FORÊT DES LANDES : l’histoire de la plus grande forêt artificielle d’Europe

Depuis le milieu du XIXè siècle

En 1867, 90 000 ha de dunes furent boisés en pins maritimes, tandis que 3 000 ha de dunes littorales furent couvertes par la végétation dunaire. Mais, derrière ces dunes s’étendait toujours sur plus de 700 000 ha une vaste plaine inondée durant une grande partie de l’année et desséchée au cours de l’été : la lande est alors vue comme improductive et qualifiée de « colonie intérieure ou de « Sahara Français ».

Chambrelent, ingénieur des Ponts et Chaussées, ayant remarqué que la végétation se développait seulement là où les eaux s’écoulaient conclut qu’il fallait assurer la libre évacuation des eaux superficielles dès le printemps. Il fit l’acquisition en 1849 d’une surface de 500 ha de landes, sur laquelle il planta en appliquant ses principes d’écoulement des graines de pin maritime. Ce fut un succès, les semis se développèrent rapidement.

En 1855, la surface assainie et ensemencée atteignait 20 000 ha. Une opération d’ensemble nécessitait de convaincre les maires d’assécher les terrains communaux pour réaliser un réseau de grands canaux collecteurs bien tracés.

Lors de sa visite dans les Landes en 1855, l’Empereur Napoléon III fut enthousiasmé par les résultats de Chambrelent. Louis-Napoléon, qui n’était pas encore empereur des français, souhaitait poursuivre l’œuvre de son oncle qui, dès le début du XIXe siècle, avait initié le projet de fixation des dunes en Aquitaine. Assainir le plateau des Landes de Gascogne en serait le prolongement. Il décida d’acquérir personnellement un vaste territoire inculte de 7 400 ha pour l’assainir et le mettre en culture.

L’expérience s’avérant concluante, il décida de légiférer. Sous son impulsion, la loi du 19 juin 1857, appelée « loi relative à l’assainissement et à la mise en culture des Landes de Gascogne », imposa aux communes de grands travaux d’assainissement des marécages. Le but était de purifier la zone et de développer la sylviculture pour l’industrie, notamment le gemmage pour récupérer la sève des pins maritimes transformée en essence de térébenthine et en colophane.

Cette loi d’importance pour les habitants et la région fut précédée de plusieurs enquêtes menées par les Ponts et Chaussée afin d’organiser l’assèchement de la lande.

En 1853, les grands principes à respecter furent adoptés. La loi imposa aux communes propriétaires des terrains marécageux:

  • de les assainir à leurs frais par drainage pour enlever l’eau superficielle et rendre le sable apte à la plantation,
  • de les vendre aux enchères à des propriétaires privés, à raison d’un douzième chaque année ces derniers ayant à leur charge de rentabiliser les sols par la plantation. La loi n’obligeait pas à planter du pin. Les tentatives d’acclimatation d’essences étrangères échoueront.

Adoptée sans consulter les populations locales et signant la fin du système pastoral (le fameux berger landais sur ses échasses), le projet de plantation rencontra une vive opposition, les bergers incendiant les jeunes pins et les communes craignant une spoliation des terres par l’État.

Une fois entrée en vigueur, de nombreux spéculateurs firent l’acquisition des terres et des milliers d’arbres furent plantés jusqu’en 1914.

La grande majorité des parcelles de pins plantées entre 1857 et 1870 ne purent pas être exploitées pour leur résine avant la fin du XIXè siècle.

Suite, page suivante : cliquer sur « 3 » ci-dessous