Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche tarpéienne : origine et signification

« Il n’y a pas loin du Capitole à la Roche tarpéienne » est une expression qui remonte à l’Antiquité romaine et qui symbolise le passage rapide de la gloire à la déchéance. Dire qu’il n’y a pas loin du Capitole à la Roche tarpéienne, c’est rappeler que le sommet du pouvoir et des honneurs n’est jamais éloigné de la chute et de la ruine. Aujourd’hui encore, on invoque qu’il n’y a pas loin du Capitole à la Roche tarpéienne pour commenter la disgrâce soudaine d’une personnalité politique, sportive ou médiatique.

Signification de l’expression

  • Le passage de la célébrité à l’oubli, des honneurs à la déchéance, peut être très rapide : le sommet n’est jamais loin de la chute et les honneurs n’empêchent pas la ruine.
  • On peut passer en très peu de temps du succès à l’oubli, être riche et couvert d’honneurs un jour, ruiné ou disgracié le lendemain.
  • L’expression met aussi en garde : la meilleure façon de faire tomber quelqu’un est parfois de commencer par l’inviter à monter le plus haut possible.
  • Elle s’emploie aujourd’hui pour commenter la chute rapide d’une personnalité au sommet de son pouvoir ou de sa notoriété.

Origine de l’expression : le Capitole et la Roche tarpéienne

L’expression traduit une citation latine : Arx tarpeia Capitoli proxima, « la roche tarpéienne est proche du Capitole ». Le Capitole était la plus petite des sept collines de Rome, mais la plus importante par son statut de cœur du pouvoir religieux de la République romaine. S’y élevait le temple de Jupiter et de ses compagnes, les déesses Junon et Minerve, formant ensemble la triade capitoline : c’était le lieu le plus sacré de Rome.

  • Lorsqu’un général remportait une grande victoire, le Sénat l’autorisait, à titre de récompense, à conduire son char depuis le champ de Mars jusqu’au temple de Jupiter, au sommet du Capitole, lors d’une cérémonie fastueuse.
  • Mais sur l’autre versant de cette même colline, à faible distance, se trouvait la Roche tarpéienne : un éperon rocheux d’où les condamnés à mort étaient précipités dans le vide.
  • Du lieu où l’on était couvert d’honneurs au lieu où l’on était exécuté, il n’y avait donc que quelques pas : d’où l’expression.

La légende de Tarpeia, à l’origine du nom de la Roche tarpéienne

Selon Plutarque, le nom de la roche vient de Tarpeia, fille de Spurius Tarpéius, commandant de la garnison du Capitole. Du haut des murailles, elle avait aperçu les bracelets d’or que les soldats sabins encerclant le Capitole portaient au bras gauche.

  • Voulant obtenir ces bijoux, elle dépêcha sa servante auprès du roi des Sabins, Tatius, pour négocier une trahison : elle ouvrirait de nuit l’une des portes de la citadelle contre les bracelets d’or des soldats.
  • La nuit venue, les Sabins pénétrèrent dans le Capitole par la porte ouverte par Tarpeia et s’en emparèrent.
  • Une fois maîtres de la place, Tarpeia réclama son dû. Tatius accepta : le premier soldat détacha son bracelet et le lui lança avec son bouclier. Tous les autres suivirent, si bien qu’ensevelie sous les boucliers, elle mourut écrasée.
  • Elle fut enterrée à l’endroit même où elle avait succombé à sa convoitise. Le nom de Tarpeia, d’abord donné à l’ensemble de la colline, fut ensuite réservé à l’un de ses rochers.

Marcus Manlius, du sommet du Capitole à la Roche tarpéienne

L’histoire de Marcus Manlius illustre à elle seule tout le sens de l’expression. En 390 avant J.-C., les Romains subissent une lourde défaite face aux tribus gauloises commandées par Brennus et se replient au Capitole. Trois jours plus tard, les Gaulois entrent dans Rome, encerclent la citadelle et décident de la prendre d’assaut de nuit.

  • Les Gaulois atteignent le sommet des murailles dans un silence total, mais l’attaque est déjouée par les oies sacrées du temple de Junon, qui réveillent par leurs cris l’ancien consul Marcus Manlius.
  • Celui-ci donne l’alerte et repousse le premier soldat ayant franchi la muraille. Marcus Manlius devient un héros de la République romaine, couvert d’honneurs.
  • Mais son orgueil s’amplifie : il accuse le Sénat d’avoir détourné l’or des Gaulois et soutient les revendications du peuple, ce qui fait soupçonner qu’il aspire au pouvoir, voire au despotisme.
  • Emprisonné puis libéré à la demande du peuple, il persévère dans sa conduite, est accusé une seconde fois et condamné à être précipité du haut de la Roche tarpéienne, là même où, quelque temps plus tôt, il avait connu la gloire.

Un lieu d’exécution jusqu’à la fin de la République romaine

Après le destin de Tarpeia, le rocher devient un lieu d’exécution capitale. Jusqu’à la fin de la République romaine, on y précipite les criminels, et en particulier ceux reconnus coupables de faux témoignage ou de haute trahison, un châtiment jugé à la mesure du plus sacré des lieux qui le surplombait.

Une expression toujours d’actualité

Deux mille ans après Marcus Manlius, l’expression reste vivante dans la langue française. On la retrouve régulièrement dans la presse politique pour décrire la chute soudaine d’un ministre, d’un chef d’entreprise ou d’une célébrité au sommet de sa gloire la veille encore. Elle rappelle une constante universelle : le pouvoir et la notoriété exposent autant qu’ils protègent.

Questions fréquentes

  • D’où vient l’expression « du Capitole à la Roche tarpéienne » ? Elle traduit la citation latine Arx tarpeia Capitoli proxima, les deux lieux étant géographiquement et symboliquement voisins sur la même colline romaine.
  • Qui était Tarpeia ? La fille du commandant de la garnison du Capitole, qui trahit la cité contre des bracelets d’or et donna son nom au rocher.
  • Qui a été précipité de la Roche tarpéienne ? Des criminels, des traîtres, des faux témoins, et le général Marcus Manlius, ancien héros de Rome.
  • Que signifie l’expression aujourd’hui ? Qu’une chute peut suivre de très près un sommet de gloire ou de pouvoir.

Citation sur les proverbes :

« Un proverbe est une réflexion intemporelle de sagesse populaire. »

Pierre Salin

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