Racines grecques : les plus courantes de la langue française

Les racines grecques sont partout dans le français savant : téléphone, cinématographe, pédiatre, écologie, chromosome. Depuis la Renaissance, c’est en puisant dans le grec ancien que la langue fabrique ses mots scientifiques, médicaux et techniques. Connaître les racines grecques les plus courantes permet de comprendre un mot qu’on n’a jamais rencontré. Voici un tableau de 148 racines grecques, avec leur forme, leur sens et les mots qu’elles ont donnés.

Pourquoi le français est plein de racines grecques

La mécanique date de la Renaissance et elle est toujours à l’œuvre. Quand une science a besoin d’un mot pour une chose qui n’existait pas, elle assemble deux racines grecques plutôt que d’inventer une syllabe arbitraire. Le résultat a un avantage décisif : il se comprend sans dictionnaire. Un lecteur qui sait que têle veut dire « loin » et phônê « la voix » devine ce qu’est un téléphone la première fois qu’il en entend parler.

Le français se distingue d’ailleurs des autres langues romanes sur ce point. Là où l’espagnol ou l’italien ont simplifié l’orthographe des emprunts pour la rapprocher de la prononciation, le français a conservé les graphies d’origine, avec leurs ph, leurs th, leurs rh et leurs y. C’est ce qui rend l’orthographe française difficile, et c’est aussi ce qui rend les racines reconnaissables à l’œil.

Beaucoup de ces mots ne viennent pas directement du grec : ils sont passés par le latin, qui les avait lui-même empruntés. C’est le cas de la plupart des termes de médecine et de philosophie entrés en français au Moyen Âge et à la Renaissance.

Grec ou latin ? La règle qu’on s’est longtemps imposée

Une convention non écrite, longtemps respectée par les savants, voulait qu’on ne mélange pas les racines grecques et les racines latines dans un même mot. On composait grec avec grec, latin avec latin. La règle n’a jamais eu force de loi, mais elle a tenu des siècles, et les puristes la défendent encore.

Les exceptions sont pourtant devenues banales. La plus connue est automobile, qui soude le grec autos, soi-même, au latin mobilis, qui se meut. On peut y ajouter télévision, grec têle et latin visio, ou bigamie, latin bis et grec gamos.

L’exemple que l’on cite le plus souvent est sociologie, formé du latin socius, le compagnon, et du grec logos. On l’attribue généralement à Auguste Comte, mais le mot est plus ancien : il apparaît sous la plume d’Emmanuel-Joseph Sieyès dès 1780, et Comte lui donne en 1838 le sens que nous lui connaissons. Ce n’est donc ni le premier mot hybride de la langue, ni une création de Comte.

Tableau des racines grecques les plus courantes

Les racines sont classées par ordre alphabétique de leur forme française. Les racines numériques, les racines de couleurs et celles qui sont passées telles quelles dans la langue courante n’y figurent pas : elles se reconnaissent sans aide.

Forme en françaisRacine grecqueSignificationMots dérivés
a-, an-a-, an-absence, privationanachronisme, anonyme, apathie
acou-akouôentendreacoustique, acouphène
acro-akrosélevé, extrêmeacropole, acrobate, acrophobie
-agogueagô, agôgosqui conduitpédagogue, démagogue
-agon-agôncombat, jeuantagoniste, protagoniste
-algiealgosdouleurnévralgie, lombalgie, analgésique
allo-allosautreallergie, allopathie
amphi-amphisdes deux côtés, autouramphithéâtre, amphibien
andro-anêr, androshomme, mâlepolyandrie, androgyne
anémo-anemosventanémomètre, anémone
anthropo-ánthroposhomme, être humainmisanthrope, anthropologie
anti-anticontre, opposéantibiotique, antidote
apo-apoloin deapologie, apogée
archéo-arkhaiosancien, primitifarchaïsme, archéologie
-archie, -arquearkhôcommanderanarchisme, oligarchie
arthro-arthronarticulationarthrose, polyarthrite
astro-astronétoileastronomie, astrologie
auto-autossoi-mêmeautomobile, automédication
bary-baruslourdbarycentre, baryton
biblio-biblion, -oulivrebibliothèque, bibliographie
-bi(o)-bios, -ouviebiologie, biotope
-boleballeinjeterhyperbole, parabole
caco-, cach-kakosmauvaiscacophonie, cacographie
calli-kalosbeaucalligraphie, callipyge
-cardi(o)-kardiacœurcardiologie, cardiogramme
cata-kataen bas, dessouscataclysme, catacombes
-céphal-kephalêtêtecéphalée, bucéphale
chir(o)-kheir, -osmainchirurgie, chiromancie
chlor(o)-khlôrosvertchlore, chlorophylle
chor-khoros ; khoreiachœur ; dansechorale, chorégraphie
-chrom(o)-khrôma, -atoscouleurchromatique, chromosome
-chron(o)-khronos, -outempschronique, chronomètre
cosmé- (2)kosmosparure, ornementcosmétique
cosmo- (1)kosmosmonde, universcosmonaute, cosmogonie
-crat-kratosforce, puissance, pouvoirdémocratie, aristocratie
cyber-kubernaôpiloter, gouvernercybernétique, cybermonde
-cycl-kukloscerclebicyclette, encyclopédie
-dactyl-daktulosdoigtdactylographie
-dém(o)-dêmos, -oupeupledémocratie, démagogie
-derm-derma, -atospeauépiderme, pachyderme
dia-diaà traversdiamètre, dialecte, diagnostic
-didact-didaskôenseignerautodidacte, didactique
-dox-doxaopinionparadoxe, orthodoxe
-dram-dramaactiondrame, mélodrame
-drom-dromoscoursehippodrome, aérodrome
-dyn(amo)-dunamisforcedynamique, dynamite
éco-oikosmaison, chez soiéconomie, écologie, écosystème
endo-endonen dedansendoscopie, endocrinologie
épi-epiau-dessus, à la surface deépiderme, épiphénomène
épistémo-epistêmêscience, connaissanceépistémologie
-erg(ie), -urgieergontravail, forceénergie, synergie
-esthé(sie)-aisthêsissensationesthétique, anesthésie
ethn(o)-ethnospeupleethnie, ethnologie
éth(o)-êthosmanière d’être, mœurséthique, éthologie
exo-exôen dehorsexotisme, exode
-gam-gamosmariagepolygamie, monogamie
-gène, -gén-gennaôengendreroxygène, pathogène
géno-genosorigine, naissancegénocide, génotype
gé(o)-gêterregéologie, géographie
-glyc- , gluc-glukusdoux, sucréglucide, glucose
-glyphe, -glypt-gluphôgraverhiéroglyphe, pétroglyphe
-gonegóniaanglepolygone, pentagone
-gramm(e)grammalettreanagramme, grammaire
-graph(o)-graphôécriregraphisme, graphologie
-gymn(o)-gumnosnugymnastique, gymnase
-gyn-gunêfemmegynécologie, androgyne
hal(o)-hals, halossel, merhalieutique, halogène
-hélic-helixspiralehélice, hélicoptère
-héli(o)-hêliossoleilhéliocentrique, héliothérapie
hém(at)-haima, -atossanghématologie, hématome
-hémèrehêmerajouréphémère, éphéméride
hémi-hêmisusdemihémisphère, hémistiche
hétéro-heterosautrehétéroclite, hétérogène
hipp(o)-hipposchevalhippodrome, hippopotame
hist(o)-histostissuhistologie, histogramme
(h)olo-holosentierhologramme, olographe
homo-homos, homoiosmême, semblablehomologue, homogène
hydr(o)-hudôreauhydraulique, hydroélectricité
hygr(o)-hugroshumiditéhygromètre
hypno-hupnossommeilhypnotisme, hypnose
hypo-hupoau-dessoushypoglycémie, hypothèse
-iatr-iatrosmédecinpédiatrie, psychiatre
icon(o)-eikôn, -onosimageicône, iconoclaste
-ïdeeidosformeovoïde, kaléidoscope
idio-idiosparticulieridiotisme, idiosyncrasie
iso-isoségalisotherme, isocèle
kiné-, ciné-kineôbouger, remuerkinésithérapeute, cinétique
lip(o)-liposgraisselipide, liposuccion
-lith(o)-lithospierrelithographie
-log(ie)logosétude, discours, raison, parole, sciencezoologie, logique
macro-makrosgrand, longmacroéconomie, macrocosme
-man(i)emaniafoliemaniaque, kleptomanie
mél(o)-meloschantmélodie, mélodrame
méta-metaau-delàmétaphysique
-métr(o)-metronmesure, versmètre, diamètre
micro-mikrospetitmicroscope, microbe
mis(o)-miseôhaïrmisanthrope, misogynie
mnémo-, -mnés(i)emnêmê, mnêsiamémoiremnémotechnique, amnésie
mono-monosseulmonocoque, monoculture
-morph(o)-morphêformeamorphe, morphologie
-nautenautêsnavigateurastronaute, cosmonaute
néo-neosnouveaunéologisme, néophyte
neuro-, névr(o)-neuronnerfneurone, neurologie
-nome, -nomienomosloiastronomie, gastronomie
œno-oinosvinœnologie, œnométrie
oligo-oligosen petite quantité, en petit nombreoligarchie, oligopole
onir(o)-oneirossongeonirisme, oniroscope
ont(o)-ôn, ontosêtre, étantontologie
-onym-ônumosnomsynonyme, homonyme
ophtalm(o)-ophthalmosœilophtalmologie, exophtalmie
-opt(o)-ôps, ôposœiloptique
ornitho-ornithosoiseauornithologie, ornithorynque
ortho-orthosdroitorthogonal, orthographe
paléo-palaiosancienpaléontologie, paléographie
pan-pan, pantostoutpanorama, panthéon, pandémie
para-paraà côté de, auprès deparagraphe, parapharmacie
patho-, -pathiepathosce que l’on éprouvepsychopathe, pathologie
péd-paidosenfantpédiatrie, pédagogue
-pédiepaideiaéducationencyclopédie, orthopédie
péri-periautour depériphérique, périscope
pétro-petrapierre, rochepétrole, pétrographie
-phag-phagômangeranthropophagie, phagocyte
pharmac(o)-pharmakonremèdepharmacie, pharmacologie
-phil-phileôaimerphilanthropie, philharmonie
-phob-phobospeurxénophobe, agoraphobie
-phon-phonèvoix, soncacophonie, microphone
-phot(o)-phôs, photoslumièrephotographie, photosynthèse
-phyll(o)-phullonfeuillechlorophylle, phylloxéra
-physi(o)-phusisnaturephysique, physiologie
-phyt(o)-phutonplantephytothérapie, phytoplancton
poé-, -péepoiéôfairepoésie, épopée
polém-polemosguerrepolémique, polémologie
-poli-, -polepolisville, citépolitique, métropole
poly-polu-plusieurspolygone, polyvalence
psych(o)-psukhèesprit, âmepsychiatre, psychologie
pyr(o)-pur, -osfeupyromane, pyrotechnie
rhin(o)-rhis, rhinosnezrhinocéros, rhinoplastie
schiz(o)-skhizôfendre, séparerschisme, schizophrénie
-scopeskopeôregarder, observertélescope, stéthoscope
-sophi-sophiasagessephilosophie, sophisme
télé-têlelointélégramme, télévision
-thé(o)-theosdieuthéologie, panthéon
-thèquethêkêboîte, dépôtbibliothèque, discothèque
-thérap-therapeuôprendre sointhérapie, thalassothérapie
-top(o)-toposlieutopologie, topographie
xén(o)-xenosétrangerxénophobe, xénophile
xér(o)-xêrossecxérophyte, xérographie
-zo(o)-zôonanimalzoo, zoologie

Comment se servir des racines grecques

L’intérêt de ce tableau n’est pas de l’apprendre par cœur, mais de savoir démonter un mot inconnu. La méthode tient en trois gestes.

  • Repérez la fin. C’est presque toujours elle qui dit de quoi il s’agit : -logie, une étude ; -graphie, une écriture ; -scopie, une observation ; -phobie, une peur ; -algie, une douleur ; -thérapie, un soin.
  • Repérez le début. Il dit sur quoi porte l’affaire : ophtalm-, l’œil ; hépat-, le foie ; géo-, la terre ; xéno-, l’étranger.
  • Recollez. Une xérophyte est une plante du sec, une hémialgie une douleur d’un seul côté, une ornithologie l’étude des oiseaux. Neuf fois sur dix, le sens tombe juste.

Deux précautions tout de même. Certaines racines se ressemblent sans avoir de rapport : pétro- renvoie à la pierre, pas au pétrole en tant que produit, et kosmos a donné à la fois cosmonaute, du côté de l’univers, et cosmétique, du côté de la parure. Et certains mots ne sont pas des composés du tout, mais des emprunts entiers, comme icône ou drame.

Aller plus loin

Le pendant de cette page existe : nos racines latines du français suivent le même principe. Pour continuer sur la langue, voyez nos 77 locutions latines, nos 100 connecteurs logiques, notre article sur les registres de langue, et l’origine de l’expression tomber dans les pommes.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre une racine, un préfixe et un suffixe ?

La racine porte le sens principal du mot. Le préfixe se place devant et en modifie la portée, le suffixe se place derrière et indique souvent la nature du mot. Dans « anthropologie », anthropo- et -logie sont deux racines grecques accolées, ce qui est le procédé de composition savante le plus courant en français.

Pourquoi certains mots français s’écrivent-ils avec ph, th ou y ?

Parce que ces graphies transcrivent des lettres grecques que le français a choisi de conserver : le phi, le thêta et l’upsilon. Philosophie, théâtre et rythme portent ainsi la trace visible de leur origine, là où l’espagnol écrit filosofía et teatro.

Peut-on mélanger une racine grecque et une racine latine ?

Rien ne l’interdit, et l’usage l’a largement fait. La convention savante recommandait de s’en abstenir, mais automobile, télévision et sociologie sont entrés dans la langue sans difficulté. La règle relève aujourd’hui du goût plus que de la norme.

Combien de mots français viennent du grec ?

Les estimations varient beaucoup selon ce que l’on compte, et selon que l’on retient les emprunts directs ou ceux passés par le latin. Aucun chiffre ne fait autorité. Ce qui est sûr, c’est que la proportion est très élevée dans les vocabulaires scientifique, médical et technique, et faible dans le français de tous les jours.

Citation sur le français :

« Curieuse langue française, et prophétique, qui fait commencer l’amour comme la guerre par une déclaration ! »

Jean Simard