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NOTRE-DAME DE PARIS : les fascinantes gargouilles et chimères

La cathédrale Notre Dame de Paris est dotée de gargouilles et de chimères remarquables de part leur inspiration, leur esthétique et leur fonction utilitaire ou symbolique.

Les gargouilles

Datant du Moyen Âge, les gargouilles de Notre-Dame ont une fonction première utilitaire, celle d’évacuer l’eau de pluie de la toiture. Placées aux extrémités des conduits d’écoulement des eaux, dépassant dans le vide, elles évacuent les masses d’eau loin des murs de la cathédrale.

Pour éviter les longues pentes dans les chéneaux et réduire chaque chute d’eau à un mince filet d’eau, elles ont été peu à peu multipliées devenant plus fines et plus décorées. Elles prennent généralement la forme d’animaux fantastiques, voire effrayants.

Les principales sources d’inspiration sont les bestiaires, dont le plus connu, Physiologus, ouvrage du IIe siècle, qui donne aux animaux, réels ou imaginaires une signification chrétienne. Vers la fin du XIIIe siècle, les gargouilles devenant plus élaborées, des figures humaines ont remplacé les modèles d’animaux. Celles situées sur les grands arcs-boutants du chœur sont particulièrement remarquables.

Repoussant symboliquement le mal, les gargouilles sont les gardiens de l’édifice contre les démons et les pêcheurs.

Les chimères

Les chimères sont des statues fantastiques, diaboliques, souvent grotesques. Elles ont un but décoratif et symbolique.

Elles se trouvent au sommet de la façade de la cathédrale et au niveau de la balustrade de la galerie supérieure reliant les deux tours et se prolonge sur les quatre faces de ces dernières (Galerie des chimères). Tous les angles de la balustrade servent de support ou de perchoir à des démons, des monstres et des oiseaux fantastiques. 

N’existant pas au Moyen Âge, elles ont été ajoutées par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc lors de la grande restauration de la cathédrale (1845-1864), leur réalisation et leur installation s’étalant de 1855 à 1856.

Ces statues monumentales, grotesques et effrayantes, ont pour vocation de recréer l’atmosphère fantastique du Moyen Âge. Conçues et dessinées par Viollet-le-Duc, elles s’inspirent des caricatures d’Honoré Daumier, d’une édition illustrée de Notre-Dame de Paris de 1844 et de ses propres illustrations des Voyages pittoresques et romantiques dans l’ancienne France et des obsessions du XIXe siècle.

Fasciné par Victor Hugo, l’architecte Viollet-le-Duc imposa son Moyen Age, celui imaginé au XIXe siècle au lendemain de la Révolution française et de la Restauration. Ce médiévalisme populaire, national, communal était alors  l’un des enjeux de l’identité européenne et occidentale.

Forme de rêve gothique du balcon de la cathédrale (le meilleur point de vue sur la capitla à cette époque), les chimères regardent la ville, rendue monstrueuse par le baron Haussmann, alors que le peuple de la ville regarde d’en bas les gargouilles, un peu comme des Fleurs du mal. A travers ces artefacts, la cathédrale restaurée révèle les peurs, les comportements et les obsessions laissées en héritage par le XIXe siècle : violence politique, racisme, eugénisme, évolution…

Les statues furent réalisées par une équipe de quinze grands sculpteurs du XIX ème siècle (le principal étant Victor Pyanet) rassemblés autour de Geoffroy-Déchaume.

C’est « pour se protéger de ces démons que l’artiste médiéval les tourne en dérision » selon l’historien d’art Michael Camille. Installées en haut de la cathédrale, ces créatures monstrueuses contemplent Paris et se divertissent de ses turpitudes.

Parmi celles-ci, le Basilic est un petit dragon dont le souffle empoisonné tue les hommes comme les végétaux. Viollet-le-Duc a pris soin de couler les antérieurs de la bête dans la masse de la cathédrale.

Le Griffon a une tête et des ailes de rapace et un corps de lion. Au Moyen-âge, il peuplait armoiries, œuvres littéraires et bestiaires.

Le griffon de Notre-Dame semble mélancolique. Il est inversé dans sa composition, avec une tête de mammifère et un corps d’oiseau, comme si Viollet-le-Duc jouait avec le répertoire des formes pour recomposer son propre bestiaire.

Le Chien tricéphale est une créature des enfers un peu décalée dans l’univers médiéval de Notre-Dame.  De physionomie famélique et maladive, plus inquiétant que menaçant, il évoque le temps des épidémies, des disettes, la légende noire d’un millénaire emprunt de foi, de crainte et d’incertitude.

La plus célèbre d’entre tous est la Stryge, esprit nocturne malfaisant semblable au vampire. Démon femelle ailé, mi-femme, mi-oiseau poussant des cris perçants, elle apparait dès l’Antiquité dans la croyance romaine, s’en prenant aux nouveau-nés, suçant leur sang, ou les enlevant avec ses serres crochues. 

Dessinée par Viollet-le-Duc, elle a été immortalisée par la gravure de Charles Meryon en 1853 et la photographie de Charles Nègre la même année.

La stryge, chimère fantastique démonique et sardonique à la tête de femme et au corps d’oiseau, a été réinterprétée par Viollet-le-Duc. Sans n’être jamais citée dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, elle est souvent associée au roman de par son allure gothique et fantasmagorique. Des cinquante-quatre « bêtes » sculptées d’après Viollet-le-Duc, c’est la seule qui soit individualisée. En contrepoint de la grande façade gothique restaurée, ce personnage monstrueux de fantaisie, peu visible du sol, en appelle à l’imagination romantique, faisant référence à Quasimodo, le héros du roman noir de Victor Hugo, Notre-Dame de Paris, publié en 1831 et complété en 1832. Entre sculpture et architecture, entre gravure et photographie, elle évoque la nostalgie du vieux Paris médiéval face au nouveau Paris.

Peu féminine et agressive, elle semble observer le monde du passé, celui de la magie et du sortilège. La Stryge va finir par prendre une dimension mythique au point de devenir l’une des plus célèbres images de la capitale.

Une cinquantaine d’autres chimères observent Paris des hauts de Notre Dame.

Utilitaires, protectrices ou symboliques, gargouilles et chimères donnent à la cathédrale une couleur médiévale prononcée, véhiculant ses craintes, ses légendes et la nostalgie d’un monde ésotérique ou fabuleux perdu.

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