Les émojis sont ces petits pictogrammes qui ponctuent nos messages : un visage qui rit aux larmes, un cœur, un pouce levé. Chaque jour, des milliards d’émojis s’échangent sur les messageries et les réseaux sociaux. Mais les émojis forment-ils pour autant une langue universelle ? Voici leur histoire, leur fonctionnement et ce qu’en disent les linguistes.
En 2015, le dictionnaire Oxford a même élu un émoji, le visage qui pleure de rire, mot de l’année.
Qu’est-ce qu’un émoji ?
Le mot vient du japonais : e signifie image, et moji, caractère. Il n’a donc aucun lien avec le mot émotion, malgré la ressemblance. Un émoji est un pictogramme qui représente un visage, un geste, un objet, un animal, un aliment ou un lieu.
Les premiers émojis apparaissent au Japon à la fin des années 1990. Le plus célèbre jeu de départ, 176 pictogrammes de 12 pixels sur 12, a été dessiné en 1999 par Shigetaka Kurita pour l’opérateur NTT Docomo, afin de rendre sa messagerie mobile plus attrayante. Il est aujourd’hui conservé au musée d’Art moderne de New York.
Les ancêtres : le smiley et l’émoticône
- Le smiley. En 1963, le graphiste américain Harvey Ball dessine un visage jaune souriant pour une compagnie d’assurance qui veut remonter le moral de ses employés.
- L’émoticône. En 1982, l’informaticien Scott Fahlman propose d’utiliser 🙂 pour signaler une plaisanterie sur un forum de l’université Carnegie-Mellon. Le mot, contraction d’émotion et d’icône, désigne ces visages faits de signes de ponctuation.
- L’émoji. Il remplace les signes de ponctuation par une image. En 2010, le consortium Unicode, qui attribue un code à chaque caractère informatique, intègre les émojis à son standard : ils peuvent désormais circuler d’un téléphone à l’autre. Leur arrivée sur les claviers de l’iPhone, puis d’Android, en fait un phénomène mondial.
Combien y a-t-il d’émojis ?
Le consortium Unicode ajoute chaque année de nouveaux émojis, après examen des propositions qui lui sont soumises. On en compte aujourd’hui près de 4 000 : 3 960 dans la version 18.0 du standard, selon le décompte officiel d’Unicode. Les ajouts reflètent les débats de la société : couleurs de peau en 2015, personnes rousses, aux cheveux bouclés ou chauves en 2018, couples et familles plus divers.
Chaque émoji a un code, un nom officiel et une description, mais son dessin varie selon les fabricants : le même émoji n’a pas exactement la même tête sur un iPhone et sur un téléphone Android, ce qui peut changer la façon dont il est compris.
Les émojis sont-ils une langue ?
Les émojis ajoutent à l’écrit ce que la voix et le visage apportent à l’oral : une émotion, un ton, une nuance d’ironie ou de tendresse. Ils jouent le rôle de l’intonation ou du geste, et aident à éviter les malentendus d’un message trop sec.
Pour les linguistes, ils ne forment pourtant pas une langue. Ils n’ont pas de grammaire, peinent à exprimer des idées abstraites, le temps ou la négation, et leur sens varie selon les cultures et les générations : le pouce levé, amical pour les uns, paraît sec, voire agressif, pour d’autres. Des curiosités existent, comme la Bible ou Moby Dick traduits en émojis, mais elles restent des jeux.
Les émojis relèvent plutôt du registre familier : on les évite dans un courrier formel, comme on évite certains mots selon le registre de langue.
Quel avenir pour les émojis ?
Les émojis se sont installés partout, jusque dans le travail, où les réactions remplacent souvent une réponse écrite. Mais la manière d’écrire évolue encore : les messages vocaux, les autocollants, les GIF et les mèmes leur font concurrence, notamment chez les plus jeunes, les Centennials, qui mêlent écrit, image et oral.
Plutôt qu’une langue de remplacement, les émojis sont devenus une ponctuation des émotions, un complément de l’écrit qui lui donne le ton qui lui manquait. Pour d’autres curiosités de la langue, voyez notre rubrique Langue française.