Un grand peintre, un chef d’oeuvre : Edvard Munch – Le Cri

Edvard Munch, né le 12 décembre 1863 à Ådalsbruk, en Norvège, et mort le 23 janvier 1944 à Oslo, est un peintre et graveur norvégien, considéré comme l’un des pionniers de l’expressionnisme. Hanté par la maladie, l’angoisse et la mort, Edvard Munch a fait de ses tourments intimes la matière même de sa peinture. Auteur du célèbre Cri, Edvard Munch a produit une œuvre immense, aujourd’hui conservée pour l’essentiel à Oslo.

Edvard Munch, une enfance marquée par la maladie et la mort

Edvard Munch naît avec une constitution fragile. Son père, Christian Munch, médecin militaire issu d’une famille bourgeoise et puritaine, est un homme très pieux et tourmenté. Sa mère, de vingt ans sa cadette, meurt de la tuberculose en 1868, à l’âge de trente ans, après cinq grossesses. Sa sœur, Karen Bjølstad, tante des enfants, reprend alors le rôle maternel et encourage leurs dispositions artistiques.

Le malheur continue de frapper la famille. Edvard souffre de bronchites chroniques. Sa sœur aînée, Sophie, meurt de la tuberculose à 15 ans, en 1877. Sa sœur cadette, Laura, atteinte de troubles psychiques, passera une grande partie de sa vie en institution. Son frère Andreas, devenu médecin, meurt d’une pneumonie en 1895, quelques mois après son mariage. Munch est ainsi marqué très jeune par la tristesse, la maladie et la mort de ses proches.

Formation et premières œuvres

À seize ans, il veut devenir peintre, mais son père l’oblige à suivre des études d’ingénieur. Après un an à l’école technique, il se consacre entièrement à l’art. Il étudie à l’école royale de dessin de Kristiania, l’actuelle Oslo, et se place sous l’influence de Christian Krohg, figure majeure du naturalisme norvégien. Ses premières œuvres, imprégnées du réalisme français, révèlent déjà un grand talent. En 1885, une bourse lui permet un premier séjour à Paris.

La même année, il commence l’un de ses tableaux majeurs, L’Enfant malade, inspiré de la mort de sa sœur Sophie. Il dira plus tard : « La plupart de mes œuvres ultérieures doivent leur existence à ce tableau. » En quête d’une « première impression », d’une expression picturale capable de transcrire une expérience douloureuse, il gratte et retravaille la toile. La critique est très sévère. À la fin des années 1880, il entreprend aussi une vaste autobiographie littéraire, mêlée de dessins, dans laquelle il consigne sa vie et les affres de l’existence moderne.

Paris, Berlin et la Frise de la vie

À l’automne 1889, une nouvelle bourse le conduit à Paris, où il fréquente l’atelier de Léon Bonnat et découvre les recherches des impressionnistes et des symbolistes. En novembre, il apprend la mort de son père. Dans Nuit à Saint-Cloud (1890), il peint un intérieur plongé dans la pénombre bleue, où un homme en haut-de-forme contemple la Seine par la fenêtre : une méditation sur le deuil et la solitude. C’est aussi à Saint-Cloud qu’il rédige une sorte de manifeste, où il affirme vouloir peindre « des êtres vivants qui respirent, sentent, souffrent et aiment ».

À l’automne 1892, son exposition à Berlin fait scandale et doit fermer au bout de quelques jours : l’« affaire Munch » le rend célèbre. Installé à Berlin, il fréquente le cercle d’écrivains et d’artistes réuni autour du dramaturge suédois August Strindberg, où l’on discute de Nietzsche, d’occultisme et de sexualité. En décembre 1893, il présente les premiers tableaux de La Frise de la vie, « un poème sur la vie, l’amour et la mort », avec notamment La Tempête, La Nuit étoilée, La Mort dans la chambre de la malade et Le Cri.

Il poursuit en 1894 avec L’Angoisse, Cendres, Madone et Sphinx, aussi appelé La Femme en trois étapes, tableau monumental d’esprit symboliste. La même année paraît le premier ouvrage consacré à son œuvre.

La maturité d’Edvard Munch : gravure, portraits et crise

En 1896, Munch s’installe à Paris et se concentre sur l’estampe : il excelle dans la lithographie en couleurs et invente une technique de gravure sur bois découpée en morceaux, qui permet d’encrer chaque partie d’une couleur différente. Il travaille chez l’imprimeur Auguste Clot, qui tire aussi les lithographies de Toulouse-Lautrec. Admirateur de Van Gogh et de Gauguin, il adopte dans ses tableaux un style plus décoratif, proche des nabis.

En 1902, la Sécession berlinoise expose pour la première fois l’ensemble de la Frise de la vie. Il achète la même année un appareil photographique Kodak et réalise de nombreux autoportraits photographiques. Sa vie personnelle est faite d’excès, d’alcool et de liaisons tumultueuses : une dispute avec sa compagne Tulla Larsen, en 1902, se solde par un coup de feu qui lui arrache une phalange de la main gauche. Il multiplie alors les portraits en pied, dont Les Quatre Fils du docteur Max Linde (1903), considéré comme un chef-d’œuvre du portrait moderne.

En 1906 et 1907, il peint La Mort de Marat et conçoit pour le metteur en scène Max Reinhardt les décors des Revenants d’Ibsen. Épuisé par l’alcool et l’anxiété, il s’effondre en 1908 à Copenhague et séjourne plusieurs mois dans une clinique psychiatrique. Il en ressort sobre, et sa peinture se fait plus lumineuse.

Les dernières années d’Edvard Munch

De retour en Norvège, il remporte le concours de décoration de l’aula de l’université de Kristiania : ses immenses peintures, dominées par Le Soleil, allégories des disciplines universitaires et paysages norvégiens, sont inaugurées en 1916. La même année, il achète la propriété d’Ekely, près d’Oslo, où il vit dans une grande solitude, entouré de ses œuvres, qu’il appelle ses « enfants ».

En 1937, les nazis, qui assimilent son œuvre à de l’« art dégénéré », retirent 82 de ses tableaux des musées allemands. Profondément attaché à l’Allemagne, qu’il considérait comme sa seconde patrie, Munch en est meurtri. Il meurt à Ekely en janvier 1944, à 80 ans, en léguant à la ville d’Oslo l’ensemble des œuvres qu’il possédait : des milliers de peintures, de dessins et d’estampes, ainsi que ses carnets et écrits. Ce legs est à l’origine du musée Munch.

Un chef-d’œuvre : Le Cri

Probablement son œuvre la plus connue, Le Cri appartient à la Frise de la vie. Sur un pont dominant le fjord d’Oslo, depuis la colline d’Ekeberg, une figure squelettique se prend la tête entre les mains, bouche ouverte, sous un ciel embrasé de rouge et d’orange. Selon l’interprétation la plus répandue, le personnage ne crie pas : il se bouche les oreilles pour ne plus entendre un cri qui traverse la nature.

L’œuvre a une forte dimension autobiographique. Dans un texte de son journal, Munch décrit la scène : « Je me promenais sur un sentier avec deux amis. Le soleil se couchait. Tout d’un coup, le ciel devint rouge sang. Je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture. Il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir et de la ville. Mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété. Je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers et qui déchirait la nature. »

Le Cri d'Edvard Munch, figure se tenant la tête sous un ciel rouge au-dessus du fjord d'Oslo

Les versions du Cri

Munch a décliné le motif à plusieurs reprises, selon différentes techniques :

  • La peinture de 1893 : tempera et pastel sur carton, conservée au Musée national d’Oslo. En haut du ciel, une petite inscription au crayon, « ne peut avoir été peint que par un fou », a été attribuée à Munch lui-même en 2021.
  • Le pastel de 1893 : conservé au musée Munch d’Oslo.
  • Le pastel de 1895 : la seule version en mains privées, vendue aux enchères en 2012 pour près de 120 millions de dollars.
  • La lithographie de 1895 : en noir et blanc, tirée à plusieurs exemplaires, qui a largement diffusé l’image.
  • La peinture vers 1910 : tempera sur carton, conservée au musée Munch.

Deux versions ont été volées : celle du Musée national en 1994, le jour de l’ouverture des Jeux olympiques de Lillehammer, et celle du musée Munch en 2004. Toutes deux ont été retrouvées.

Aux sources du Cri : trois hypothèses

Le visage du personnage, l’élément le plus déroutant de la toile, a suscité plusieurs explications. Lors de l’Exposition universelle de Paris de 1889, Munch aurait pu voir une momie péruvienne de la culture Chachapoya, recroquevillée, les mains encadrant le visage, dont la ressemblance avec la figure du Cri est frappante.

Le ciel, lui, a inspiré deux hypothèses scientifiques. La première l’associe à l’éruption du Krakatoa, en 1883, dont les cendres ont provoqué pendant des mois des couchers de soleil d’un rouge spectaculaire jusqu’en Europe. La seconde, plus récente, évoque les nuages nacrés, formés l’hiver dans la stratosphère, entre 20 et 30 km d’altitude, près des régions polaires : leurs minuscules cristaux de glace irisent le ciel au coucher du soleil. Ces nuages rares ont été décrits dès 1885 par l’astronome Robert Leslie, et le caractère unique de l’expérience décrite par Munch rend cette explication plausible.

Un tableau devenu icône

Reproduit un nombre incalculable de fois, Le Cri appartient aujourd’hui à la mémoire collective mondiale. Souvent présenté comme l’une des images les plus reconnaissables de l’histoire de l’art, avec La Joconde, il a été repris par Andy Warhol, détourné par la publicité et le cinéma, et a même inspiré l’émoji du visage hurlant de peur. Il incarne l’angoisse de l’homme moderne, ce qui explique sa résonance, plus d’un siècle après sa création.

Où voir les œuvres d’Edvard Munch ?

À Oslo, le musée MUNCH, inauguré en 2021 dans un édifice vertical au bord du fjord, dans le quartier de Bjørvika, conserve l’essentiel du legs de l’artiste. Il a succédé au premier musée Munch, ouvert en 1963. Le Musée national d’Oslo, rouvert en 2022, présente la version peinte du Cri de 1893 et plusieurs chefs-d’œuvre, dont L’Enfant malade et Madone. L’aula de l’université d’Oslo abrite toujours ses grandes peintures murales.

Questions fréquentes

Combien existe-t-il de versions du Cri ?

Munch a réalisé deux peintures, deux pastels et une lithographie tirée à plusieurs exemplaires, sans compter les dessins préparatoires.

Où est exposé Le Cri ?

À Oslo : la peinture de 1893 au Musée national, le pastel de 1893 et la peinture de 1910 au musée MUNCH, qui les expose en alternance pour les protéger de la lumière.

Pourquoi le ciel du Cri est-il rouge ?

Munch décrit un coucher de soleil « rouge sang ». Les chercheurs évoquent les couchers de soleil causés par l’éruption du Krakatoa ou des nuages nacrés, mais la couleur traduit aussi l’angoisse intérieure du peintre.

À quel mouvement appartient Edvard Munch ?

Il est considéré comme l’un des pionniers de l’expressionnisme, après une première période naturaliste et une phase symboliste.

Citation :

« On ne peindra plus d’intérieurs, de gens qui lisent et de femmes qui tricotent. Ce seront des êtres vivants qui respirent, sentent, souffrent et aiment. »

Edvard Munch, carnets de Saint-Cloud

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