Si l’expression « être un mouton » se rapporte à celui qui suit bêtement le troupeau et les comportements des autres, sans avoir de personnalité propre, l’expression « suivre comme un mouton de Panurge », invoquée pour fustiger l’esprit grégaire, trouve son origine dans l’œuvre de Rabelais.
Signification
- Imiter sans se poser de questions, suivre instinctivement ce que fait le plus grand nombre.
- Se fondre dans un mouvement collectif sans exercer son esprit critique.
- Suivre bêtement le comportement des autres, sans se poser de questions.
Origine : l’épisode des moutons dans le Quart Livre de Rabelais
L’expression tire son origine d’un épisode du Quart Livre de François Rabelais (1552), sans s’y trouver exactement en ces termes. Alors que Pantagruel et ses compagnons, dont Panurge, parcourent la mer afin de consulter l’oracle de la Dive Bouteille, ils abordent un navire de commerce et font connaissance avec les passagers. Une altercation éclate entre le marchand Dindenault et Panurge, le premier s’étant moqué de l’accoutrement ridicule du second. Après le retour au calme, Panurge décide de lui acheter un mouton. La transaction s’éternise, car le troupeau appartient à la race de Chrysomallos, le bélier à la toison d’or, ce qui explique son coût élevé. Panurge, après avoir en vain essayé d’abréger les boniments du marchand sur les propriétés merveilleuses de ces bêtes, en acquiert finalement un et le jette à l’eau. Le reste du troupeau va rejoindre son congénère, emportant Dindenault et les autres bergers qui tentent de les retenir en s’accrochant à eux.
Pour cet épisode, Rabelais s’est inspiré des Macaronées de Teofilo Folengo, dans lesquelles le personnage de Cingar use d’un stratagème similaire pour venger Balde et son escorte d’un différend avec des paysans. Le mouton étant réputé être un animal faible et peu intelligent, l’expression désigne aujourd’hui une personne qui se plie à un comportement collectif sans réfléchir à son bien-fondé.
« Panurge sans aultre chose dire jette en pleine mer son mouton criant et bellant. »
Extrait du Quart Livre, chapitre VIII, Rabelais
Le panurgisme, un mot dérivé de l’expression
De l’expression « mouton de Panurge » est né le terme « panurgisme », qui désigne le comportement moutonnier, l’absence d’esprit critique face à un mouvement collectif. On parle ainsi de panurgisme boursier lorsque des investisseurs suivent aveuglément une tendance de marché, ou de panurgisme médiatique lorsqu’une opinion se propage sans être questionnée, simplement parce que d’autres l’ont déjà adoptée.
Questions fréquentes
Qui est Panurge dans l’œuvre de Rabelais ?
Dans l’expression « mouton de Panurge », Panurge est un compagnon rusé et facétieux de Pantagruel, personnage central des romans de Rabelais. Son nom viendrait du grec « pan » (tout) et « ergon » (travail, action), soit « celui qui est prêt à tout faire ».
Pourquoi Panurge jette-t-il le mouton à la mer ?
C’est un acte de vengeance envers le marchand Dindenault, qui s’était moqué de lui plus tôt dans l’épisode. Panurge sait que le reste du troupeau suivra, entraînant Dindenault dans sa perte.
Quelle est la différence entre « être un mouton » et « un mouton de Panurge » ?
« Être un mouton » décrit simplement l’absence de personnalité ou d’esprit critique. « Mouton de Panurge » insiste davantage sur l’acte de suivre un mouvement collectif engagé par quelqu’un d’autre, comme dans l’épisode d’origine où un seul mouton entraîne tous les autres.
L’expression est-elle toujours utilisée aujourd’hui ?
Oui, « mouton de Panurge » reste une expression courante, notamment dans les domaines économiques, financiers et médiatiques, pour critiquer des comportements collectifs suivis sans réflexion individuelle.