Les solécismes : définition et 24 fautes de construction courantes à éviter

Les solécismes sont des fautes de construction : les mots existent, mais ils sont mal agencés dans la phrase. Une préposition de trop, un mode verbal mal choisi, un pronom mal placé, et la phrase devient fautive. Certains solécismes sont si répandus qu’on ne les remarque plus : voici les plus fréquents, avec la forme correcte, pour apprendre à repérer et à corriger les solécismes.

Tous les exemples sont présentés de la même façon : ce qu’il ne faut pas dire, ce qu’il faut dire, et pourquoi. Pour les autres pièges du français, voyez aussi nos 100 erreurs courantes et nos pléonasmes à éviter.

Qu’est-ce qu’un solécisme ?

Un solécisme est une faute de syntaxe : il ne respecte pas les règles de construction de la phrase, même si chacun des mots employés existe. Il se distingue du barbarisme, qui est une faute sur la forme même du mot (« ils croivent » pour « ils croient »), et du pléonasme, qui répète inutilement une idée (« monter en haut »).

L’emploi incorrect d’une préposition, d’une conjonction, d’un pronom relatif ou d’un mode verbal est donc considéré comme un solécisme. Le mot vient du grec soloikismos, tiré du nom de Soles, une cité de Cilicie, en Asie Mineure, dont les habitants avaient la réputation de parler un grec fautif.

Les solécismes avec les prépositions

Aller au coiffeur

Ne pas direDire
Aller au coiffeur, au médecinAller chez le coiffeur, chez le médecin

On va à un lieu, mais chez une personne.

Habiter sur Paris

Ne pas direDire
J’habite sur ParisJ’habite à Paris, j’habite Paris

La préposition sur s’emploie pour une surface ou une position, pas pour une ville.

Pallier à

Ne pas direDire
Pallier à son incompétencePallier son incompétence

Pallier est un verbe transitif direct : on pallie quelque chose, sans préposition.

Vitupérer contre

Ne pas direDire
Elle vitupère contre la passivité de son mariElle vitupère la passivité de son mari

Vitupérer, c’est blâmer avec force : il se construit sans préposition.

Se rappeler de

Ne pas direDire
Je me suis rappelé de mes erreursJe me suis rappelé mes erreurs

On se rappelle quelque chose, mais on se souvient de quelque chose. Ne pas mélanger les deux constructions.

Je m’en rappelle

Ne pas direDire
Cette histoire, je m’en rappelleCette histoire, je me la rappelle (ou je m’en souviens)

Même règle : se rappeler appelle un complément direct, donc le pronom le, la ou les.

Les solécismes avec les pronoms

C’est de cela dont

Ne pas direDire
C’est de cela dont je veux parlerC’est de cela que je veux parler, c’est cela dont je veux parler

Dont contient déjà la préposition de : l’employer avec de cela fait doublon.

C’est à toi à qui

Ne pas direDire
C’est à toi à qui je parleC’est à toi que je parle

Même logique : à toi porte déjà la préposition, le relatif doit être que.

Le pronom relatif que employé à la place de dont

Ne pas direDire
La personne que je t’ai parléLa personne dont je t’ai parlé

On parle de quelqu’un : le relatif est dont.

L’enjoindre de

Ne pas direDire
Il l’a enjoint de partirIl lui a enjoint de partir

On enjoint à quelqu’un de faire quelque chose : le pronom est donc lui, et non le ou la, selon l’Office québécois de la langue française.

S’accaparer

Ne pas direDire
Il s’accapare la paroleIl accapare la parole

Accaparer est transitif direct : on accapare quelque chose, la forme pronominale est fautive.

Les solécismes avec les modes et les temps

Après que + subjonctif

Ne pas direDire
Il est parti après qu’ils soient venusIl est parti après qu’ils sont venus

Après que exprime un fait accompli : il se construit avec l’indicatif. C’est avant que qui demande le subjonctif.

Espérer que + subjonctif

Ne pas direDire
J’espère qu’il soit en formeJ’espère qu’il est en forme, qu’il sera en forme

À la forme affirmative, espérer que est suivi de l’indicatif.

Malgré que

Ne pas direDire
Malgré qu’il pleuveBien qu’il pleuve, quoiqu’il pleuve

Malgré que n’est admis que dans la locution littéraire malgré que j’en aie. Ailleurs, on dit bien que ou quoique.

Sans que ne

Ne pas direDire
Il est parti sans qu’on ne le voieIl est parti sans qu’on le voie

Sans que exprime déjà la négation : le ne explétif est à éviter.

Si j’aurais

Ne pas direDire
Si j’aurais su, je serais venuSi j’avais su, je serais venu

Après si de condition, on n’emploie jamais le conditionnel, mais l’imparfait ou le plus-que-parfait.

Les autres solécismes courants

Débuter + complément

Ne pas direDire
Débuter le matchCommencer le match

Débuter s’emploie sans complément direct : le match débute. L’emploi transitif est fréquent mais critiqué, selon l’Office québécois de la langue française.

Un espèce de

Ne pas direDire
Un espèce d’abrutiUne espèce d’abruti

Espèce est un nom féminin, quel que soit le nom qui suit.

Et autres

Ne pas direDire
Les Français et autres EspagnolsLes Français et autres Européens

Et autres suppose que le premier nom fait partie du second : les Français sont des Européens, pas des Espagnols.

S’être en allé

Ne pas direDire
Il s’est en alléIl s’en est allé

Aux temps composés, en se place avant l’auxiliaire.

S’en est ensuivi

Ne pas direDire
Il s’en est ensuivi un long discoursIl s’est ensuivi un long discours

S’ensuivre contient déjà en : il s’en est ensuivi fait doublon. L’Académie écrit « tout ce qui s’était ensuivi », selon son dictionnaire ; il s’en est suivi est très répandu et admis par l’usage.

Loin s’en faut

Ne pas direDire
Le compte n’y est pas, loin s’en fautLe compte n’y est pas, tant s’en faut (ou loin de là)

Loin s’en faut vient d’une confusion entre loin de là et tant s’en faut, selon le dictionnaire de l’Académie française.

De façon à ce que

Ne pas direDire
De façon à ce qu’il comprenneDe façon qu’il comprenne, de manière qu’il comprenne

La forme recommandée est de façon que, ou de manière que, sans à ce, plus lourd.

Le désormais très probable

Ne pas direDire
Le désormais très probable remaniementLe remaniement désormais très probable

Un adjectif accompagné d’un adverbe se place naturellement après le nom ; placé avant, il alourdit la phrase.

Usages familiers et nuances

Certaines tournures relèvent moins de la faute que du registre familier. J’ai été au théâtre pour je suis allé au théâtre est courant à l’oral, mais à éviter à l’écrit soigné. À l’inverse, la concordance des temps avec l’imparfait du subjonctif, je voulais qu’il vînt, n’est pas obligatoire : je voulais qu’il vienne est correct en français moderne, la première forme appartenant au registre littéraire. Pour situer ces nuances, voyez nos registres de langue.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre un solécisme et un barbarisme ?

Le solécisme est une faute de construction de la phrase avec des mots corrects ; le barbarisme est un mot qui n’existe pas ou une forme déformée, comme « ils croivent ».

D’où vient le mot solécisme ?

Du nom de Soles, cité de Cilicie dont les habitants parlaient un grec réputé fautif.

Comment progresser ?

En relisant les constructions des verbes dans le dictionnaire et en s’entraînant : voyez nos homophones et paronymes, nos difficultés courantes, les termes officiels et notre quiz de langue française. Toutes nos pages sont réunies dans l’index langue française.

Citation sur le français :

« Ce qui n’est pas clair n’est pas français. »

Antoine de Rivarol, Discours sur l’universalité de la langue française (1784)

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