L’intrapreneuriat consiste, pour un salarié, à développer un projet innovant au sein de sa propre entreprise, avec l’accord et le soutien de sa direction. Entreprendre sans quitter son employeur : l’intrapreneuriat répond aux attentes d’autonomie des nouvelles générations, tout en donnant aux entreprises établies un moyen de cultiver l’innovation. Né à la fin des années 1970, l’intrapreneuriat doit sa célébrité à un petit carré de papier jaune : le Post-it.
Qu’est-ce que l’intrapreneuriat ?
L’intrapreneur se comporte comme un entrepreneur, mais à l’intérieur d’une organisation existante. Il porte une idée, la défend, réunit une équipe et la mène jusqu’au lancement, en s’appuyant sur les moyens de l’entreprise plutôt que sur des investisseurs extérieurs.
- l’entrepreneur : il crée sa propre société, en assume seul le risque et en récolte les fruits ;
- l’intrapreneur : il innove au sein de son employeur, garde son salaire et partage le risque avec l’entreprise, qui reste propriétaire du projet.
Les origines : de Pinchot au Post-it
Le mot « intrapreneur » est forgé en 1978 par le consultant américain Gifford Pinchot III, dans un article sur l’entrepreneuriat au sein des grandes entreprises. Il le popularise en 1985 avec son livre Intrapreneuring, qui décrit les intrapreneurs comme des « rêveurs qui agissent ».
L’exemple fondateur vient de 3M :
- 1968 : le chimiste Spencer Silver met au point une colle peu adhésive, sans lui trouver d’usage ;
- 1974 : son collègue Art Fry, agacé de voir tomber les marque-pages de son recueil de chants à la chorale, a l’idée d’y appliquer cette colle ;
- 1980 : après des années de développement et de tests, les notes Post-it sont lancées dans tout le pays et deviennent l’un des produits phares du groupe.
Art Fry a pu mener son projet grâce à une règle maison : chez 3M, les techniciens peuvent consacrer 15 % de leur temps de travail à leurs propres idées.
Quelques exemples célèbres
- Gmail : la messagerie de Google est née d’un projet personnel d’ingénieur, dans le cadre du temps libre que l’entreprise accordait à ses équipes pour leurs propres idées ;
- la PlayStation : chez Sony, l’ingénieur Ken Kutaragi a porté contre l’avis d’une partie de la direction le projet de console qui deviendra l’un des plus grands succès du groupe ;
- le Post-it : chez 3M, le cas d’école cité dans tous les manuels.
Les types de projets
Les projets intrapreneuriaux portent généralement sur :
- un nouveau produit à lancer ;
- l’amélioration d’un produit ou d’un service existant ;
- une nouvelle technologie à développer ;
- l’organisation de l’entreprise, pour gagner en efficacité.
Avantages et limites pour le salarié
Les avantages
- l’autonomie : il répond à son besoin d’indépendance, enrichit son expérience et développe ses compétences ;
- l’accès aux ressources : il dispose des moyens financiers, matériels et humains de l’entreprise ;
- la sécurité : il entreprend tout en restant salarié et en percevant sa rémunération, ce qui limite ses risques. Un échec peut néanmoins abîmer la relation avec son employeur.
Les limites
- un gain limité : il ne possède pas l’activité qu’il crée, et son potentiel d’enrichissement reste plafonné ;
- une indépendance relative : il doit rendre des comptes à l’entreprise ;
- une dépendance à la direction : sa réussite tient à la solidité et à la durée de son soutien ;
- des frictions : sa position particulière peut susciter jalousies et obstructions, et compliquer les négociations internes.
Avantages et limites pour l’entreprise
Les avantages
- une culture de l’innovation : un moyen concret de la diffuser ;
- la fidélisation des talents : elle révèle et retient les collaborateurs les plus ambitieux, en leur offrant des perspectives ;
- la souplesse : elle peut mener certains projets en parallèle de l’organisation en place, à moindre coût ;
- les compétences : elle renforce les savoir-faire internes et l’habitude du travail collaboratif ;
- de nouveaux revenus : sans forcément cannibaliser ses activités historiques.
Les limites
- deux cultures en tension : faire coexister un fonctionnement de start-up et une organisation traditionnelle peut créer des conflits, sur la rémunération ou avec l’encadrement intermédiaire ;
- les freins : peur de l’échec, risques financiers, manque de temps, besoin de tout contrôler et méfiance envers les collaborateurs découragent les initiatives.
Comment favoriser l’intrapreneuriat en entreprise ?
- faire évoluer la culture vers davantage de souplesse, d’autonomie et de responsabilité ;
- croire à l’innovation interne comme condition d’adaptation dans une économie ouverte ;
- impliquer fortement la direction et les ressources humaines, avec un sponsor identifié pour chaque projet ;
- alléger les procédures pour encourager la prise d’initiative ;
- accorder du temps : sur le modèle des 15 % de 3M, réserver une part du temps de travail aux projets personnels ;
- créer un incubateur interne pour accompagner les projets les plus prometteurs ;
- ouvrir des plateformes collaboratives de recueil d’idées, accessibles à tous ;
- accepter l’échec comme une étape normale de l’innovation, sans sanction.
L’intrapreneuriat, une étape vers l’innovation ouverte
L’intrapreneuriat est un levier de transformation et un accélérateur de changement. Beaucoup d’entreprises hésitent pourtant encore à s’y engager, faute de reconnaître la place centrale de l’innovation dans la création de valeur à long terme.
Il n’est d’ailleurs qu’une étape. L’étape suivante consiste à ouvrir l’innovation aux partenaires extérieurs, start-up, laboratoires ou clients, dans une démarche d’open innovation. Pour approfondir le concept, voir aussi la page Wikipédia sur l’intrapreneuriat.
Questions fréquentes
Quelle différence entre entrepreneur et intrapreneur ?
L’entrepreneur crée et possède sa société, à ses risques. L’intrapreneur innove au sein de son employeur, garde son salaire, mais ne possède pas le projet qu’il développe.
Qui a inventé le mot intrapreneur ?
Le consultant américain Gifford Pinchot III, en 1978. Il l’a popularisé en 1985 avec son livre Intrapreneuring.
L’intrapreneur est-il mieux payé ?
Pas nécessairement. Certaines entreprises prévoient des primes ou un intéressement au succès du projet, mais la plupart du temps, l’intrapreneur garde son salaire habituel.
Quel est l’exemple le plus connu ?
Le Post-it, développé chez 3M par Art Fry à partir d’une colle inventée par Spencer Silver, et lancé en 1980.