Les solécismes sont des fautes de construction : les mots existent, mais ils sont mal agencés dans la phrase. Une préposition de trop, un mode verbal mal choisi, un pronom mal placé, et la phrase devient fautive. Certains solécismes sont si répandus qu’on ne les remarque plus : voici les plus fréquents, avec la forme correcte, pour apprendre à repérer et à corriger les solécismes.
Tous les exemples sont présentés de la même façon : ce qu’il ne faut pas dire, ce qu’il faut dire, et pourquoi. Pour les autres pièges du français, voyez aussi nos 100 erreurs courantes et nos pléonasmes à éviter.
Qu’est-ce qu’un solécisme ?
Un solécisme est une faute de syntaxe : il ne respecte pas les règles de construction de la phrase, même si chacun des mots employés existe. Il se distingue du barbarisme, qui est une faute sur la forme même du mot (« ils croivent » pour « ils croient »), et du pléonasme, qui répète inutilement une idée (« monter en haut »).
L’emploi incorrect d’une préposition, d’une conjonction, d’un pronom relatif ou d’un mode verbal est donc considéré comme un solécisme. Le mot vient du grec soloikismos, tiré du nom de Soles, une cité de Cilicie, en Asie Mineure, dont les habitants avaient la réputation de parler un grec fautif.
Les solécismes avec les prépositions
Aller au coiffeur
| Ne pas dire | Dire |
| Aller au coiffeur, au médecin | Aller chez le coiffeur, chez le médecin |
On va à un lieu, mais chez une personne.
Habiter sur Paris
| Ne pas dire | Dire |
| J’habite sur Paris | J’habite à Paris, j’habite Paris |
La préposition sur s’emploie pour une surface ou une position, pas pour une ville.
Pallier à
| Ne pas dire | Dire |
| Pallier à son incompétence | Pallier son incompétence |
Pallier est un verbe transitif direct : on pallie quelque chose, sans préposition.
Vitupérer contre
| Ne pas dire | Dire |
| Elle vitupère contre la passivité de son mari | Elle vitupère la passivité de son mari |
Vitupérer, c’est blâmer avec force : il se construit sans préposition.
Se rappeler de
| Ne pas dire | Dire |
| Je me suis rappelé de mes erreurs | Je me suis rappelé mes erreurs |
On se rappelle quelque chose, mais on se souvient de quelque chose. Ne pas mélanger les deux constructions.
Je m’en rappelle
| Ne pas dire | Dire |
| Cette histoire, je m’en rappelle | Cette histoire, je me la rappelle (ou je m’en souviens) |
Même règle : se rappeler appelle un complément direct, donc le pronom le, la ou les.
Les solécismes avec les pronoms
C’est de cela dont
| Ne pas dire | Dire |
| C’est de cela dont je veux parler | C’est de cela que je veux parler, c’est cela dont je veux parler |
Dont contient déjà la préposition de : l’employer avec de cela fait doublon.
C’est à toi à qui
| Ne pas dire | Dire |
| C’est à toi à qui je parle | C’est à toi que je parle |
Même logique : à toi porte déjà la préposition, le relatif doit être que.
Le pronom relatif que employé à la place de dont
| Ne pas dire | Dire |
| La personne que je t’ai parlé | La personne dont je t’ai parlé |
On parle de quelqu’un : le relatif est dont.
L’enjoindre de
| Ne pas dire | Dire |
| Il l’a enjoint de partir | Il lui a enjoint de partir |
On enjoint à quelqu’un de faire quelque chose : le pronom est donc lui, et non le ou la, selon l’Office québécois de la langue française.
S’accaparer
| Ne pas dire | Dire |
| Il s’accapare la parole | Il accapare la parole |
Accaparer est transitif direct : on accapare quelque chose, la forme pronominale est fautive.
Les solécismes avec les modes et les temps
Après que + subjonctif
| Ne pas dire | Dire |
| Il est parti après qu’ils soient venus | Il est parti après qu’ils sont venus |
Après que exprime un fait accompli : il se construit avec l’indicatif. C’est avant que qui demande le subjonctif.
Espérer que + subjonctif
| Ne pas dire | Dire |
| J’espère qu’il soit en forme | J’espère qu’il est en forme, qu’il sera en forme |
À la forme affirmative, espérer que est suivi de l’indicatif.
Malgré que
| Ne pas dire | Dire |
| Malgré qu’il pleuve | Bien qu’il pleuve, quoiqu’il pleuve |
Malgré que n’est admis que dans la locution littéraire malgré que j’en aie. Ailleurs, on dit bien que ou quoique.
Sans que ne
| Ne pas dire | Dire |
| Il est parti sans qu’on ne le voie | Il est parti sans qu’on le voie |
Sans que exprime déjà la négation : le ne explétif est à éviter.
Si j’aurais
| Ne pas dire | Dire |
| Si j’aurais su, je serais venu | Si j’avais su, je serais venu |
Après si de condition, on n’emploie jamais le conditionnel, mais l’imparfait ou le plus-que-parfait.
Les autres solécismes courants
Débuter + complément
| Ne pas dire | Dire |
| Débuter le match | Commencer le match |
Débuter s’emploie sans complément direct : le match débute. L’emploi transitif est fréquent mais critiqué, selon l’Office québécois de la langue française.
Un espèce de
| Ne pas dire | Dire |
| Un espèce d’abruti | Une espèce d’abruti |
Espèce est un nom féminin, quel que soit le nom qui suit.
Et autres
| Ne pas dire | Dire |
| Les Français et autres Espagnols | Les Français et autres Européens |
Et autres suppose que le premier nom fait partie du second : les Français sont des Européens, pas des Espagnols.
S’être en allé
| Ne pas dire | Dire |
| Il s’est en allé | Il s’en est allé |
Aux temps composés, en se place avant l’auxiliaire.
S’en est ensuivi
| Ne pas dire | Dire |
| Il s’en est ensuivi un long discours | Il s’est ensuivi un long discours |
S’ensuivre contient déjà en : il s’en est ensuivi fait doublon. L’Académie écrit « tout ce qui s’était ensuivi », selon son dictionnaire ; il s’en est suivi est très répandu et admis par l’usage.
Loin s’en faut
| Ne pas dire | Dire |
| Le compte n’y est pas, loin s’en faut | Le compte n’y est pas, tant s’en faut (ou loin de là) |
Loin s’en faut vient d’une confusion entre loin de là et tant s’en faut, selon le dictionnaire de l’Académie française.
De façon à ce que
| Ne pas dire | Dire |
| De façon à ce qu’il comprenne | De façon qu’il comprenne, de manière qu’il comprenne |
La forme recommandée est de façon que, ou de manière que, sans à ce, plus lourd.
Le désormais très probable
| Ne pas dire | Dire |
| Le désormais très probable remaniement | Le remaniement désormais très probable |
Un adjectif accompagné d’un adverbe se place naturellement après le nom ; placé avant, il alourdit la phrase.
Usages familiers et nuances
Certaines tournures relèvent moins de la faute que du registre familier. J’ai été au théâtre pour je suis allé au théâtre est courant à l’oral, mais à éviter à l’écrit soigné. À l’inverse, la concordance des temps avec l’imparfait du subjonctif, je voulais qu’il vînt, n’est pas obligatoire : je voulais qu’il vienne est correct en français moderne, la première forme appartenant au registre littéraire. Pour situer ces nuances, voyez nos registres de langue.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un solécisme et un barbarisme ?
Le solécisme est une faute de construction de la phrase avec des mots corrects ; le barbarisme est un mot qui n’existe pas ou une forme déformée, comme « ils croivent ».
D’où vient le mot solécisme ?
Du nom de Soles, cité de Cilicie dont les habitants parlaient un grec réputé fautif.
Comment progresser ?
En relisant les constructions des verbes dans le dictionnaire et en s’entraînant : voyez nos homophones et paronymes, nos difficultés courantes, les termes officiels et notre quiz de langue française. Toutes nos pages sont réunies dans l’index langue française.
Citation sur le français :
« Ce qui n’est pas clair n’est pas français. »
Antoine de Rivarol, Discours sur l’universalité de la langue française (1784)