ABEILLES : une intelligence collective remarquable

La sélection du nouveau site : un incroyable processus démocratique d’intelligence collective

Lorsque l’essaim sort de la ruche, il se pose à quelques mètres de là, de préférence dans un endroit à l’abri (arbre ou toiture) formant une grappe. Cet arrêt intermédiaire va durer de 1 à 3 jours, le temps nécessaire à la sélection et au choix démocratique du nouveau site de nidification.Essaim_d'abeilles_posé.JPG

Les abeilles se réunissent alors autour de la reine et envoient quelques dizaines d’éclaireuses parmi les plus expérimentées à la recherche de nouveaux sites d’installation.

Durant les premières heures, les éclaireuses explorent les cavités disponibles dans un rayon de quelques centaines de mètres, puis de quelques kilomètres (la superficie explorée pouvant aller jusqu’à 70 km2 !). Lors de l’inspection des cavités susceptibles d’accueillir la colonie, elles évaluent le volume habitable, son isolation thermique (protection au froid, au vent et à l’humidité), son orientation, la hauteur de l’habitacle, la taille de son entrée ainsi que son emplacement (la porte d’entrée doit être vers le bas).

Cette phase d’inspection et d’évaluation prend en moyenne 30 min à chaque éclaireuse, 10 à 30 incursions et d’excursions étant nécessaires pour jauger la structure extérieure de l’habitacle. Au moins une douzaine de sites seraient sélectionnés pour être proposés ensuite par les éclaireuses. La reine, située dans l’essaim, n’exerce aucun rôle lors de cette étape cruciale.

Une fois retournée à l’essaim,  généralement le lendemain, les qualités des gîtes potentiels découverts sont rendues publiques et évaluées.

Les éclaireuses entament à la surface de l’essaim une danse frétillante, dite « danse de l’essaim » ou « danse du domicile« . La vivacité (rapidité de chaque tour de danse et nombre de tours) précise la qualité du site découvert. La durée et l’intensité de la danse sont proportionnelles à l’intérêt estimé du site d’installation découvert. Par leurs danses, elles mettent ainsi les options en compétition : c’est ce que le chercheur américain Seeley nomme le “débat démocratique”. Selon l’intensité de la communication, l’abeille découvreuse d’un site va recruter un nombre plus ou moins grand de nouvelles éclaireuses qui iront chacune le visiter, entreprendre une évaluation indépendante et donner leur opinion (la danse étant suffisamment explicite pour en indiquer la position). Si la première danseuse et les suivantes n’ont pas surestimé la qualité du nid une boucle positive se développe en faveur de ce site. Si elle commet une erreur (qualité sur ou sous-évaluée), elle est corrigée progressivement.

 

Au début et au cours du débat, aucune option n’est exclue. Les éclaireuses, ayant le même pouvoir d’information, présentent de manière transparente et simultanée leurs découvertes. La surface de l’essaim devient une piste de danse animée. Le repérage peut durer plusieurs jours. La compétition entre les différentes options est suffisamment longue pour laisser la possibilité de proposer un nouveau site supérieur, même lorsqu’un précédent fait l’objet d’un début de consensus. Peu à peu, les sites d’intérêt moindre sont éliminés jusqu’à parvenir à un choix unique. 

Après plusieurs heures et parfois jusqu’à trois jours de mutualisation des connaissances, un consensus émerge et aboutit au choix définitif de la destination. Une décision est généralement prise lorsque 80 % des éclaireuses ont convenu d’un seul endroit et / ou avec un quorum de 20 à 30 éclaireurs présents sur un site de nidification potentiel. Récemment, les chercheurs ont découvert que certaines abeilles participant au débat découragent par des signaux d’inhibition celles qui dansent encore en faveur de sites jugés peu favorables. Cela explique comment l’essaim parvient à un choix sur lequel toutes les abeilles finissent par s’accorder.

Ce système remarquable de démocratie représentative ou par délégation (le consensus étant établi par les éclaireuses ou 5 % de l’essaim), basé sur l’échange et la vérification d’informations, est ainsi à l’origine du choix du lieu d’implantation, fondamental pour la survie de la colonie tout entière.

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