Le cloud computing, ou informatique en nuage, consiste à utiliser via internet des ressources informatiques hébergées chez un prestataire plutôt que dans ses propres locaux. L’essor du cloud computing s’explique par la généralisation du haut débit, la puissance croissante des serveurs, la baisse des coûts de stockage et l’intérêt pour le big data, puis pour l’intelligence artificielle. Mais externaliser ses données pose aussi des questions de sécurité, de confidentialité et de souveraineté : voici ce qu’il faut savoir sur le cloud computing, ses modèles, ses avantages et ses limites.
Qu’est-ce que le cloud computing ?
Selon la définition de référence du NIST (National Institute of Standards and Technology), l’agence américaine des normes, le cloud est un modèle qui permet d’accéder via le réseau à des ressources informatiques partagées (serveurs, réseaux, stockage, applications, services), configurables, en libre-service et à la demande. Le NIST retient cinq caractéristiques essentielles :
- le libre-service à la demande : l’utilisateur obtient des ressources sans intervention humaine du fournisseur ;
- l’accès par le réseau, depuis tout type d’appareil ;
- la mutualisation des ressources entre de nombreux clients ;
- l’élasticité : les capacités augmentent ou diminuent rapidement selon les besoins ;
- la facturation à l’usage, mesurée comme un compteur d’eau ou d’électricité.
Pourquoi le cloud computing s’est-il imposé ?
Les usages sont multiples : héberger des applications, louer de la puissance de calcul ou de l’espace de stockage, tester des logiciels, sauvegarder des données ou mettre en place un plan de continuité d’activité en cas de sinistre.
Le marché est devenu colossal. Selon Synergy Research Group, les entreprises ont dépensé 143,4 milliards de dollars en services d’infrastructure cloud au deuxième trimestre 2026, soit 43 % de plus qu’un an plus tôt. Trois géants américains se partagent près des deux tiers du marché : Amazon Web Services (28 %), Microsoft Azure (20 %) et Google Cloud (15 %).
Les modèles de service : IaaS, PaaS, SaaS et les autres
Le NIST distingue trois grands modèles, selon la part de l’informatique confiée au prestataire :
- IaaS (Infrastructure as a Service), ou infrastructure en tant que service : le prestataire fournit des serveurs, du stockage et du réseau virtuels ; l’utilisateur y installe et gère lui-même ses systèmes d’exploitation et ses applications.
- PaaS (Platform as a Service), ou plateforme en tant que service : le prestataire fournit en plus le système d’exploitation et les outils de développement ; l’utilisateur n’a plus qu’à déployer ses propres applications.
- SaaS (Software as a Service), ou logiciel en tant que service : l’utilisateur se sert à distance d’un logiciel prêt à l’emploi, comme une messagerie en ligne ou un logiciel de gestion.
D’autres déclinaisons ont suivi :
- DaaS (Desktop as a Service) : la location d’un poste de travail virtuel ;
- BPaaS (Business Process as a Service) : l’externalisation d’un processus d’entreprise, comme la paie ;
- NaaS (Network as a Service) : la fourniture de services réseau ;
- STaaS (Storage as a Service) : le stockage externe, pour sauvegarder ou partager des fichiers ;
- CaaS : selon le contexte, Communications as a Service (téléphonie, visioconférence) ou Containers as a Service (hébergement de conteneurs logiciels).
Cloud privé, public, communautaire ou hybride ?
Le NIST distingue aussi quatre modèles de déploiement, selon la façon dont les ressources sont affectées :
- le cloud privé : des ressources réservées à une seule organisation, hébergées chez elle ou chez un prestataire ;
- le cloud public : des ressources mutualisées, ouvertes à tous les clients du fournisseur ;
- le cloud communautaire : des ressources partagées entre plusieurs organisations aux besoins communs ;
- le cloud hybride : une combinaison de cloud privé et de cloud public.
Les avantages du cloud computing
- Pas d’investissement initial en matériel : l’entreprise n’achète plus de serveurs et n’assume ni leur maintenance, ni leur sécurisation physique, ni leur renouvellement.
- Un accès immédiat à une infrastructure moderne, fiable et disponible à l’échelle mondiale.
- Une utilisation à la carte : on paie ce que l’on consomme, et l’on augmente ou réduit ses capacités en quelques minutes.
Les risques et les limites
Le cloud a d’abord été accueilli avec scepticisme. En 2008, Larry Ellison, alors patron d’Oracle, y voyait surtout un effet de mode, estimant que l’informatique était une industrie plus soumise aux modes que la mode féminine. La même année, Richard Stallman, fondateur du mouvement du logiciel libre, le qualifiait dans le Guardian de piège, destiné à enfermer les utilisateurs dans des systèmes propriétaires toujours plus coûteux.
Les inconvénients qu’ils pointaient restent d’actualité :
- la qualité de service : les performances dépendent du réseau internet et du prestataire ;
- la continuité de service : une panne chez un grand fournisseur peut paralyser des milliers d’entreprises ;
- la sécurité : les données externalisées sont exposées aux risques de piratage ;
- la réversibilité : quitter un fournisseur peut s’avérer long et coûteux ;
- la perte de maîtrise des données : confidentialité, localisation, accès par des autorités étrangères ;
- l’arbitrage financier entre un investissement important à court terme et des coûts plus faibles mais récurrents, à évaluer selon le type et la durée d’utilisation.
Souveraineté et réversibilité : ce que dit la loi
La réglementation a beaucoup évolué depuis les débuts du cloud :
- Le RGPD, en vigueur depuis 2018, encadre le traitement des données personnelles, y compris lorsqu’elles sont hébergées chez un prestataire.
- Le Cloud Act américain de 2018 permet aux autorités des États-Unis d’exiger d’un fournisseur de droit américain des données qu’il stocke, même hors de son territoire.
- La qualification SecNumCloud, délivrée par l’ANSSI, distingue en France les offres de « cloud de confiance » ; depuis sa version 3.2 de 2022, elle exige une immunité face aux lois extraterritoriales.
- Le Data Act européen, applicable depuis le 12 septembre 2025, garantit le droit de changer de fournisseur. Les frais de changement, limités en attendant à leur coût réel, seront interdits à partir du 12 janvier 2027. En France, la loi SREN de mai 2024 avait déjà plafonné ces frais.
Au-delà de la loi, la conclusion d’accords de niveau de service (SLA, service level agreement) avec chacun des prestataires (hébergeur, intégrateur, opérateur réseau) reste incontournable : disponibilité garantie, délais d’intervention, pénalités, conditions de restitution des données.
À chaque organisation, enfin, de comparer le cloud et une solution interne, en particulier pour le traitement et le stockage des données les plus critiques et confidentielles, qui peuvent justifier un cloud privé, une offre qualifiée SecNumCloud ou un chiffrement dont l’entreprise garde seule les clés.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre IaaS, PaaS et SaaS ?
En IaaS, on loue l’infrastructure et l’on gère soi-même systèmes et logiciels ; en PaaS, on loue aussi la plateforme pour y déployer ses applications ; en SaaS, on utilise directement un logiciel prêt à l’emploi.
Le cloud computing est-il plus sûr qu’un serveur interne ?
Pas forcément, mais les grands fournisseurs investissent massivement dans la sécurité. Le risque se déplace : il porte sur la confidentialité, la dépendance au prestataire et l’accès éventuel de tiers aux données.
Qu’est-ce qu’un cloud souverain ?
C’est un cloud qui garantit que les données restent soumises au seul droit européen, à l’abri des lois extraterritoriales. En France, la qualification SecNumCloud de l’ANSSI en est la référence.
Peut-on changer facilement de fournisseur cloud ?
Le Data Act en fait un droit. À partir du 12 janvier 2027, le fournisseur quitté ne pourra plus facturer de frais de changement, mais la migration technique demande toujours préparation et tests.