FRANÇOISE GIROUD : citations d’une femme libre

Le monde n’a jamais été un océan de paix.
Les bêtes savent quand on est malade : elles fuient.
Les Bourses ne traduisent pas l’état des économies, mais la psychologie des investisseurs.
Les cimetières sont pleins de gens irremplaçables et qu’on n’a pas remplacés.
Les échecs ne sont pas le champ de l’intelligence, du talent, de l’imagination, mais tout bêtement celui de la pure logique mathématique.
Les femmes ne sont pas faites pour collectionner les hommes, ça les démoralise.
Les footballeurs n’ont plus de nationalité. Ils n’ont que des clubs qui ont plus ou moins d’argent pour les acheter.
Les hommes ont superbement pratiqué cette séparation à laquelle ils tiennent tant, entre leur femme – devoir, maternité, angélisme, migraine et les femmes – plaisir, putains, enfer, mystère…
Les hommes ont toujours eu beaucoup de courage pour supporter les malheurs des femmes.
Les livres que l’on écarte sont toujours ceux dont on s’aperçoit plus tard qu’on en a justement besoin.
Les premières étreintes sont toujours un peu ratées. On se jette l’un sur l’autre, à l’aveuglette ; poussé par trop de hâte on ne prend pas le temps de faire connaissance avec une peau, une odeur, un sexe étrangers.
Les raisons du commerce sont toujours les plus fortes.
Les révoltes qui se manifestent par les armes, on peut les mater. Celles qui naissent et se propagent par l’esprit sont insaisissables.
Libre, c’est le mot que l’on emploie pour les hommes. Des femmes en rupture de mariage ou de liaison, on dit qu’elles sont seules.
On ne donne pas la vie. On la transmet.
On ne possède pas un chat, c’est lui qui vous possède.
On ne prend pas une nationalité comme on prend son parapluie.
On ne retient pas la vie qui s’en va.
On ne tire pas sur une ambulance.
Par coup de foudre j’entends ce choc immédiat d’où jaillit une lumière intense, un éclair, sous laquelle vous voyez l’autre tout entier d’un seul coup d’oeil ; vous voyez tout ce que les autres ne voient pas, car l’amour, loin d’être aveugle, comme on le dit bêtement, l’amour est extralucide.
Pourquoi certains arrivent-ils toujours en avance ? Parce qu’ils pensent : « On ne m’aime pas assez pour m’attendre. » Pourquoi d’autres arrivent-ils toujours en retard ? Parce qu’ils pensent : « On doit m’aimer assez pour m’attendre. »
Quand on a du temps pour tout, on ne fait plus rien. Le travail structure, l’absence de travail déstructure. Le loisir à foison n’est pas l’idée que je me fais du bonheur d’être.
Quant aux bons souvenirs, ce sont des bijoux perdus.
Que cela plaise ou non, les Français n’aiment pas les étrangers. Les pauvres, bien sûr. Les riches, on les appelle des touristes.
Quels drôles de métiers que les métiers d’argent.
Rien n’est jamais joué si l’on se refuse à subir.
Se souvenir, c’est s’écorcher.
Seules les bêtes font des petits sans les désirer.
Seuls les vivants respectables font des morts respectables.
Si la mort me saisit cette nuit, je dirai : « Merci la vie ! »
Souvent, ceux qui sont au pouvoir se croient invulnérables.
Tout chef politique doit avoir l’instinct du tueur !
Tout se passe comme si chacun sentait vaguement que le pouvoir n’a plus de pouvoir.
Un président n’a pas d’amis.
Une femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente. 
Vieillir, c’est autre chose aussi. C’est se désintéresser.
Vivre sans téléphone portable, vous imaginez le supplice ?