en Suisse, en Suède, en Finlande, au Japon, en Corée du Sud et en Chine.

Le 1er avril est une coutume très répandue dans le monde où, le temps d’une plaisanterie ou d’une tromperie, il est permis de se divertir aux dépens des autres en usant d’ingéniosité ou d’artifices. 

Aller plus loin :

Anthologie des poissons d’avril les plus mémorables

Laisser un commentaire