Hypersensibilité : comment l’apprivoiser et en faire une force

Toujours sur le qui-vive, ressentant et réagissant de façon amplifiée, les personnes hypersensibles vivent le monde avec une intensité particulière. L’hypersensibilité n’est pas une maladie mais un trait de personnalité, que partagerait une personne sur cinq, voire près d’une sur trois. Parfois épuisante, l’hypersensibilité peut aussi devenir une force, à condition d’apprendre à l’apprivoiser. Définition, origines, traits communs et conseils : voici ce que l’on sait aujourd’hui de l’hypersensibilité.

Qu’est-ce que l’hypersensibilité ?

C’est une sensibilité très forte aux impressions et aux stimulations, qu’elles viennent de l’extérieur ou de soi-même. Le concept a été popularisé dans les années 1990 par la psychologue américaine Elaine Aron, qui parle de personnes hautement sensibles et, en termes scientifiques, de « sensibilité de traitement sensoriel ». Ce n’est pas un trouble ni un diagnostic, mais un trait de tempérament, plus ou moins marqué selon les individus.

Elaine Aron le résume par quatre caractéristiques :

  • Un traitement en profondeur de l’information : l’hypersensible réfléchit beaucoup, analyse et relie les informations entre elles.
  • Une surstimulation rapide : bruit, foule, lumière vive ou agenda chargé l’épuisent plus vite que les autres.
  • Une forte réactivité émotionnelle et une grande empathie : les émotions, les siennes comme celles des autres, sont ressenties avec intensité.
  • Une sensibilité aux détails : les nuances, les odeurs, les changements d’ambiance ou d’humeur ne lui échappent pas.

Combien de personnes sont hypersensibles ?

Elaine Aron estimait que 15 à 20 % de la population est hypersensible. Une étude publiée en 2018 dans la revue Translational Psychiatry, portant sur plus de 900 adultes, a affiné ce chiffre en distinguant trois groupes, désignés par des fleurs :

  • Les orchidées (31 %), très sensibles, qui s’épanouissent dans un environnement favorable mais souffrent davantage d’un environnement difficile.
  • Les tulipes (40 %), moyennement sensibles.
  • Les pissenlits (29 %), peu sensibles, qui poussent à peu près partout.

La sensibilité est donc moins une catégorie à part qu’un continuum. Rien ne prouve en revanche que les hypersensibles soient de plus en plus nombreux : il s’agit d’un trait de tempérament, et non d’une réaction à l’époque.

D’où vient l’hypersensibilité ?

L’hypersensibilité est en partie héréditaire. Une étude sur des jumeaux, publiée en 2020 par une équipe de l’université Queen Mary de Londres, attribue 47 % des différences de sensibilité entre les individus à des facteurs génétiques, le reste dépendant de l’environnement et de l’histoire personnelle.

Ce trait se retrouve aussi chez plus d’une centaine d’espèces animales. Les chercheurs y voient une stratégie de survie : dans un groupe, une minorité d’individus observe et réfléchit avant d’agir, quand la majorité fonce. Enfin, les hypersensibles réagissent plus fortement à leur environnement, dans les deux sens : une enfance difficile les marque davantage, mais un environnement bienveillant leur profite aussi plus qu’aux autres.

Les traits communs aux hypersensibles

Pêle-mêle, les personnes hypersensibles :

  • ressentent et extériorisent fortement leurs émotions, joie, colère ou surprise ;
  • s’investissent pleinement dans leurs relations, perçoivent intensément l’humeur des autres et sont très sensibles à l’injustice ;
  • se posent beaucoup de questions, pratiquent l’introspection et peuvent se montrer inquiètes ;
  • ont une riche vie intérieure, beaucoup d’imagination et une sensibilité artistique marquée ;
  • sont consciencieuses, souvent perfectionnistes et très investies dans leur travail ;
  • sont curieuses et créatives ;
  • ont parfois du mal à s’endormir après une journée chargée ;
  • manquent souvent de confiance en elles et se sentent facilement coupables ;
  • fuient les conflits, les commérages et les situations de stress, et sont sensibles au regard des autres.

Comment apprivoiser son hypersensibilité ?

Sollicité en permanence, l’hypersensible s’épuise vite. Quelques pistes aident à retrouver de l’équilibre :

  • Mieux se connaître : repérer ce qui épuise et ce qui apaise.
  • Prendre du recul face aux personnes et aux situations trop énergivores, et ne pas se laisser envahir par les émotions des autres.
  • Écouter ses propres besoins au lieu de toujours s’adapter à ceux des autres.
  • Alléger son agenda, se fixer des limites et garder du temps pour soi.
  • Prévoir des pauses au calme après une période de surstimulation, et limiter les écrans avant de se coucher.
  • Prendre son temps dans les situations difficiles avant de réagir, pour relativiser.
  • Bouger et se ressourcer : yoga, méditation, marche dans la nature ou activité physique régulière aident à évacuer les tensions.
  • Être patient : changer sa façon de réagir prend du temps.

Si l’anxiété, la tristesse ou l’épuisement deviennent envahissants, un psychologue peut aider à faire la part des choses : l’hypersensibilité n’est pas une maladie, mais elle peut s’accompagner de souffrances qui méritent d’être prises en charge.

L’hypersensibilité, une force

Les qualités des hypersensibles sont de plus en plus appréciées, y compris dans le monde du travail :

  • Leur empathie en fait des collègues et des proches attentifs, sur qui l’on peut compter.
  • Leur sens du détail et leur traitement approfondi de l’information les rendent précis et intuitifs.
  • Leur créativité et leur sensibilité artistique enrichissent les projets auxquels ils participent.

Pour Elaine Aron, la sensibilité n’a rien d’un défaut : beaucoup d’hypersensibles sont des travailleurs créatifs et consciencieux, des partenaires attentionnés et des esprits réfléchis. Se sentir en décalage avec les autres peut être source de souffrance, mais apprendre à connaître son fonctionnement, à poser des limites et à prendre soin de soi permet de vivre sereinement avec ce trait, et même d’en faire un atout.

Questions fréquentes

L’hypersensibilité est-elle une maladie ?

Non. C’est un trait de tempérament, partagé par une part importante de la population. Elle peut toutefois s’accompagner d’anxiété ou d’épuisement, qui justifient alors de consulter.

Comment savoir si l’on est hypersensible ?

Elaine Aron a mis au point un questionnaire de 27 questions, la Highly Sensitive Person Scale, qui permet de se situer. Il donne une indication, pas un diagnostic.

L’hypersensibilité est-elle héréditaire ?

En partie : selon une étude sur des jumeaux, près de la moitié des différences de sensibilité entre les individus s’explique par la génétique.

Quelle différence entre hypersensibilité et timidité ?

La timidité est une peur du jugement des autres ; l’hypersensibilité est une façon de percevoir et de traiter intensément les stimulations. Une personne hypersensible n’est pas forcément timide.