Robolution : la robot-révolution est en marche

Robots industriels, aspirateurs autonomes, robots chirurgicaux ou d’aide à la personne : avec les progrès de l’automatisation, de l’intelligence artificielle et de l’internet des objets, les machines s’installent partout. La robolution désigne cette révolution des robots, au travail comme à la maison. Mais la robolution tient-elle ses promesses, et que change-t-elle pour l’emploi ? Tour d’horizon d’une robolution déjà bien réelle dans les usines, plus progressive dans le reste de la société.

Qu’est-ce que la robolution ?

Mot-valise formé à partir de « robot » et de « révolution », le terme a été popularisé par l’entrepreneur Bruno Bonnell dans son livre Viva la robolution ! (2010). Il désigne les bouleversements engendrés par la généralisation des robots au travail et à la maison.

Le mot robot lui-même a un siècle : il apparaît en 1920 dans R.U.R. (Rossum’s Universal Robots), pièce de l’écrivain tchèque Karel Čapek, à partir du tchèque robota, la corvée, le travail forcé. Čapek en attribuait l’invention à son frère Josef.

Combien de robots dans le monde ?

Selon la Fédération internationale de la robotique (IFR), le parc mondial de robots industriels en service atteignait près de 4,7 millions d’unités en 2024, en hausse de 9 % sur un an. Quelque 542 000 nouveaux robots ont été installés dans les usines cette année-là, plus du double d’il y a dix ans. La Chine domine largement ce marché, avec plus de 2 millions de robots industriels en service.

Quels usages ?

  • L’industrie : automobile, électronique, métallurgie ou aéronautique utilisent les robots pour automatiser des tâches répétitives, pénibles ou dangereuses.
  • La santé : robots chirurgicaux pilotés par le chirurgien depuis une console, robots de rééducation ou d’assistance.
  • La maison : aspirateurs, tondeuses et assistants domestiques autonomes.
  • L’aide à la personne et l’éducation : robots humanoïdes d’accompagnement, robots enseignants, robots animaux de compagnie.
  • La logistique : entrepôts automatisés, robots de tri et de préparation de commandes.

Quels développements ?

Grâce à l’intelligence artificielle, les automates programmés pour une tâche fixe deviennent des robots capables de percevoir leur environnement et d’interagir avec lui. Pour Bruno Bonnell, la grande évolution de la robotique de production est la cobotique : des robots collaboratifs qui travaillent aux côtés des opérateurs.

L’avènement des robots pourrait permettre un meilleur partage du travail : aux machines les tâches pénibles, à l’homme le contrôle, la maintenance et les tâches à plus forte valeur ajoutée. Les transhumanistes envisagent même une collaboration étroite entre la machine et l’homme, qui allierait les performances des robots à la créativité humaine, tandis que la science-fiction imagine depuis longtemps des êtres mi-hommes, mi-robots.

Quel cadre éthique et juridique pour la robolution ?

À mesure que les robots gagnent en autonomie, un cadre juridique et éthique devient indispensable pour interdire la conception de machines susceptibles de porter atteinte à la sécurité ou à la dignité humaine.

  • 16 février 2017 : le Parlement européen adopte une résolution demandant à la Commission européenne des règles de droit civil sur la robotique. Elle évoque notamment, à terme, une « personnalité électronique » pour les robots les plus autonomes, idée qui a suscité de vifs débats.
  • 1er août 2024 : entrée en vigueur du règlement européen sur l’intelligence artificielle, présenté par la Commission comme la première réglementation globale au monde sur l’IA. Fondé sur une approche par les risques, il s’applique de façon progressive.

La robolution menace-t-elle l’emploi ?

C’est la grande inquiétude. En 2013, les chercheurs d’Oxford Carl Frey et Michael Osborne estimaient que 47 % des emplois américains présentaient un risque élevé d’automatisation. L’OCDE a depuis revu ce chiffre à la baisse : dans ses pays membres, environ 14 % des emplois seraient fortement automatisables et 32 % verraient une part importante de leurs tâches transformée. Ces écarts montrent surtout combien les prévisions sont incertaines.

De fait, la robolution est en marche, mais elle semble pour l’instant plus progressive qu’annoncé : la réorganisation des tâches au travail et à la maison se fait par étapes. La révolution des bots numériques, parfois appelée « bolution », pourrait être plus rapide : les logiciels, agents conversationnels et IA génératives prennent en charge des tâches de bureau de plus en plus élaborées. Le risque est alors de voir une partie des actifs les moins qualifiés ou les moins à l’aise avec le numérique progressivement exclus du marché du travail, d’où l’importance, soulignée par l’OCDE, de la formation tout au long de la vie.

Aller plus loin

  • Bruno Bonnell, Viva la robolution !, 2010.
  • Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee, The Second Machine Age: Work, Progress, and Prosperity in a Time of Brilliant Technologies, 2014.
  • Martin Ford, Rise of the Robots: Technology and the Threat of a Jobless Future, 2015.

Questions fréquentes

Qui a inventé le mot robolution ?

Il a été popularisé par l’entrepreneur français Bruno Bonnell dans son livre Viva la robolution !, paru en 2010.

D’où vient le mot robot ?

De la pièce R.U.R. de Karel Čapek (1920), à partir du tchèque robota, qui désigne la corvée ou le travail forcé.

Quel pays compte le plus de robots ?

La Chine, avec plus de 2 millions de robots industriels en service en 2024 selon l’IFR.

Qu’est-ce qu’un cobot ?

Un robot collaboratif, conçu pour travailler aux côtés d’un opérateur humain plutôt qu’à sa place, dans un espace partagé.

Laisser un commentaire