Les images d’Épinal sont des estampes populaires aux couleurs vives, qui illustrent des contes, des scènes religieuses, des batailles ou des jeux. Vendues autrefois par les colporteurs dans toute la France, les images d’Épinal doivent leur nom à la ville des Vosges où Jean-Charles Pellerin les a éditées en série à partir de 1796. Si célèbres qu’elles sont entrées dans la langue, les images d’Épinal désignent aussi, au sens figuré, une vision naïve et embellie de la réalité.
Qu’est-ce que les images d’Épinal ?
Une image d’Épinal est une feuille imprimée, souvent découpée en vignettes accompagnées d’un texte, qui raconte une histoire ou présente un sujet de façon simple et colorée. Destinées à un large public, y compris à ceux qui ne savaient pas lire, elles ont longtemps servi à la fois de décoration, de jeu, de livre d’images et de support d’éducation. Les images de piété des débuts ont peu à peu laissé place aux contes, aux soldats, aux personnages historiques, aux devinettes et aux constructions à découper.
L’histoire des images d’Épinal
En 1735, les graveurs sur bois Nicolas et Gabriel Pellerin s’installent à Épinal. Fils de Nicolas, Jean-Charles Pellerin (1756-1836), marchand cartier et dominotier, c’est-à-dire fabricant de cartes à jouer et de papiers décorés, fonde en 1796 l’imagerie qui porte son nom. La région lui offre des atouts : des artisans cartiers et dominotiers, du bois et des rivières. D’abord artisanale, l’imagerie devient peu à peu une véritable industrie.
À l’origine, chaque image est gravée sur une planche de bois, une technique appelée xylographie, puis imprimée sur une presse à bras. Les couleurs sont ensuite posées à la main, au pochoir, avec une brosse ronde. Dans la première moitié du XIXe siècle, l’imagerie connaît un grand succès avec les images consacrées à Napoléon, à ses maréchaux et à ses victoires, gravées notamment par François Georgin : elles contribuent à la construction de la légende napoléonienne.


Vers 1850, l’imagerie adopte la lithographie, une technique d’impression sur pierre inventée à la fin du XVIIIe siècle, qui offre aux dessinateurs beaucoup plus de finesse. À son apogée, l’Imagerie d’Épinal emploie plus de 150 salariés et produit 12 à 13 millions de planches, avec des éditions en langues étrangères exportées jusqu’en Amérique et dans la Russie des tsars. Au début du XXe siècle, elle est connue dans le monde entier.
Des images d’Épinal pour les enfants
Au XIXe siècle, l’imagerie s’adresse de plus en plus aux enfants, devenus des clients à part entière. Elle publie des contes, des jeux de l’oie, des soldats et des poupées à découper, des théâtres de papier et des maquettes à construire. À partir de la fin du XIXe siècle, les devinettes connaissent un grand succès : il faut retrouver un objet ou un personnage caché dans le dessin, grâce à un petit texte. Distribuées par les parents ou à l’école comme bons points, ces images récompensent les enfants sages. Pendant la Première Guerre mondiale, les sujets militaires connaissent aussi une large diffusion. L’imagerie a également illustré des thèmes plus anciens, comme le pays de Cocagne, ce pays imaginaire de l’abondance.

Du déclin au rachat par la ville d’Épinal
La production décline au cours du XXe siècle. Le 5 juin 1984, l’Imagerie Pellerin dépose son bilan. Elle est aussitôt reprise par un groupe d’une cinquantaine d’actionnaires locaux et devient l’Imagerie d’Épinal en octobre 1984. Les nouveaux dirigeants font appel à des auteurs de bande dessinée et à de grands illustrateurs pour renouveler la production. En 2014, Christine Lorimy et Pacôme Vexlard reprennent l’entreprise, qui obtient le label Entreprise du patrimoine vivant, et un label « Images d’Épinal » est créé la même année pour garantir le respect des codes de ces images.
Un long conflit oppose ensuite les dirigeants à la municipalité au sujet du bail des bâtiments, jusqu’à une décision de la Cour de cassation favorable à la commune. Le 18 décembre 2025, le conseil municipal vote à l’unanimité le rachat de l’Imagerie, pour un peu plus de 605 000 euros, avec l’aide de l’État, de la Région Grand Est et du département des Vosges. Depuis le 1er janvier 2026, pour la première fois de son histoire, l’Imagerie d’Épinal appartient au domaine public. Ses ateliers ont rouvert aux visiteurs à l’été 2026.
Un patrimoine classé
Le fonds de l’Imagerie est exceptionnel. La collection de 1 344 bois gravés est classée monument historique depuis le 23 octobre 1991. S’y ajoutent près de 7 000 pierres lithographiques des XIXe et XXe siècles, conservées dans une cave elle aussi protégée, 23 machines anciennes classées et plusieurs centaines de milliers d’images. Juste en face, le musée de l’Image, ouvert par la ville en 2003, présente les collections d’imagerie populaire. Ensemble, les deux lieux forment ce qu’on appelle la cité de l’Image.

L’expression « image d’Épinal »
Le succès populaire des images d’Épinal a donné naissance à une expression. Une « image d’Épinal » désigne, au sens figuré, une représentation simpliste, traditionnelle et naïve, qui ne montre que le bon côté des choses, proche du cliché ou du stéréotype. On dit par exemple que la vie de château ou la campagne d’autrefois relèvent de l’image d’Épinal. L’expression rejoint d’autres tournures imagées du français, à découvrir parmi nos expressions avec des couleurs et nos expressions françaises à connaître.
Questions fréquentes
Pourquoi parle-t-on d’images d’Épinal ?
Parce que la plus célèbre des imageries populaires, fondée par Jean-Charles Pellerin en 1796, se trouvait à Épinal, dans les Vosges.
Peut-on encore visiter l’Imagerie d’Épinal ?
Oui, la boutique et les ateliers historiques sont ouverts au public, et le musée de l’Image se trouve juste en face.
Que signifie l’expression « image d’Épinal » ?
Elle désigne une vision idéalisée et naïve, qui ignore la complexité ou les aspects négatifs d’une réalité.
« Une image vaut mille mots. »
Fred R. Barnard