Le phare de Cordouan, plus ancien phare de France encore en activité, se dresse sur un îlot rocheux en pleine mer, à l’entrée de l’estuaire de la Gironde, à environ 7 km des côtes girondines et charentaises. Classé monument historique en 1862 et inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2021, le phare de Cordouan doit à son architecture somptueuse son surnom de « Versailles de la mer ». Voulu par les rois de France comme l’héritier du phare d’Alexandrie, le phare de Cordouan est aussi le dernier phare de France encore habité toute l’année par des gardiens.
Étymologie du phare de Cordouan
L’origine du nom reste discutée. Selon une première hypothèse, des Maures de Cordoue auraient installé sur l’île, au haut Moyen Âge, un comptoir commercial permettant à leurs bateaux de franchir les passes dangereuses de l’estuaire : la référence à la ville de Cordoue expliquerait le nom. Selon une autre, l’île se trouvant au cœur, cor en latin, des bancs de sable appelés « les Asnes », la contraction de cor et des Asnes, le cœur des Asnes, serait devenue Cordouan.
Histoire du phare de Cordouan
Des moines à la tour du Prince Noir
Dès le Moyen Âge, l’île de Cordouan est mentionnée dans une charte de Cluny de 1088 comme lieu de retraite. D’après des documents de l’abbaye de la Grande-Sauve, datés de 1092, des moines y faisaient sonner une cloche et allumaient un feu pour prévenir les marins du danger.
La navigation restant périlleuse à l’entrée de l’estuaire, le Prince Noir, Édouard de Woodstock, prince de Galles et d’Aquitaine, qui gouverne la Guyenne à partir de 1362, fait construire un premier édifice : la tour du Prince Noir. De forme octogonale, haute d’environ 16 m, elle devait faciliter la circulation des navires.

Des ermites habitaient les dépendances de la chapelle dédiée à Notre-Dame de Cordouan. Ils entretenaient un feu au sommet de la tour pour guider les navires, moyennant un droit de passage. Cette pratique eut cours au XVe siècle et fut abandonnée au XVIe siècle.
Le phare des rois de Louis de Foix
Les assauts de l’océan et du vent détériorent rapidement la tour. Les gouverneurs de Guyenne sollicitent en vain Henri II puis Catherine de Médicis. Il faut attendre l’intervention du maréchal de Matignon, gouverneur de Guyenne, auprès d’Henri III, en présence de son ami Michel de Montaigne, maire de Bordeaux, pour que la reconstruction soit décidée en 1584. L’ouvrage est confié à Louis de Foix, ancien horloger devenu ingénieur et architecte.
Après un an de travail acharné et le recours à 200 ouvriers, le premier talus est achevé en 1585. Rapidement à court d’argent et abusé par les commissaires du roi, Louis de Foix poursuit le chantier sur ses propres deniers, en concevant un édifice plus beau et plus grand que prévu. À la mort d’Henri III en 1589, Henri IV monte sur le trône : Louis de Foix donne au phare l’allure d’un temple à la gloire des deux rois et de la monarchie catholique, et l’agrandit avec l’accord du nouveau souverain.
Louis de Foix meurt au début du XVIIe siècle et son contremaître achève les travaux en 1611. Après 27 ans de chantier, le phare culmine à 37 m au-dessus des plus hautes mers. Coiffé d’un petit dôme à huit baies, son feu est alimenté par du bois enduit de poix, d’huile et de goudron, et la fumée s’échappe par une pyramide creuse de 6,50 m.
En 1645, une violente tempête détruit la pyramide et le dôme ; les gardiens refusent alors de monter allumer le feu. Colbert fait procéder à d’importants travaux de restauration de 1661 à 1664.

Teulère et le phare des ingénieurs
Au début du règne de Louis XV, le feu n’est plus entretenu et les naufrages se multiplient. Entre 1719 et 1724, la partie supérieure de la tour est démolie et reconstruite, et le phare est rattaché en 1722 à la généralité de Bordeaux. Une nouvelle lanterne est installée en 1727, et une chaussée de débarquement est construite de 1739 à 1742.
Mais sa hauteur ne suffit pas aux marins : la portée du feu reste trop faible. Dans les années 1780, l’ingénieur Joseph Teulère, ingénieur en chef de la généralité de Bordeaux, est chargé de rehausser le phare. De 1786 à 1789, il surélève la tour de plus de vingt mètres, en respectant le style de Louis de Foix : le feu est désormais à 60 m au-dessus des plus hautes mers, et le phare atteint 67,5 m. Teulère met au point le premier feu tournant à réflecteurs paraboliques et lampes à huile, manœuvré par une machine construite par Mulotin, horloger à Dieppe.
Fresnel, l’électricité et l’automatisation
En 1823, Cordouan accueille le premier appareil lenticulaire tournant conçu par Augustin Fresnel : le phare devient un laboratoire de la signalisation maritime. Il est électrifié en 1948 grâce à des groupes électrogènes autonomes. En 2005, une cuirasse de béton armé de 70 m de long et de 8 m de haut protège le flanc sud-ouest du socle. En 2006, le phare est automatisé et informatisé ; une lampe de 250 watts et un nouvel écran tournant forment son système d’éclairage actuel. Une grande campagne de restauration, engagée en 2013, s’est achevée en 2021.
L’édifice monumental
La plateforme
Le phare repose sur un socle rocheux cuirassé qui le protège des vagues. Sept marches mènent à la porte des marées, puis un escalier de 18 marches à la cour intérieure et au rez-de-chaussée. Une cave recueille l’eau de ruissellement de la tour dans deux citernes de 12 m3.
La tour
La tour compte six étages, dont les trois premiers datent de Louis de Foix :
- Au rez-de-chaussée, un portail monumental ouvre sur un vestibule dallé de pierre de Barsac, d’où part l’escalier de 301 marches qui mène au sommet, plus 7 marches jusqu’à la lanterne. La décoration est somptueuse : tête de femme, masques de lions, volutes de fleurs et de fruits, et deux fontaines en forme de têtes de lions en bronze qui recueillent l’eau de pluie.
- Au premier étage se trouve l’« appartement du Roi », aménagé en 1664 sous Colbert. Pavée de marbre gris de Sainte-Anne et de marbre noir de Belgique, voûtée en arc de cloître, la pièce compte une cheminée et quatre cabinets orientés aux points cardinaux, ornés des initiales entrelacées L.M.T., en hommage à Louis XIV et Marie-Thérèse. Au centre, l’oculus permettait de monter les combustibles. La salle abrite des bustes d’anciens directeurs du Service des phares et balises et des lampes successives.
- Au deuxième étage, la chapelle Notre-Dame de Cordouan est la pièce la plus majestueuse du phare. Circulaire, pavée de marbre, coiffée d’une coupole traversée par l’oculus, elle compte cinq grandes niches : l’une abrite un autel de marbre blanc, deux autres des vitraux de 1853, les deux dernières accueillaient autrefois les bustes de Louis XIV et de Louis XV. Deux énormes coquillages servent de bénitiers.

- Le troisième étage s’ouvre sur la « salle des Girondins », ou salle des Bordelais, pavée de marbre. C’est le premier niveau issu de la surélévation de Teulère.
- Le quatrième étage sert de palier : c’est la « salle des contrepoids ».
- Le cinquième étage, ou « salle des lampes », conserve la poulie qui servait à hisser le combustible par les orifices centraux.
- Entre le cinquième et le sixième étage se trouve la chambre de quart, ou « salle des veilles », parquetée de chêne, qui abritait autrefois deux lits en alcôve pour les gardiens.
- Au sixième étage, la lanterne abrite le système optique. En mer, le phare se reconnaît à son feu à secteurs blanc, rouge et vert, et à ses trois occultations toutes les 12 secondes. Sa portée est d’environ 19 milles nautiques, soit près de 35 km.

Au terme de la visite, la galerie de la lanterne offre un panorama exceptionnel sur l’estuaire de la Gironde et sur les côtes girondines et charentaises, étrangement proches bien que distantes de 7 km.
Le phare de Cordouan au patrimoine mondial de l’UNESCO
Depuis 2002, le phare de Cordouan figurait sur la liste indicative française. La candidature, préparée à partir de 2016, a abouti le 24 juillet 2021 : le Comité du patrimoine mondial l’a inscrit au titre de deux critères. Il le reconnaît comme un chef-d’œuvre de la signalisation maritime, et comme un témoin exemplaire des grandes étapes de l’histoire des phares, de la construction royale de Louis de Foix aux innovations techniques de Teulère et de Fresnel.
Le Comité souligne aussi que le phare est resté structurellement authentique et qu’il remplit toujours sa fonction d’origine. Cordouan est le deuxième phare inscrit au patrimoine mondial, après la tour d’Hercule de La Corogne, en Espagne.
Visiter le phare de Cordouan
Le phare se visite environ sept mois par an, du printemps à l’automne. On y accède en bateau, au départ du Verdon-sur-Mer ou de Royan, puis à pied sur l’estran à marée basse : la visite dépend donc des horaires de marée et de la météo. Il faut gravir les 301 marches pour atteindre la lanterne. Le musée des phares et balises, installé au phare de la pointe de Grave, complète la découverte.
Questions fréquentes
Pourquoi l’appelle-t-on le Versailles de la mer ?
Pour la richesse de son décor : marbres, sculptures, appartement du Roi et chapelle, rares dans un phare.
Le phare est-il encore habité ?
Oui, des gardiens y vivent encore par roulement, bien que le feu soit automatisé depuis 2006. C’est le dernier phare habité de France.
Quelle est sa hauteur ?
Environ 67,5 m depuis la surélévation de Teulère, achevée en 1789.
Combien de marches faut-il monter ?
301 marches jusqu’au sommet, plus 7 pour accéder à la lanterne.