Transhumanisme : l’homme Dieu ?

Vaincre la maladie, ralentir le vieillissement, repousser la mort : ces rêves, aussi vieux que l’humanité, sont au cœur du transhumanisme. Ce courant de pensée veut utiliser les sciences et les techniques pour dépasser les limites biologiques de l’homme. Porté par les milliardaires de la Silicon Valley, le transhumanisme fascine autant qu’il inquiète. Définition, origines, technologies, acteurs, critiques et cadre légal : voici ce qu’il faut savoir sur le transhumanisme.

Le transhumanisme, de quoi s’agit-il ?

Le transhumanisme est un mouvement intellectuel et culturel qui prône l’usage des progrès scientifiques pour améliorer l’être humain : allonger sa durée de vie en bonne santé, augmenter ses capacités physiques et intellectuelles, voire fusionner l’homme et la machine. Pour ses partisans, comme le philosophe suédois Nick Bostrom, chacun devrait pouvoir choisir librement de recourir à ces technologies, explique-t-il sur son site.

Ses critiques y voient une « techno-religion » qui fait de l’homme son propre dieu. Certains transhumanistes visent une forme d’« amortalité » : une vie sans vieillissement, où l’on ne mourrait plus que par accident. Le gérontologue britannique Aubrey de Grey estime ainsi que la première personne qui vivra plus de 1 000 ans est probablement déjà née, rapporte Business AM. Une prédiction très contestée par la communauté scientifique.

Transhumanisme et posthumanisme

On distingue souvent le transhumanisme, qui veut améliorer l’homme, du posthumanisme, qui envisage l’apparition d’une nouvelle espèce, une humanité « d’après », profondément transformée par la technique, voire remplacée par des intelligences artificielles.

Aux origines du transhumanisme

Le mot a été popularisé en 1957 par le biologiste britannique Julian Huxley, premier directeur général de l’Unesco et frère de l’écrivain Aldous Huxley, dans son livre New Bottles for New Wine, rappelle le site consacré à Huxley. Il y défend l’idée d’une humanité capable de diriger sa propre évolution.

Le courant s’organise à partir des années 1980 en Californie, avec le mouvement extropien, puis l’Association transhumaniste mondiale, fondée en 1998 et devenue Humanity+. L’ingénieur Ray Kurzweil, recruté par Google en 2012, popularise l’idée de « singularité » : le moment où l’intelligence artificielle dépasserait l’intelligence humaine, qu’il situe vers 2045. Pour l’Institut Montaigne, la Silicon Valley a offert au transhumanisme libertarien un terrain idéal, où l’amélioration humaine devient un produit de consommation.

Les technologies de l’homme augmenté

Le transhumanisme s’appuie sur la convergence de quatre grands domaines, souvent résumée par l’acronyme NBIC : nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives. Parmi les pistes explorées :

  • l’édition du génome, notamment grâce aux ciseaux moléculaires CRISPR-Cas9, qui permettent de modifier l’ADN avec précision ;
  • les cellules souches et la médecine régénérative, pour réparer ou remplacer les tissus abîmés ;
  • les prothèses bioniques et les exosquelettes, qui restaurent ou augmentent les capacités physiques ;
  • les interfaces cerveau-machine, qui relient directement le cerveau à un ordinateur ;
  • l’
  • intelligence artificielle
  • , à laquelle certains rêvent de « télécharger » un jour leur esprit ;
  • la cryogénisation, qui consiste à conserver des corps à très basse température dans l’espoir de les ranimer un jour, sans aucune preuve scientifique que ce soit possible.

Certaines de ces technologies ont d’abord une finalité médicale. La société Neuralink, fondée par Elon Musk, a ainsi implanté sa puce cérébrale chez 27 patients, souvent paralysés, qui peuvent contrôler un ordinateur ou un fauteuil roulant par la pensée, selon DiarioBitcoin en juillet 2026. Toute la question est de savoir où s’arrête la réparation et où commence l’augmentation. Pour aller plus loin, découvrez la robolution et la deep tech.

La Silicon Valley à l’assaut de la mort

Les géants de la tech investissent des sommes considérables dans la lutte contre le vieillissement. Google (aujourd’hui Alphabet) a créé dès 2013 la société Calico, consacrée aux mécanismes du vieillissement. En 2022, la start-up Altos Labs s’est lancée avec 3 milliards de dollars, cofondée notamment par l’investisseur Yuri Milner, rapporte The Economist. Le patron d’OpenAI, Sam Altman, a quant à lui investi 180 millions de dollars dans Retro Biosciences, qui veut ajouter dix ans à l’espérance de vie en bonne santé, selon Fortune.

Ces recherches restent pour l’instant très loin de leurs promesses : aucune n’a encore permis d’allonger significativement la durée de vie humaine.

Les critiques du transhumanisme

Le transhumanisme soulève de nombreuses questions philosophiques, sociales et morales. En 2004, le politologue américain Francis Fukuyama l’a qualifié d’« idée la plus dangereuse du monde » dans la revue Foreign Policy : selon lui, l’égalité des droits repose sur une nature humaine commune que l’amélioration technologique mettrait en péril.

D’autres critiques pointent le risque d’une humanité à deux vitesses, entre ceux qui pourront s’offrir ces technologies et les autres, la tentation de l’eugénisme, ou encore le refus de la vulnérabilité et de la finitude, qui font pourtant partie de la condition humaine. L’affaire des bébés génétiquement modifiés a montré ces dérives : en novembre 2018, le chercheur chinois He Jiankui a annoncé la naissance de jumelles dont il avait modifié l’ADN. Il a été condamné à trois ans de prison en décembre 2019, rapporte Allodocteurs.

Ces débats rejoignent ceux sur les villes intelligentes ou l’hyper-réalité numérique : jusqu’où laisser la technologie transformer nos vies ? Une question qui concerne au premier chef la génération alpha.

Ce que dit la loi en France

En France, les lois de bioéthique interdisent toute modification du patrimoine génétique transmissible à la descendance. L’article 16-4 du Code civil proscrit ainsi toute pratique eugénique et toute transformation des caractères génétiques dans le but de modifier la descendance. La convention d’Oviedo du Conseil de l’Europe, ratifiée par la France, n’autorise une intervention sur le génome humain que pour des raisons préventives, diagnostiques ou thérapeutiques, et à condition qu’elle ne touche pas la descendance, rappelle une réponse ministérielle publiée par l’Assemblée nationale.

Entre promesses médicales réelles et fantasmes d’immortalité, le transhumanisme oblige ainsi à redéfinir ce qui fait l’humain.

Citation :

« Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. »

François Rabelais, Pantagruel (1532), chapitre VIII

2 réflexions au sujet de “Transhumanisme : l’homme Dieu ?”

  1. A voir comment on traite la terre vivre 1000 ans est moins tentant. Puis avec toutes les conséquences du vieillissement pas certaine qu on viendra a bout de tous les obstacles physiques et du cerveau. Comme on dit l’homme a une date de péremption

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