Trieste : une cité-frontière délicieuse

Nichée au fond de l’Adriatique, à la pointe nord-est de l’Italie, Trieste est une ville-frontière au charme discret. Port des Habsbourg pendant plus de cinq siècles, carrefour des mondes latin, slave et germanique, la capitale du Frioul-Vénétie julienne a gardé de ce passé des palais viennois, des cafés littéraires et une cuisine métissée. Histoire, monuments, cafés, gastronomie et nature : voici pourquoi Trieste mérite le voyage, et ce qu’il faut voir à Trieste.

Trieste, une histoire au carrefour des empires

Colonie romaine, puis cité marchande convoitée par Venise, Trieste se place en 1382 sous la protection des Habsbourg, qui la conserveront jusqu’en 1918. Proclamée port franc en 1719 par l’empereur Charles VI, elle devient au XIXe siècle le grand port de l’Empire austro-hongrois et l’une des villes les plus cosmopolites d’Europe. Italiens, Slovènes, Allemands, Grecs, Serbes, Juifs ou Arméniens s’y installent. C’est ici que naissent les compagnies d’assurance Generali (1831) et RAS (1838), ainsi que le Lloyd autrichien, future compagnie maritime Lloyd Triestino.

La ville attire aussi les écrivains de la Mitteleuropa. L’Irlandais James Joyce y vit de 1904 à 1915, puis de 1919 à 1920 : il y enseigne l’anglais à l’école Berlitz, se lie d’amitié avec l’écrivain triestin Italo Svevo, son élève, et commence Ulysse, selon les itinéraires de la ville de Trieste. Le poète Umberto Saba y est né, et Rilke écrit en 1912 les premiers vers de ses Élégies de Duino dans un château voisin. Jules Verne, lui, situe à Trieste le début de son roman Mathias Sandorf (1885).

Un XXe siècle tourmenté

Revendiquée par les irrédentistes italiens, Trieste est occupée par l’Italie à la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918, puis rattachée au royaume par le traité de Rapallo en 1920. Le régime fasciste y mène une politique d’italianisation forcée contre la minorité slovène, et c’est à Trieste que Mussolini annonce les lois raciales antisémites, le 18 septembre 1938. Pendant l’occupation allemande, la Risiera di San Sabba, une ancienne rizerie, devient le seul camp d’extermination nazi en Italie, rappelle Moked.

Le 1er mai 1945, les troupes yougoslaves de Tito entrent dans la ville et l’occupent une quarantaine de jours, marqués par des arrestations, des déportations et des exécutions sommaires. En 1947, le traité de Paris crée le Territoire libre de Trieste, placé sous la protection de l’ONU. La ville ne revient à l’Italie qu’en 1954 : le 26 octobre, les soldats italiens entrent dans Trieste, détaille Il Post.

La piazza Unità d’Italia, cœur de Trieste

La visite commence par l’immense place de l’Unité-d’Italie, souvent présentée comme la plus grande place d’Europe ouverte sur la mer. Pavée de pierre claire, elle est bordée de palais de style viennois, néoclassique ou éclectique :

  • le palais du Gouvernement, à la façade ornée de mosaïques dorées ;
  • le palais Stratti, qui abrite le Caffè degli Specchi, le « café des Miroirs » ;
  • le palais du Lloyd Triestino, ancien siège de la compagnie maritime ;
  • l’hôtel de ville et sa tour de l’horloge, qui ferme la place côté colline.
Trieste : l'hôtel de ville et sa tour de l'horloge, sur la piazza Unità d'Italia

Face à la mer, la promenade du Molo Audace offre l’un des plus beaux couchers de soleil de la ville. Tout près, le Grand Canal, creusé au XVIIIe siècle dans le quartier thérésien, permettait aux bateaux d’accoster jusqu’au cœur de la ville.

Églises, synagogue et vestiges romains

Le mélange des peuples se lit dans la diversité des lieux de culte :

  • la cathédrale San Giusto, sur la colline du même nom, née au Moyen Âge de la réunion de deux églises plus anciennes ;
  • la basilique San Silvestro, petite église romane parmi les plus anciennes de la ville ;
  • la synagogue, inaugurée en 1912, l’une des plus grandes d’Europe ;
  • le temple serbe orthodoxe de la Sainte-Trinité et de Saint-Spyridon, consacré en 1869, près du Grand Canal, selon
  • Italia.it
  • ;
  • l’église grecque orthodoxe San Nicolò dei Greci, sur le front de mer.

Trieste conserve aussi de beaux témoignages de l’époque romaine. L’arc de Riccardo, une porte de l’enceinte construite sous Auguste en 33-32 av. J.-C., et le théâtre romain, bâti vers le milieu du Ier siècle apr. J.-C. et remanié au début du IIe siècle, se visitent au pied de la vieille ville, indique l’itinéraire archéologique de la ville.

Le château de Miramare et le phare de la Victoire

À quelques kilomètres du centre, le château de Miramare se dresse au bord de l’eau, entouré d’un vaste parc. Cette demeure de pierre blanche a été construite à partir de 1856 pour l’archiduc Maximilien d’Autriche, frère de l’empereur François-Joseph et futur empereur du Mexique. L’impératrice Élisabeth, la célèbre Sissi, y a séjourné. Découvrez d’ailleurs le gâteau de Noël de la princesse Sissi.

Trieste : le château de Miramare, demeure blanche au bord de l'Adriatique

Sur la colline de Gretta, le phare de la Victoire, inauguré en 1927, rend hommage aux marins morts pendant la Première Guerre mondiale. Il offre une vue spectaculaire sur le golfe.

Les cafés littéraires de Trieste

Grand port du café depuis l’époque autrichienne, Trieste a vu naître la célèbre marque Illy en 1933. La ville a gardé de son passé viennois de superbes cafés historiques, comme le Caffè Tommaseo, ouvert en 1830 et considéré comme le plus ancien de la ville, l’Antico Caffè San Marco, voisin de la synagogue, ou le Caffè degli Specchi, rapporte Gambero Rosso. Svevo, Joyce et Saba aimaient s’y retrouver.

Attention au vocabulaire : à Trieste, on ne commande pas un espresso mais un nero, un « capo » pour un café avec un nuage de lait, un « capo in b » pour la même chose servie dans un petit verre, ou un « gocciato », avec une goutte de mousse de lait. Pour prolonger le plaisir, essayez le bicerin, autre grand café italien.

Cuisine triestine et escapades nature

La cuisine de Trieste mêle influences italiennes, slaves, austro-hongroises et balkaniques. Parmi les spécialités, d’après le blog d’Italo :

  • la jota, soupe d’origine slovène aux haricots, à la choucroute et aux pommes de terre ;
  • les gnocchis de pain, au speck ou au jambon, et leur variante aux prunes ;
  • le porc bouilli, servi dans les « buffets », ces tavernes typiques de la ville ;
  • le goulasch triestin et les cevapcici, héritage de l’Europe centrale et des Balkans ;
  • les sardoni in savòr, petites sardines frites aux oignons ;
  • le presnitz, spirale de pâte feuilletée aux fruits secs, au chocolat et au rhum, cousin du
  • strudel
  • .

Face au golfe, avec la Slovénie dans le dos et la Croatie à l’horizon, Trieste est aussi une base idéale pour découvrir la nature : baignades dans l’Adriatique, randonnées sur le plateau du Karst et dans la réserve naturelle du Val Rosandra, ou dégustations dans les vignobles. Seul bémol : la bora, un vent froid et violent venu du nord-est. Ses rafales ont atteint 157 km/h dans le port en février 2015, et jusqu’à 188 km/h en mars 2010, rapporte MeteoWeb.

Une ville de science tournée vers l’avenir

Trieste ne vit pas que de son passé. Elle accueille l’Area Science Park, le plus grand parc scientifique et technologique d’Italie, le Centre international de physique théorique (ICTP), fondé par le prix Nobel Abdus Salam, l’Académie mondiale des sciences (TWAS) ou encore l’université de Trieste. Selon le ministère italien des Affaires étrangères, la région compte l’une des plus importantes concentrations de chercheurs d’Europe.

Moins courue que Venise, sa voisine et ancienne rivale, Trieste est une destination idéale pour sortir des sentiers battus. Pour poursuivre ce voyage dans l’ancien empire des Habsbourg, découvrez Vienne et Budapest, ou nos conseils de voyage collaboratif.

Citation sur Trieste :

« Qui donc, si je criais, m’entendrait parmi les ordres des anges ? »

Rainer Maria Rilke, Élégies de Duino, première élégie (1923), commencée en 1912 au château de Duino, près de Trieste

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