Notre-Dame de Paris : l’histoire des Mays, les grands tableaux de peinture sacrée du XVIIe siècle

Les Mays de Notre-Dame sont de grands tableaux commandés chaque année de 1630 à 1707, à l’exception de 1683 et de 1694, par la corporation des orfèvres parisiens, et offerts le 1er mai à la cathédrale Notre-Dame de Paris en l’honneur de la Vierge Marie. Peints par les plus grands artistes du Grand Siècle, les Mays de Notre-Dame formaient un ensemble unique de peinture religieuse. Restaurés entre 2021 et 2023, treize Mays de Notre-Dame ont retrouvé la cathédrale pour sa réouverture, en décembre 2024.

Les Mays de Notre-Dame, une offrande des orfèvres

Le 1er mai 1449, la confrérie des orfèvres parisiens institue l’offrande du May à la cathédrale Notre-Dame de Paris. Cette tradition consiste à faire chaque année, le 1er mai, alors écrit « may », une offrande à la cathédrale en l’honneur de la Vierge, à qui le mois de mai est consacré.

La nature de l’offrande évolue au fil des siècles. Au début, la confrérie offre un arbre feuillu, orné de banderoles et de rubans, planté solennellement devant le maître-autel en signe de dévotion mariale. Les orfèvres y ajoutent ensuite une construction en forme de tabernacle, suspendue sous la voûte, à laquelle sont accrochés des sonnets et des poèmes.

Des petits Mays aux grands Mays

En 1533, le tabernacle est orné pour la première fois de petits tableaux : c’est le début de la série des petits Mays, aujourd’hui disparue, dont les sujets se rapportent le plus souvent à la vie de la Vierge.

En 1630, en accord avec le chapitre de la cathédrale, les petits Mays laissent place à de grands tableaux illustrant un épisode des Actes des Apôtres. Chaque année jusqu’en 1707, les maîtres orfèvres commandent une toile de près de 4 m de haut ; le premier grand May mesure déjà 3,40 m sur 2,75 m. Remise solennellement en mai, mois de Marie, l’œuvre prend le nom de May de Notre-Dame. Au total, 76 tableaux sont offerts à la cathédrale, chacun accompagné d’une explication et d’un poème.

Un concours de peinture sacrée

Ces commandes prennent rapidement l’allure d’un grand concours de peinture sacrée. Les sujets, tirés des Actes des Apôtres attribués à saint Luc, qui racontent l’activité missionnaire des premiers disciples du Christ, sont définis avec les chanoines de la cathédrale, auxquels les peintres soumettent leurs esquisses. Le choix se fait selon la lisibilité de l’action et l’équilibre des formes et des couleurs. Obtenir la commande d’un May est une consécration ; la plupart des artistes retenus sont liés à l’Académie royale de peinture et de sculpture, fondée en 1648.

Parmi les élus figurent les grands noms de la peinture du Grand Siècle : Claude Vignon, Sébastien Bourdon, Charles Le Brun, Eustache Le Sueur ou Laurent de La Hyre. Certains interviennent à plusieurs reprises, comme Aubin Vouet, Laurent de La Hyre ou Louis de Boullogne le Père, auquel succède son fils, Louis de Boullogne le Jeune.

Présentés d’abord devant la cathédrale, les tableaux sont ensuite accrochés de façon définitive dans les arcades de la nef, du chœur, des croisillons et du déambulatoire. Vus par un très large public et commentés dans des textes imprimés, ils sont souvent copiés ou repris en réduction pour des collectionneurs.

La fin d’une tradition et la dispersion des Mays de Notre-Dame

Au début du XVIIIe siècle, la corporation des orfèvres connaît de graves difficultés financières. Le dernier May est offert en 1707, au grand regret des chanoines, qui déplorent qu’« au grand scandale du public, on avait cessé de satisfaire à ce pieux devoir ».

Comme les autres biens du clergé, les Mays sont saisis sous la Révolution et transportés au dépôt des Petits-Augustins et au Louvre. Plusieurs tableaux disparaissent. Une partie revient à Notre-Dame après le Concordat, mais les restaurateurs du XIXe siècle, soucieux de rendre à la cathédrale son aspect médiéval, retirent ce décor jugé trop encombrant. Une cinquantaine de Mays sont parvenus jusqu’à nous.

Les Mays de Notre-Dame après l’incendie de 2019

Les treize Mays conservés dans la cathédrale ont échappé à l’incendie du 15 avril 2019 sans dommage. Ils ont bénéficié, d’octobre 2021 à décembre 2023, de la plus grande restauration simultanée de tableaux de grand format jamais menée en France, conduite par la DRAC Île-de-France avec le Centre de recherche et de restauration des musées de France. Nettoyées et consolidées, les toiles ont été présentées au public à hauteur d’homme à la galerie des Gobelins, du 24 avril au 21 juillet 2024.

En novembre 2024, elles ont retrouvé les chapelles latérales de la nef selon une nouvelle présentation : les épisodes consacrés à saint Paul d’un côté, ceux consacrés à saint Pierre de l’autre. La cathédrale a rouvert ses portes les 7 et 8 décembre 2024.

Les treize Mays visibles à Notre-Dame

  • 1634, Jacques Blanchard : La Descente du Saint-Esprit.
  • 1635, Laurent de La Hyre : Saint Pierre guérissant les malades de son ombre.
  • 1637, Laurent de La Hyre : La Conversion de saint Paul.
  • 1639, Aubin Vouet : Le Centurion Corneille aux pieds de saint Pierre.
  • 1642, Charles Poerson : La Prédication de saint Pierre à Jérusalem.
  • 1643, Sébastien Bourdon : Le Crucifiement de saint Pierre, d’un style plus baroque.
  • 1647, Charles Le Brun : Le Crucifiement de saint André.
  • 1650, Nicolas Loir : Saint Paul rend aveugle le faux prophète Barjésu et convertit le proconsul Sergius.
  • 1651, Charles Le Brun : La Lapidation de saint Étienne.
  • 1655, Louis Testelin : La Flagellation de saint Paul et de Silas.
  • 1670, Gabriel Blanchard : Saint André tressaille de joie à la vue de son supplice.
  • 1687, Louis Chéron : Le Prophète Agabus prédisant à saint Paul ses souffrances à Jérusalem.
  • 1702, Mathieu Elias : Les Fils de Scéva battus par le démon.

Les deux toiles de Laurent de La Hyre témoignent du prestige considérable dont il jouissait alors. Charles Poerson, élève de Simon Vouet, signe le May de 1642.

Où voir les autres Mays ?

Les autres grands Mays de Notre-Dame sont dispersés entre le musée du Louvre, des cathédrales et des églises de France et plusieurs musées de région. Le musée des Beaux-Arts d’Arras, installé dans l’ancienne abbaye Saint-Vaast, leur consacre notamment une salle, où il présente une importante série de ces tableaux.

Questions fréquentes

Pourquoi les appelle-t-on des Mays ?

Parce qu’ils étaient offerts chaque 1er mai, autrefois écrit « may », mois consacré à la Vierge Marie, patronne de la cathédrale.

Combien de Mays ont été offerts à Notre-Dame ?

76 grands Mays, un par an de 1630 à 1707, à l’exception de 1683 et de 1694. Une cinquantaine sont parvenus jusqu’à nous.

Les Mays ont-ils été endommagés par l’incendie de 2019 ?

Non. Les treize Mays présents dans la cathédrale n’ont subi aucun dommage. Ils ont ensuite été restaurés et réinstallés pour la réouverture de décembre 2024.

Qui commandait les Mays ?

La corporation des orfèvres de Paris, qui choisissait chaque année un peintre, en accord avec les chanoines de la cathédrale.

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