Ne pas être sorti de l’auberge : signification et origine

« On n’est pas sorti de l’auberge ! » L’expression ne pas être sorti de l’auberge signifie ne pas en avoir fini avec ses ennuis, être encore loin du bout de ses peines. Curieux, pour un lieu censé être accueillant ! Pour comprendre pourquoi ne pas être sorti de l’auberge est si inquiétant, il faut se pencher sur l’argot des prisons et sur un célèbre fait divers ardéchois. Voici le sens, l’origine et des exemples de l’expression ne pas être sorti de l’auberge.

Que signifie ne pas être sorti de l’auberge ?

  • Ne pas en avoir fini avec les difficultés ou les ennuis.
  • Ne pas être tiré d’affaire.
  • Avoir encore beaucoup à faire avant de voir le bout d’une tâche.

Familière, la locution s’emploie surtout dans la conversation, souvent sous la forme « on n’est pas sorti de l’auberge ! », lorsqu’on se trouve face à une situation pénible, embarrassante ou interminable, dont on ne voit pas l’issue. Elle traduit à la fois l’ampleur de la tâche et un certain découragement.

D’où vient l’expression ne pas être sorti de l’auberge ?

L’auberge, la prison des voyous

L’explication la plus solide vient de l’argot. Au XIXe siècle, les malfaiteurs appelaient ironiquement « auberge » la prison : on y était logé et nourri, mais sans pouvoir en partir à sa guise. Une fois derrière les barreaux, on savait quand on y entrait, beaucoup moins quand on en sortirait. Ne pas être sorti de l’auberge, c’était donc avoir encore de sérieux ennuis avec la justice.

L’expression elle-même n’est attestée par écrit qu’au milieu du XXe siècle, selon l’Office québécois de la langue française, avant de passer de l’argot au langage courant.

L’Auberge rouge de Peyrebeille, une légende tenace

Une autre explication, plus sinistre, renvoie à l’affaire de l’auberge de Peyrebeille, en Ardèche, surnommée l’« Auberge rouge ». En octobre 1831, le corps d’un client, Jean-Antoine Enjolras, est retrouvé sur les bords de l’Allier, le crâne fracassé. Les aubergistes, Pierre et Marie Martin, et leur domestique Jean Rochette sont arrêtés.

auberge de Peyrebeille, liée à l'expression ne pas être sorti de l'auberge

Au procès, des rumeurs effroyables circulent : voyageurs disparus, repas préparés avec des restes humains, draps ensanglantés. On leur prête des dizaines de meurtres. Pourtant, en juin 1833, ils ne sont reconnus coupables que d’un seul assassinat, celui d’Enjolras. Condamnés à mort, ils sont guillotinés devant leur auberge le 2 octobre 1833, sous les yeux d’une foule immense.

Aujourd’hui, le nombre de victimes est très contesté, certains historiens doutant même de leur culpabilité. L’affaire, entre fait divers et légende, a inspiré de nombreux auteurs et le célèbre film L’Auberge rouge de Claude Autant-Lara, avec Fernandel, en 1951. Elle a pu nourrir l’expression, mais celle-ci n’apparaît que bien plus tard.

Ne pas être sorti de l’auberge dans la littérature

  • « Je ne savais déjà pas très bien sur quel pied je dansais, dans cette affaire, mais si, par-dessus le marché, tout le monde fuyait comme ça devant moi, je n’étais pas sorti de l’auberge. » Léo Malet, Les Rats de Montsouris, 1955
  • « On avait maintenant en plus de l’équipe du Frisé, le commissaire Mandru et sa brigade au train. Je nous voyais pas sortis de l’auberge ! » Albert Simonin, Le Petit Simonin illustré par l’exemple, 1968
  • « Il ne pensait pas qu’elle se soit aventurée si loin, mais s’il devait sillonner l’île, il n’était pas sorti de l’auberge ! » Jaci Burton, La Chambre des délices, 2014

Les expressions équivalentes

  • Ne pas être au bout de ses peines.
  • Ne pas être tiré d’affaire.
  • Ne pas voir le bout du tunnel.
  • Ne pas être sorti du bois, au Québec, une expression attestée dès le début du XXe siècle.
  • En anglais : not to be out of the woods yet, « ne pas être encore sorti des bois ».

Citation sur la cuisine :

« La bonne cuisine, c’est le souvenir. »

Georges Simenon

Questions fréquentes

Que veut dire « on n’est pas sorti de l’auberge » ?

Que l’on n’en a pas fini avec les difficultés et qu’il reste encore beaucoup à faire avant d’en voir le bout.

Pourquoi parle-t-on d’auberge ?

Parce qu’en argot, l’« auberge » désignait ironiquement la prison, dont on ne sort pas quand on veut.

L’expression vient-elle de l’Auberge rouge ?

C’est peu probable : l’affaire de Peyrebeille date des années 1830, alors que l’expression n’est attestée qu’au XXe siècle. Elle a pu toutefois contribuer à son succès.

L’expression est-elle familière ?

Oui, elle relève du registre familier. Dans un écrit soutenu, on lui préfère « ne pas être tiré d’affaire » ou « ne pas être au bout de ses peines ».