PHARE DE CORDOUAN : Le Versailles de la mer

Le phare de Cordouan, plus ancien phare français en activité, se dresse sur un ilot rocheux en pleine mer à égale distance (7 km) des côtes girondines et charentaises. Classé monument historique en 1862, son architecture grandiose en fait un véritable Versailles de la mer.

Son étymologie

Durant le haut Moyen Âge, des Maures de Cordoue auraient installé sur l’ile de Cordouan un comptoir commercial pour permettre à leurs bateaux de circuler à travers les dangereuses passes. La référence à la ville de « Cordoue » expliquerait son nom. Pour d’autres, l’île de Cordouan se trouvant au cœur (« cor » en latin) des bancs de sable appelé « les Asnes », la contraction de cor et des Asnes  (cœur des Asnes) serait devenue Cordouan.

Son histoire

Dès le Moyen Âge, l’existence de l’île de Cordouan est mentionnée par la charte de Cluny (1088), y figurant comme lieu de retraite. D’après des documents de l’abbaye de la Grande-Sauve (1092), des moines faisaient sonner une cloche et allumaient un feu sur l’ile pour prévenir les marins du danger.

La circulation des navires s’avérant périlleuse à l’entrée de l’estuaire de la Gironde, le Prince Noir, Édouard de Woodstock, prince d’Aquitaine et de Galles, gouvernant la Guyenne de 1362 à 1371, ordonna la construction d’un édifice : la Tour du Prince Noir.De forme octogonale, d’environ 16 m de haut, l’objectif de l’édifice était de faciliter la circulation des navires. Des ermites habitaient les dépendances de la chapelle dédiée à Notre-Dame de Cordouan. Ils alimentaient en permanence un feu au sommet de la tour pour guider les navires moyennant un droit de passage. Cette pratique eut cours durant le XVe siècle et fut abandonnée au XVIe siècle.

Les assauts répétés de l’océan et du vent détériorèrent rapidement l’édifice. Les gouverneurs successifs de la Guyenne s’inquiétant de cette situation sollicitèrent l’intervention du roi Henri II puis de Catherine de Médicis, sans succès. Il fallut attendre la sollicitation du roi Henri III par le Maréchal de Matignon, gouverneur de Guyenne, en présence de son ami Michel de Montaigne, maire de Bordeaux, et l’année 1584 pour que la reconstruction soit décidée. Le phare de Cordouan, œuvre royale, fut commandée à Louis de Foix, ancien horloger devenu ingénieur-architecte pour remplacer la Tour du Prince Noir en ruine. La tour primitive allait céder la place à un monument grandiose, sans égal à travers le monde.

Après un an de travail acharné, d’énormes difficultés et le recours à 200 ouvriers, le premier talus fut réalisé en 1585. Louis de Foix, rapidement sans argent et abusé par les commissaires du roi Henri III, poursuivit les travaux sur ses propres deniers concevant  un édifice encore plus beau et plus grand que celui prévu à l’origine.

En 1589, Henri III, le dernier roi de la branche des Valois meurt et Henri IV, le premier roi Bourbon, monte sur le trône. Louis de Foix va donner au phare l’allure d’un temple dédié à la gloire de ces deux rois et au caractère catholique de la monarchie française. Avec l’accord d’Henri IV, il engagera des extensions nouvelles et construira une plate-forme encore plus large. Louis de Foix mourra en 1604, son contremaître terminera les travaux en 1611. Après 27 ans de construction, le plus beau phare du monde fut enfin achevé. Constitué d’un petit dôme à huit baies fermées de vitraux, le feu est alimenté alors par du bois enduit de poix, d’huile et de goudron à 37 m au-dessus des plus hautes mers, la fumée évacuée par une pyramide creuse de 6,50 m de hauteur.

En 1645, une violente tempête détruisit la pyramide et le dôme. Se trouvant dans un grand état de péril, les gardiens refusaient d’aller jusqu’à la lanterne pour y allumer le feu. Laissé à la charge du roi, son sort n’intéressa plus durant quelques années. Colbert fera néanmoins procéder à d’importants travaux de restauration de 1661 à 1664.

Au début du règne de Louis XV, l’état du phare se dégrada fortement; le feu n’étant plus entretenu, les naufrages se multiplièrent. En 1719, la partie supérieure de la tour fut démolie et reconstruite en 1724 par l’ingénieur en chef des fortifications de Bordeaux, Joseph Teulère. En effet, devant les protestations, le phare de Cordouan fut rattaché à la circonscription de Bordeaux en 1722.

En 1727, une nouvelle lanterne fut installée et des travaux de consolidation entrepris. De 1739 à 1742, une chaussée de débarquement sera construite. En 1786, la partie haute menaceant de s’écrouler sera encerclée de fer. La même année, un projet de surélévation du phare verra le jour. Rehaussé en 1791 à 60 m au-dessus des plus hautes mers, l’ingénieur Teulère mettra au point le premier feu tournant à réverbères paraboliques à lampes à huile, ou becs d’Argand, manœuvré par une machine construite par Mulotin, horloger à Dieppe. Le combustible sera un mélange de blanc de baleine, d’huile d’olive et d’huile de colza. 

Le premier appareil lenticulaire de Fresnel à système tournant, application de l’invention d’Augustin-Jean Fresnel, sera expérimenté à Cordouan en 1823.

En 1948, l’électrification du phare de Cordouan fut réalisée au moyen de groupes électrogènes autonomes reliés à une lampe de 6 000 W en 110 volts triphasés. En 2005, une cuirasse de béton armé de 70 m de long et de 8 m de haut sera construite autour du flanc sud-ouest du bouclier. En 2006, le phare sera automatisé et informatisé, les toitures du socle du phare étanchéisées en 2010. Depuis 2013, le phare fait l’objet d’une restauration complète dont les travaux devraient s’achever en 2021.

L’édifice monumental actuel

La plateforme :

Le phare a été construit sur un socle rocheux cuirassé pour le protéger de l’assaut des vagues. Sept marches permettent d’accéder à la porte des marées. Un escalier de 18 marches permet d’accéder à la cour intérieure et au rez-de-chaussée du phare. Une cave recueille l’eau de ruissellement de la tour dans deux citernes de 12 m3.

La tour comporte six étages dont les trois premiers datant de la construction de la tour par Louis de Foix :

  • Au rez-de-chaussée, un portail monumental donne accès au vestibule dont le sol est constitué de dalles de pierre de Barsac, d’où part un escalier de 301 marches jusqu’au sommet du phare (plus 7 marches jusqu’à la lanterne). La première salle de forme carrée est complétée par un vestibule d’accès, de petits cabinets éclairés par les fenêtres extérieures, et un escalier à vis qui dessert les étages. La décoration est somptueuse : tête de femme, masques de lions, volutes de fleurs et de fruits et deux fontaines en forme de têtes de lions sculptées dans le bronze servant à recueillir l’eau de pluie qui ruisselle le long de la tour. 
  • Au premier étage se trouve l’appartement dit « appartement du Roi », aménagé en 1664 par Colbert, le ministre de Louis XIV. On y accède par le monumental escalier à vis au cœur de la tour. Elle est de forme carrée, équipée d’une vraie cheminée, pavée de marbre gris de Sainte-Anne et de marbre noir de Belgique. Voûtée en arc de cloître, elle est dotée de quatre cabinets orientés aux points cardinaux  pourvus en leur sommet de niches décorées de feuillages, des têtes sculptées et d’initiales entrecroisées (L.M.T en hommage au couple royal Louis XIV et Marie-Thérèse). Au centre de la pièce se trouve le puits central (l’oculus) par lequel les gardiens acheminaient les combustibles. La salle abrite une collection de bustes des anciens directeurs du Service des Phares et Balises et les différents modèles de lampes depuis son électrification en 1948. Une porte latérale permet d’accéder à la première galerie extérieure.
  • Au deuxième étage, la chapelle est la pièce la plus majestueuse du phare. De forme circulaire, elle épouse la forme de la tour. Son sol est pavé de marbre de Sainte-Anne et de marbre noir. La chapelle est coiffée d’une voûte sphérique traversée par l’oculus. Abritant cinq niches de grande taille, une contient un autel de marbre blanc, deux autres de magnifiques vitraux datant de 1853, les deux dernières niches vides contenaient autrefois des bustes de Louis XIV et Louis XV. Les carapaces de deux énormes coquillages font office de bénitiers. Enfin, à hauteur de la naissance de la coupole, une petite porte ouvrant sur l’escalier donne accès à la deuxième galerie circulaire extérieure.
  • Le troisième étage s’ouvre sur la « salle des Girondins » ou « salle des Bordelais », pavée de marbre gris de Sainte-Anne et de marbre noir de Belgique. C’est le premier niveau issu des travaux de surélévation du phare menés par Joseph Teulère.
  • le quatrième étage sert de palier, portant le nom de « salle des contrepoids » ;
  • le cinquième étage est un palier. On y trouve la poulie ayant servi à lever le combustible par les orifices circulaires, la pièce portant le nom de « salle des lampes » .
  • Entre le cinquième et le sixième étage se trouve la chambre de quart ou « salle des veilles », recouverte d’un parquet de chêne, garnie auparavant de deux lits avec alcôves pour l’usage des gardiens. 
  • au sixième étage se trouve la lanterne. Avant l’électrification en 1948, on y montait les combustibles au moyen d’une poulie, par les orifices  percés au centre de chaque étage du phare. Abritant le système optique du phare, celui-ci est actuellement équipé d’une lampe de 6000 watts dont la portée est de 21 mille ou 40 km… En mer, le phare de Cordouan se reconnaît à son feu à secteurs (blanc, rouge et vert) et au nombre de ses occultations (3 toutes les 12 s)

Terme de la visite, la lanterne offre de très beaux panoramas sur l’estuaire de la Gironde et les côtes girondines et charentaises étrangement proches bien que distante chacunes de 7 km !

Depuis 2002, le phare de Cordouan figure sur la liste indicative des monuments susceptibles d’être inscrits par l’UNESCO sur la liste du Patrimoine Mondial.
La démarche de candidature a commencé en 2016 émanant de la volonté forte de partager avec le monde entier la valeur symbolique, historique et architecturale de ce « monument phare », pour le préserver, le gérer efficacement et durablement, et nouer des partenariats avec d’autres sites dans le monde.

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