TIMIDITÉ DES ARBRES : l’expression d’une coopération remarquable

Certaines arbres, dont les chênes verts et les pins parasols, gardent à leurs cimes une certaine distance entre eux. Ce phénomène dit de « timidité » des arbres s’observe parfois  au niveau des racines. Il s’avère comme la marque d’une coopération remarquable entre arbres.

De quoi s’agit-il ?

Observé dès 1955 par le botaniste Maxwell R. Jacobs auprès de diverses populations d’eucalyptus, ce phénomène de «timidité royale» se produirait entre arbres poussant côte à côte, généralement de même espèce.

Un mécanisme se déclencherait permettant à leurs cimes de ne pas se toucher, laissant entre elles une “fente de timidité” de 10 cm à 1 m de large ; la canopée, l’étage supérieur de la forêt, prenant alors l’allure d’un puzzle.

Cette timidité des cimes ou de la couronne est également appelée désengagement ou timidité de la canopée. Ce terme vient de l’expression anglophone crown shyness (timidité de la courronne) donnée au phénomène.

Quelles espèces sont concernées ?

Les chênes verts du midi, les pins parasols du cap d’Antibes et certaines espèces tropicales, telles que les palétuviers noirs, les camphriers, les eucalyptus, les épinettes de Sitka et les mélèzes, sont dans ce cas. La timidité la plus impressionnante, la plus tranchée, avec des formes extrêmement nettes, est celle du camphrier.

Même parmi les espèces d’arbres n’ayant pas de « fente de timidité », il est rare que les branches s’interpénètrent complètement. Les arbres sont capables de sentir la présence d’autres arbres et de reconnaître leurs congénères.

Quelles sont les explications avancées ?

Lorsque les arbres n’ont pas de voisins, ils ont tendance à s’agrandir indéfiniment. Dans le cas contraire, ils continuent à pousser verticalement mais, maîtrisent leur croissance horizontale.

Différentes raisons sont invoquées :

  • L’hypothèse la plus corroborée est que les arbres communiqueraient entre eux au moyen de signaux chimiques. Les feuilles échangeraient entre elles des hormones sous forme gazeuse; ce qui influencerait la croissance de branches mitoyennes et permettrait de respecter une certaine distance entre elles.
  • En plus des signaux chimiques, les arbres possèdent des capteurs de lumière capables de détecter la zone de lumière rouge lointaine leur permettant de percevoir la proximité d’autres individus. Un autre type de photorécepteur détectant la lumière bleue, aiderait à éviter les zones d’ombre produites par d’autres individus. Les signaux capturés par ces photorécepteurs provoqueraient une réaction de l’arbre qui s’éloignerait de l’arbre adjacent afin d’obtenir une plus grande quantité de lumière, essentielle à la photosynthèse. 
  • le maintien d’ une certaine marge d’isolement entre arbres diminuerait les risques de contamination en cas d’épidémie et limiterait la propagation des insectes envahisseurs.

Ainsi, chaque arbre pousserait ses voisins à adopter une certaine distance permettant de maximiser la collecte de ressources, de minimiser la transmission d’infections ou de parasite, d’optimiser la photosynthèse en évitant les zones de recouvrement ou d’ombre. La timidité de la couronne serait l’expression d’une coopération remarquable pour assurer la croissance de chacun dans les meilleures conditions.

Une timidité au niveau des racines

Un phénomène similaire existe au niveau des racines de certaines espèces d’arbres qui ne se mélangent jamais avec celles de leurs voisins. Les essences d’arbres concernées sont généralement différentes de celles pratiquant la « timidité des cimes ». Les raisons évoquées seraient proches de celles concernant l’espace minimum dans les cimes, à savoir assurer une croissance optimale.

Suivant l’espèce, il y aurait ainsi des arbres très « timides » d’en haut et pas d’en bas et vice versa.

Au fil des découvertes, les arbres se révèlent des organismes doués de « sensibilité » et de « langage » coopérant pour assurer leur survie collective.

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