NOTRE-DAME DE PARIS : l’inestimable trésor, son histoire et ses pièces majeures

Considéré comme un des plus riches trésors d’Europe, le trésor de Notre-Dame fut confisqué et anéanti lors de la Révolution de 1789. Reconstitué progressivement à compter de 1804, de nouveau ravagé lors des émeutes de 1830-31, il connut un nouvel essor lors de la restauration de la cathédrale par Viollet-le-Duc à partir de 1843. Lors de l’incendie du 15 avril 2019, les mille pièces le constituant furent sauvées.

Qu’est-ce qu’un trésor de cathédrale ?

A l’origine, le trésor désignait le lieu où étaient rassemblés les biens les plus précieux servant à l’exercice du culte (reliques, vêtements sacerdotaux, manuscrits, or, pierreries…) à sauver en cas de péril.

Un trésor d’église correspond à présent un ensemble d’objets religieux destinés à l’exercice et à l’ornement du culte ou à la vénération des reliques.

Les trésors des cathédrales bénéficiaient des largesses de leurs évêques aux très importants pouvoirs et revenus temporels. Pour accroître le rayonnement de son sanctuaire, chaque évêque tenait à embellir sa cathédrale et à enrichir son trésor ou à se procurer des reliques. De très beaux objets d’art furent ainsi commandés à des artistes de talent. À la mort des évêques, une partie de leur fortune personnelle revenait à la cathédrale (synode d’Agde 506). À l’origine, le trésor n’était pas accessible au public, mais bien caché et bien gardé, servant pour le culte ou de monnaie d’échange en temps de crise.

L’histoire du trésor de Notre- Dame de Paris

Le trésor de Notre Dame conservait les objets précieux (vases sacrés, ornements, livres liturgiques) placés sous la responsabilité du Chapitre (chanoines chargés de l’exercice du culte). Les premiers inventaires de 1343 et 1416 décrivent l’exceptionnelle richesse de ce trésor.
Les souverains et les personnalités influentes, en donnant au trésor, marquaient leur attachement à l’Église,exerçant par ailleurs un important mécénat artistique permettant le développement d’une économie artistique et de savoir-faire très pointue (orfèvrerie, ébénisterie, sculpture, peinture,…). De fait, chaque objet offert était un chef d’œuvre.
Les dons constituaient une grande part du trésor. Proche du pouvoir royal, l’Église de Paris était souvent appelée à contribuer en période de crise et de guerre, le trésor servant alors de réserve d’argent.

Certains objets précieux furent ainsi fondus, les reliquaires démembrés par les chanoines. Le reliquaire de Saint Simeon et Saint André offert par Philippe Auguste, la statuette de Saint-Denis ornée de saphirs et de perles aux armes d’Isabeau de Bavière donnée en 1429, le buste d’or de Sainte Agnès orné d’un riche saphir, entouré de huit pierres précieuses et d’un rameau d’or furent vendus.

Durant la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons au début du XVe siècle et les guerres de Religion, différentes ventes et fontes eurent lieu, notamment en 1562 et 1577 : le reliquaire d’or du chef de Saint Philippe, couvert de pierres précieuses, offert par le duc de Berry en 1413, fut fondu en 1562. En décembre 1759, durant la guerre de Sept Ans, Louis XV fit fondre dix chandeliers d’argent (dont 4 offerts en 1607 par le dernier évêque de Paris), six chandeliers de vermeil offerts par le cardinal de Noailles en 1709, et une grande lampe d’argent donnée par Anne d’Autriche en 1636.
À la fin du XVIIIe siècle, le trésor de Notre-Dame était l’un des plus fameux d’Europe, à l’image de la décoration intérieure de la cathédrale, reflétant des siècles de largesses royales, cléricales (souverains pontifes, évêques, chanoines) et des corporations qui disposaient de chapelles dans la cathédrale (corporation des orfèvres,…).
Lors de la Révolution de 1789, les biens de l’Église furent nationalisés (2 novembre 1789). Dans un premier temps, les objets inutiles au culte furent fondus (3 mars 1791), puis ce fut au tour des objets du culte (10 septembre 1792).

Du trésor de l’Ancien Régime plus rien n’existe, excepté les sept volumes du Graduel de Notre-Dame (livres de chœur exécutés entre 1669 et 1670 par deux éminents artistes parisiens, le calligraphe Etienne Demoiselet et le peintre miniaturiste Etienne Compardel). 

L’ensemble des pièces d’exception du trésor, dont « un superbe ornement en velours cramoisi enrichi d’arabesques exécuté en Perse de 888, une grande croix en or travaillée en filigrane dont une partie exécutée par Saint Éloi offerte par le duc de Berry en 1406 ou un soleil en vermeil de six pieds deux pouces de hauteur exécuté par le célèbre orfèvre Ballin donné en 1708 par le chanoine de Notre Dame » disparurent, démantelées ou fondues.

Suite au Concordat de 1801 et au rétablissement des cérémonies officielles (sacre
de Napoléon en 1804), le trésor va progressivement être reconstitué avec pour acte refondateur l’arrivée des reliques sauvées du trésor de la Sainte-Chapelle, dont la Couronne d’épines, en 1806.
Il sera à nouveau mis à mal lors des émeutes de juillet 1830 et février 1831 avec un saccage détruisant une grande partie des dons du Premier Empire et de la Restauration.
C’est à partir du milieu du XIXe siècle et des travaux de restauration de la cathédrale par Viollet-le-Duc et Lassus que le trésor fut principalement reconstitué dans les locaux de la nouvelle sacristie érigée de 1845 à 1849.

Véritable recréation, Viollet-le-Duc en conçut le mobilier (niches, armoires à vantaux ou roulantes sur le modèle de celle de Noyon), les chapiers, les sculptures, les ferronneries, le pavement, les vitraux, les détails des finitions, exécutés par de très grands artistes et artisans du XIXe siècle.
Viollet-le-Duc va reconstituer l’orfèvrerie d’inspiration médiévale de la cathédrale dessinant pour le trésor des vases sacrés, des lanternes, des chandeliers, des crucifix, des reliures. Il va, au-delà de l’adaptation des formes médiévales  concevoir de véritables créations telles que le grand lutrin, le chandelier pascal, le reliquaire de la Couronne d’épines.

Durant la seconde moitié du XIXe siècle, les réalisations et les commandes du Second Empire et des chanoines vont enrichir le trésor.
En 1905, suite à la Loi de séparation des Églises et de l’État, les biens de la cathédrale, dont les objets du trésor qui s’y trouvent seront nationalisés.
Le XXe siècle perpétuera l’enrichissement du trésor par les dons de papes, cardinaux, évêques, religieux, empereurs, chefs d’État, confréries, peuples et les commandes de l’Église.

Les pièces du trésor de Notre-Dame

Les pièces principales sont les reliquaires de la Sainte Couronne d’Épines, le reliquaire de la Croix Palatine conservant un fragment et un clou de la Croix du Christ.

Selon la tradition, la Sainte Couronne d’Épines fut rachetée par saint Louis, roi de France, à Baudouin II de Courtenay, dernier empereur latin de Constantinople. Lors de la restauration effectuée par Viollet-le-Duc en 1845, une nouvelle châsse-reliquaire fut créée pour la Couronne d’Épines. Ce nouveau reliquaire, en bronze et en argent dorés, diamants et pierres précieuses, fut réalisé en 1868 d’après un dessin de Viollet-le-Duc par l’orfèvre Placide Poussielgue-Rusand qui exécuta également la Couronne de lumière de la cathédrale. Adolphe-Victor Geoffroy-Dechaume, artisan majeur des chimères, en sculpta les figures.

Une autre pièce importante du trésor est le reliquaire de la Croix Palatine ayant appartenu à la princesse Palatine Anne de Gonzague de Clèves morte au XVIIe siècle. Ce reliquaire fut destiné à contenir un morceau de la vraie Croix et un clou de cette dernière. Une lame en or avec une inscription en grec atteste que le fragment a appartenu à l’empereur byzantin Manuel Ier Comnène mort en 1180.

Autre pièce de grande valeur, l’ancien reliquaire de la Sainte Couronne d’Épines a été créé en 1804 par Charles Cahier.

Le trésor contient des reliques de saint Louis, roi de France : des vêtements (dont une tunique), un fragment de sa mâchoire et d’une côte.

Parmi les pièces du XIXè et XXè siècle qui y sont exposés, de nombreux manuscrits précieux et des livres imprimés sont exposés dans les couloirs.

Y figure également une collection d’ornements sacerdotaux dont le Grand lutrin de Notre-Dame est créé par l’orfèvre Placide Poussielgue-Rusand d’après les dessins d’Eugène Viollet-le-Duc, classé à titre d’objet des monuments historiques.

De nombreux souvenirs de Viollet-le-Duc et de son travail de restauration ainsi que de Paul Claudel et de sa conversion dans l’enceinte de Notre-Dame y sont conservés.

Dans la salle principale, se trouve une collection d’orfèvrerie, dont le reliquaire de la croix de Saint-Claude offert par le roi René au XVè siècle au couvent des célestins d’Avignon.

Le reliquaire Vierge à l’Enfant, offert à la cathédrale par le roi Charles X en 1826, est l’œuvre d’Odiot.Différents souvenirs des papes Léon XIII (ciboires) et Jean XXIII ainsi que des croix y figurent.

Dans la salle capitulaire, une collection de 258 camées à l’effigie de tous les papes depuis saint Pierre jusqu’à Pie IX, sculptés dans les ateliers de Torre des Greco, furent donnés par un riche donateur bavarois en 1887. Les camées des dix derniers papes ont été réalisés en 2008 à l’occasion des 120 ans de la collection par les orfèvres Goudji et Rouge-Pullon.

Certains objets antérieurs à la Révolution ont été rassemblés dans un meuble spécialement dessiné par Viollet-le-Duc dont une croix en ébène et cuivre, avec un Christ en ivoire attribué à François Girardon.

Parmi les œuvres récentes, une cuve baptismale utilisée par Jean Paul II lors des JMJ de 1997, son aiguière ainsi qu’un chandelier pascal créés par l’orfèvre Goudji y sont conservées.

De part la rareté des matériaux employés (or, vermeil, pierres précieuses) et leur façonnage unique ou leur caractère sacré, les dons somptueux faits par les souverains ou les plus fortunés au trésor de Notre Dame marquaient leur attachement profond à l’Église. Œuvres de mécénat artistique, ils étaient, au delà de leur fonction liturgique, des biens précieux utilisables en temps de crise. L’ensemble des pièces du trésor constitué après la révolution de 1789 et de 1830 ont réchappé à l’incendie du 15 avril 2019.

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